‹ Jonathan et son continent; la société américaineChapitre 9 sur 10 · Beaucoup d'Américains se servent de ces lits qui, relevés · texte numérisé non relu

Beaucoup d'Américains se servent de ces lits qui, relevés

Elle VOUS fera coniprendie que lorsqu'elle reçoit la visite de (( messieurs », il serait malséant de les recevoir dans une pièce où se trouve étalé le lit sur lequel, la nuit, elle repose ses charmes.

Je connais une dame qui, perdant un jour patience, dit à sa femme de chambre :

— J'entends que mes bonnes fassent ceci et

cela.

— Vos quoi ? s'écria la servante indignée. Tenez, je vais vous dire ce que je pense de vous. Vous n'êtes point femme du monde {you ain't no lady).

Inutile de dire que les bonnes américaines rivalisent de luxe avec leurs maîtresses, c'est là de rhistoire ancienne. Les diamants sont faux, cela va sans dire; mais il y a tant d'Américaines qui, sans êtres servantes, se couvrent de toc, qu'il est difficile de distinguer, parles diamants, la femme d'un millionnaire d'avec un tortillon.

Voici deux annonces que j'extrais d'un journal d'indianapolis.

(L Une dame désire se placer comme laveuse de

contre le mur dans la journée, forment armoire à glace. L'idée est excellente, et pratique pour les gens qui sont logés à l'étroit.

vaisselle dans une bonne maison. S'adresser au bureau de la Sentinelle. »

«i Une dame (blanche) fait la lessive chez elle et à domicile. » (Suit l'adresse.)

La démocratie n'ira pas plus loin. C'est son dernier mot.

Je ne me brouille jamais avec mes bonnes

quand elles me quittent, me disait un jour une spirituelle Américaine de Boston qui a le tort, à mes yeux, de ne pas assez admirer les institutions démocratiques de l'Amérique.

Je flairai quelque satire à l'adresse de la plus grande République du monde.

— Pourquoi ? demandai-je.

— Parce que la plupart de ces bonnes me quittent pour aller épouser quelque ranchman dans l'Ouest, et qu'un jour, lorsque leurs maris seront sénateurs, elles pourront tenir salon et m'être utiles à Washington.

XXXYII

La cuisine de Jonathan. — Le danger des couteaux d'acier. - Les Américains ne boivent que de Teau. - Je découvre un serpent au fond de mon verre. — Le nègre me rassure. - La niche et la pâtée en Amérique. - Le menu. - De la soupe pour tout potage. - Les petits plais ovales. - La dinde et la sauce aux airelles. - Un plat peu appétissant. - Je me console en pensant que les bonnes vivent dans du coton. - A manger, pour l'amour de Dieu ! - Humbles excuses à mon maître d'hôtel.

La masse du peuple américain se nourrit de viande dure mal cuite et d'eau glacée malpropre.

Le bétail naît sans doute en Amérique à un âge aussi tendre qu'en Europe, mais il est probable que la Société protectrice des animaux ne permet pas qu'on tue les bêtes tant qu'elles jouissent de l'existence, et l'on ne sert sur les tables que les patriarches.

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Ce qui rend le problème du manger presque insoluble, c'est qu'il faut attaquer la viande avec des couteaux en ruolz qui déchirent mais ne coupent pas. La moitié des Américains des classes inférieures se servent encore de leurs couteaux en mangeant, et pour prévenir les accidents, il a fallu abandonner l'idée de fabriquer des couteaux en acier avec lesquels ils se seraient massacré la figure. Si les couteaux d'acier, tranchants comme ils le sont chez nous, étaient en usage en Amérique, vous verriez, dans les rues, une foule de gens balafrés comme des étudiants de Heidelberg. .

Les Américains ne boivent que de l'eau à leurs repas, et l'on se demande comment vraiment il se fait, qu'à l'exception de quelques bonnes maisons, le filtre est une institution à peu près inconnue en Amérique. Quand vous avez laissé reposer feau quelques instants sur la table, il se forme au fond du verre un dépôt de boue et de sable de plusieurs millimètres d'épaisseur.

Dans le Midi c'est pis encore.

A Jacksonville, j'étais servi par un nègre d'une extrême amabilité.

Un jour il m'apporte de l'eau, y met de la glace et se retire discrètement derrière moi.

Je prends le verre, et j'en inspecte minutieusement le contenu.

— Épaminondas, lui dis-je.

— Massa, je ne m'appelle pas Épaminondas, je m'appelle Charles.

— Charles, regardez cette eau, il y a un serpent dedans.

Charles prend le verre, l'examine, puis, se penchant en arrière, me dit de l'air le plus aimable :

— Il est mort, massa.

— C'est une consolation; mais peut-être a-t-ii laissé des œufs qui vont éclore par millions dans mes entrailles.

Charles était facétieux, et n'allait point se laisser démonter pour si peu. Il reprend le verre, l'examine de nouveau et le replace sur la table. • — Tranquillisez-vous, massa, me dit-il... c'est un mâle.

J'étais sauvé. Je n'hésitai plus à m'administrer la potion.

Si l'on dîne admirablement chez Delmonico et dans les principaux hôtels de New-York, de Boston, de Washington, de Philadelphie et de Chicago, c'est tout au plus si l'on mange dans le reste de l'Amérique. Ce n'est pas dîner, c'est la pâtée.

Mais prenons place à la table d'hôte du meilleur hôtel de telle ou telle ville qui vous fera plaisir dans rOhio, la Pensylvanie ou tout autre État de l'Amérique.

Point de menu imprimé. Une jeune femme à la coiffure aussi ébouriffée qu'ébouriffante, diamants, aux oreilles, arrive, vous jette un regard de mépris, puis, vous tournant le dos, murmure d'une haleine, entre ses dents, et avec une rapidité vertigineuse :

— Croutaupoturbolbœufdindonsauceaureillespotatomatépinardstarteauxpommescrèmevanille.

Ne cherchez pas à l'arrêter, elle est montée et, quand le ressort a été touché, il faut qu'il aille jusqu'au bout. N'espérez pas non plus qu'elle répétera le menu. Si vous n'avez pas entendu, tant pis pour vous. Malheureusement les conséquences sont graves : ce n'est pas un plat que vous manquez, c'est le repas. Vous êtes obligé de commander tout votre repas à la fois, et c'est tout votre repas, depuis le potage jusqu'au fromage, qu'on vous apporte à la fois.

Il me prit un jour l'idée de commander du potage pour commencer. La demoiselle refusa nettement de m'apporter autre chose.

— C'est tout ce que vous avez commandé, me

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dit-elle, vous ne vous imaginez pas que je vais faire vingt voyages pour vous?

J'allai trouver le maître de l'établissement. Je fis les excuses les plus humbles. Je plaidai que j'étais étranger, que je n'étais en Amérique que depuis une quinzaine de jours, et que je n'étais pas encore au fait des habitudes du pays. Je promis solennellement de ne plus recommencer. Le patron alla trouver la demoiselle qui commandait ce bataillon de harpies dans la salle à manger, et intercéda pour moi auprès d'elle. J'eus le bonheur de recevoir mon pardon, et je pus assouvir ma faim.

Depuis ce jour-là, chaque fois que le garçonfemelle vint me réciter son boniment, je lui criai :

— Arrêtez, apportez-moi tout.

Je mangeais ce qui me déplaisait le moins, etje laissais le reste. Je vous garantis que ces tables d'hôtes n'ont pas fait de gros bénéfices sur moi.

Voici comment le dîner est servi.

La « duchesse » commence par jeter une cuiller, deux fourchettes et deux couteaux sur la table en face de vous. C'est à vous de les rassembler, et si j'ai un conseil à vous donner, c'est de le faire sans murmurer. Quand le potage est enlevé, ladite « duchesse » vous apporte une assiette, autour de laquelle elle place une douzaine de petits plat-

ovales avec une symétrie qu'on ne saurait laisser d'admirer. Le premier petit plat contient un peu de poisson et une cuillerée à café d'une sauce quelconque. Inutile de s'enquérir du nomdecelte sauce. Toutes les sauces à poisson sont les mômes, elles ne font que changer de nom. Le second contient une petite boule de bœuf cru; le troisième une tranche de dinde rôtie ; le quatrième deux pommes de terre écrasées ; le cinquième une tomate bouillie ;le sixième de la sauce aux airelles; le septième de la vinaigrette de poulet ; le huitième un peu de riz au lait; enfin le dernier contient (horribile dictu) une tranche de tarte aux pommes avec un gros morceau de fromage. Ces deux derniers articles se mangent ensemble et sont par conséquent servis sur le même plat.

Yous commencez à gauche. C'est le poisson qui fait la sauce... en Amérique, c'est le cuisinier. Le poisson se laisse manger sans faire de difficultés. Vous appuyez sur la droite et vous attaquez la boule de bœuf. Ce bœuf est imprenable : c'est un porc-épic. Vous passez. Enfin la dinde n'estpas récalcitrante, et vous vous jetez dessus, assaisonnant chaque bouchée d'une pincée de pommes de terre et d'une cuillerée de bouillie de tomate et de sauce aux airelles. Grâce aux différents climats de

TAmérique qui, pendant l'hiver, offrent des tempéraUues qui varient (du nord au midi) de trente degrés au-dessus de zéro à trente degrés au-desous, vous pourrez manger de la dinde et des airelles pendant tout votre séjour aux Etats-Unis. En ai-je mangé, mon Dieu, de ces dindes sauce aux airelles ! pour le reste de mes jours, j'espère. Plus de dinde sauce aux airelles pour moi, alors que je vivrais encore cent ans !

Naturellement tous ces plats, aussitôt placés autour de votre assiette, se mettent à refroidir, et vous n'avez d'autre ressource que de mettre les morceaux doubles, piquant les petits plats à droite et à gauche avec toute la dextérité dont vous eles doué.

Enfin vous arrivez à rextreme droite. Vous enlevez délicatement le fromage pour le poser au bord de l'assiette et vous vous préparez à manger voire dessert. Malheureusement votre tarte aux pommes est imprégnée d'une forte odeur de fromage et vous passez. Une glace à la vanille termine votre repas.

Cela fait, vous vous demandez pourquoi, dans un pays libre, vous ne pouvez pas commander vos plats les uns après les autres, pourquoi vous êtes obligé de vous étrangler et d'attraper des indi-

gestions, et enfin comment il se fait que le maître d'hôtel, en sa qualité de commerçant, ne cherche point, d'abord et surtout, h plaire à ses clients. La réponse n'est pas difficile à trouver. Ce n'est pas le bien-être des voyageurs, mais bien celui des « duchesses » qu'il s'efforce d'étudier. Les voyageurs sont obligés de descendre chez lui et il peut impunément les empoisonner. Les domestiques ne consentent à rester chez lui qu'à la condition de recevoir de gros gages et de ne travailler que six heures par jour. Il faut donc se soumettre aux domestiques ou fermer boutique. C'est le règne delà domesticité insolente. Les Américains, tout libres qu'ils sont politiquement, sont à la merci de tous les gens qui les servent, dans la vie publique comme dans la vie privée. Ce genre de tyrannie est insupportable. Secouerle joug des classes supérieures, c'est parfait ; mais je ne sache pas que le joug des classes inférieures soit préférable. John Bull commande à tous ceux qu'il paye ; Jonathan leur obéit. Ainsi, par exemple, dans tous les hôtels d'Amé-

1, 11 est inutile de répéter ici que je ne parife pas de New- York, de Boston, de Washington, de Chicago, de Philadelpiiie, et de quelques autres grandes villes de l'Amérique. Je ne i>arle pas non plus dos hôtels à la mode dans les villes d'eaux, et autres endroits fashionables.

rique, le dîner est servi d'une heure à trois heures, le thé-souper de six à huit heures. Vous arrivez à trois heures et demie, exténué de fatigue et mourant de faim. Vous espérez pouvoir faire un hon repas sur-le-champ. Illusion. Il vous faut attendre que la porte de la salle à manger veuille bien s'ouvrir, etvous morfondre pendant deux heures et demie. Que de fois j'ai prié, imploré î « Ne pouvez vous pas vraiment me faire cuire une côtelette, un bifteck, ou une omelette? Si cela est impossible, pour l'amour de Dieu, donnez-moi une tranche de viande froide. » Prières, suppliques, tout était inutile. Quelquefois le propriétaire me faisait des excuses et m'exprimait ses regrets ; plus souvent encore il m'envoyait promener sans même me répondre. J'essayai une ou deux fois de menacer, de tempêter, sans réussir davantage. Une fois j'essayai la politesse. « Excusez-moi de venir vous importuner. J'aime à croire qu'en descendant chez vous, je ne vous gêne pas trop. Je n'ai pas l'honneur d'être citoyen de la plus grande République au monde, je ne suis qu'un pauvre Européen qui ne connaît pas vos liabitudes. A l'avenir je saurai prendre mes précautions. En attendant, et cela pour une fois seulement, je vous serai bien reconnaissant de me donner quelque chose à manger.

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Je serais vraiment désolé d'occasionner le moindre dérangement à vos domestiques, mais pour une fois seulement, pour une toute petite fois. » J'en fus pour mes frais. C'est à prendre ou à laisser.

On a parfaitement raison d'étudier le bien-être des domestiques en Amérique ; mais le bien-être d'une classe ne devrait pas exister aux dépens du bien-êtred'une autre, et les gens qui voyagent sont aussi intéressants que les gens qui servent à table. La tyrannie qui vient d'en haut est un mal ; la tyrannie qui vient d'en bas est une peste.

Les Américains en villégiature. — L'hùtel est le but du voyage.

— Les caravansérails. — Jacksonville et Saint-Augustin. — L'hôtel Ponce de Léon. — Les fauteuils à bascule, —la Floride. — « Good time ! » — L'Américain ne s'ennuie jamais.

— Tout est salé à l'Iiôtel, surtout l'addition. — Les nègres du Midi. — Mémoires prodigieuses. — Encore les « duchesses. »

— Les négresses, — J'insulte une femme.

L'hôtel est, en Amérique, une des plus puissantes attractions pour les Américains et,

surtout, les Américaines.

Quand nous voyageons, nous autres Européens, nous descendons à l'hôtel, parce que nous ne saurions avoir partout un pied-à-terre ou un ami prêt à nous recevoir; autrement dit, nous allons à l'hôtel parce que nous ne pouvons pas faire autrement. Quand nous quittons notre hon lit, notre bonne table, pour aller tar tanner un brin,

nous nous disons : « Ce qui est ennuyeux, c'est qu'il faudra vivre à l'hôtel pendant un mois ou deux; ma foi, tant pis, j'endurerai l'hôtel, je tiens à aller en Suisse, ou en Ecosse, ou en Italie. » Le but du voyage, c'est de voir des pays nouveaux, de faire de belles excursions, de gravir des montagnes, etc., et l'hôtel est le seul moyen d'arriver à ce but.

En Amérique c'est différent : le but du voyage, c'est l'hôtel.

On fait trois, quatre et cinq cents lieues pour aller passer quinze jours à l'hôtel. La conversalion des Américains qui ont voyagé ne roule pas principalement sur les points de vue qu'ils ont découverts, sur les excursions et les promenades qu'ils ont faites, mais sur le mérite respectif des hôtels où ils sont descendus. Les hôtels sont pour eux ce que sont pour nous les cathédrales, les monuments, les ruines, les vieux châteaux, les lacs, les montagnes, et tout ce que la nature offre de plus beau aux yeux de l'homme.

Je suis allé voir les Américains en villégiature au mois de février. Pendant les mois de janvier, de février et de mars, toute la société de New- York, de Boston et des grandes villes du Nord se rend dans la Floride pour s'y chauffer à un soleil

généreux et y contempler les orangers. Jacksonville et Saint-Augustin sont pour l'hiver ce que sont pour l'été Saratoga, Newport et LongBrancli. le rendez-vous de tout ce qui a la moindre prétention à une place dans le monde fashionable.

Mais que vont-ils faire à Jacksonville et à Saint- Augustin, tous ces Américains en quête de plaisir €t de repos? Vous croyez peut-être que, le matin, ils partent en masse faire de longues excursions dans le voisinage ou sur la rivière, qu'ils organisent des pique-niques, des cavalcades et mille autres parties de plaisir.

Rien de tout cela. Ils se lèvent, mangent et vont sur les terrasses de l'hôtel se balancer pendant trois ou quatre heures sur des fauteuils à bascule ; puis ils mangentet vont reprendre leurs sièges sur la terrasse ; puis ils dînent et vont dans les salons écouter la musique d'un orchestre en se balançant jusqu'à l'heure du coucher. Et pourtant, qu'il y a de choses à voir dans cette délicieuse petite ville de Jacksonville, qu'elle est jolie et pimpante cette forêt d'orangers émaillée de chalets !

Les femmes descendent vers huit heures du matin pour déjeuner, vêtues de robes de soie et couvertes de diamants. Et quel déjeuner ! D'abord

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une orange et des bananes pour rafraîchir et huiler l'appareil digestif; puis du poisson, du lard et des œufs, un bifteck ou des côtelettes aux pommes^ des galettes d'avoine, des confitures et des marmelades.

En France, on regarde la carte, on l'étudié, on discute les plats, on les assortit discrètement et artistiquement dans l'esprit avant de leur faire faire plus ample connaissance dans restomac. On est gourmet. En Amérique, on se demande combien de ces plats on pourra se fourrer sur la conscience. C'est tant par jour. Les gens qui mangent modérément payent pour les gloutons. Nos tables d'hôte à prix fixe auraient vite à fermer boutique, si leur clientèle était américaine.

— Que vous mangez peu, vous autres Français l me disait un jour un Américain en me voyant commander du café au lait et du pain et du beurre pour mon déjeuner.

— Mais, lui dis-je, vous vous trompez : à huit heures du matin je n'éprouve pas le besoin de dîner.

Plus l'hôtel est immense, plus il a de valeur aux yeux des Américains. Un petit hôtel tranquille, bien tenu, où la cuisine étant faite pour une vingtaine de personnes, et non pour mille, lebœuf

n'a pas le même goût que le mouton, un hôtel où l'on vous connaît, où l'on vous appelle par votre nom, et où vous êtes autre chose que n*' 578 comme au bagne, ce genre d'hôtel n'attire pas l'Américain. 11 lui faut du grand, de l'énorme, de l'immense. Il juge de tout par la grosseur.

Jacksonville et Saint-Augustin possèdent une vingtaine d'hôtels capables chacun d'accommoder de six cents à mille personnes. Ces hôtels sont bondés du 1" janvier au 31 mars. Toute la société américaine y est représentée, millionnaires, banquiers, hommes de lettres, ministres de tous les cultes, etc.*.

J'ai presque toujours accepté avec réserve les superlatifs américains, suivis du traditionnel in Ihe world; mais je crois que l'on peut affirmer que l'hôtel Ponce de Léon, à Saint-Auguslin, est non seulement le plus grand et le plus bel hôtel de l'Amérique, mais du monde entier. Situé dans la plus jolie partie de cette petite ville pittoresque, ce palais mauresque avec ses murs d'onyx, ses

1. Comme en Angleterre, vous verrez les ministres proteslanls, dans tous les bons coins, se reposer de leurs pénibles labeurs. Y a-t-il des pasteurs dans tel ou tel lieu? N'hésitez pas, allez-y. Ils savent dénicher tous les bons endroits.

vastessalles artistiquement meublées, ses bosquets d'orangers, ses avenues, ses terrasses, ses tourelles, est une véritable révélation, un rêve des Mille et une Nuits.

C'est là que les Américains vont chercher ce qui s'appelle au delà de l'océan Atlantique a good time (du bon temps). Le prix de l'hôtel est de 50 à 125 francs par jour, sans compter le vin bien entendu. L'Américain, qui y emmène sa femme et ses filles, y dépense donc trois, quatre, cinq cents francs par jour. Pour cette somme, il nourrit sa famille, écoute la musique d'un orchestre des plus médiocres, et se balance sur un fauteuil à bascule. En rentrant à New-York, il déclare à ses amis qu'il a eu a good time. L'Américain n'avoue jamais qu'il s'est ennuyé, en Amérique surtout. Les plus petits incidents du voyage sont des événements et des aventures, et jamais il n*a manqué d'avoir son good time. C'est l'enfant le plus facile à amuser. Tout ce qui est américain l'émerveille, ou tout au moins l'intéresse, et si vous lui faites remarquer, par exemple, que, pour aller dans la Floride, il faut traverser en chemin de fer une forêt de sapins sauvages qui a plus de neuf cents kilomètres de long — ce qui rend le voyage bien insipide — il vous jette un regard de pitié qui semble vous

dire : (( Immense, monsieur, immense, comme tout ce qui est américain. »

La tempéj'ature de la Floride varie, pendant l'hiver, de 20 à 28 degrés; mais le climat est humide et malsain, le pays est un vaste marais, si plat que debout sur une chaise, avec de bonnes jumelles, on pourrait en explorer les quatre extrémités. Si un Américain entreprenant bâtit jamais une petite colline dans la Floride, sa fortune est faite. Tout le monde ira voir cela.

Ce n'estpas tout le monde qui peut se permettre le luxe de Ponce de Léon, mais c'est tout le monde qui tient à y être vu dans la saison. Il faut pouvoir dire, en rentrant dans le Nord, qu'on y a été. Voici comment on s'y prend. On descend dans un hôtel aussi voisin que possible du Ponce de Léon. Le soir, on quitte à la dérobée son hôtel, richement caparaçonnée de soie et de diamants,et l'on se glisse dans la cour du grand caravansérail. De là à l'immense rotonde où se lient le concert il n'y a qu'un pas. On se promène dans les salons, dans les couloirs, on prend une chaise et, bien en évidence, on écoute la musique. Puis sur les dix ou onze heures on bal en retraite et l'on rentre chez soi. J'ai voulu un soir en avoir le net, et à neuf heures et demie ie suis allé au Casa Monka et au Florida

House. Une vingtaine de personnes tout au plus y occupaient le salon où se tenaient les quatre ou cinq musiciens engagés tous les soirs par le propriétaire de l'hôtel.

Entendu, à mon départ, à la station de Saint- Augustin :

— Tiens, vous aussi vous partez? dit un jeune homme à un ami qui venait d'installer sa femme dans le train de Jacksonville.

— Eh ! mon cher, voilà quinze jours que je suis ici : ce Ponce de Léon est magnifique, mais cela vous coûte les yeux de la tête.

— Ah hah î fit l'autre, quand votre femme vous demandera son argent de poche, vous déduirez r« addition ».

En effet, tout est salé dans les hôtels américains, surtout l'additiion.

A peu d'exceptions près, le^ garçons d'hôtel sont nègres danstous les grands établissements. Pas de « duchesses » à Chicago, à Washington, ainsi qu'à Jacksonville et à Saint-Augustin. Vous êtes servis avec lenteur, mais avec intelligence et politesse.

Ces bons nègres ont des figures si gaies, si prévenantes! Ils sont si heureux de vivre, ils ont le caractère si bien fait ! Gela vous réjouit le cœur

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de les voir. Quand ils se regardent, ils rient. Quand vous les regardez, ils rient. Ces gros yeux blancs, en boules de loto, qui roulent naïvement dans Forbite; ces deux rangées de dents blanches constamment à Fair, encadrées de grosses lèvres retroussées; cette démarche nonchalante, les pieds en dehors, la tète renversée ; cette voix musicale, douce el sonore : tout cela vous fait oublier la couleur, et vous vous prenez à les admirer.

Quand un nègre voit un autre nègre encore plus noir que lui, il est au bonheur. Il le regarde d'un ton protecteur et l'appelle noirot.

Et qu'ils sont drôles dans leurs reparties î Je m'étais un jour trompé de table à Thôtel Everett, Jacksonville.

— Monsieur s'est trompé, me dit le nègre qui servait à la table où je m'étais assis.

Puis, indiquant le nègre qui servait à la table voisine, il ajouta :

— Voilà le gentleman qui sert monsieur d*habitude.

En effet,je reconnus immédiatement mon gentleman. Le fait est que tous les nègres se ressemblent. En distinguer un d'avec un autre, cela demande presque autant de perspicacité que pour reconnaître un gendarme entre deux gendarmes.

Je n'ai jamais vu de mémoire pareille à celle de ces nègres.

Comme je l'ai dit, les hôtels de la Floride sont envahis pendant l'hiver. A l'heure du dîner, vous compterez de six cents à mille personnes à table. Le nègre qui surveille les garçons connaît chacun de ses clients. La seconde fois que vous entrerez dans la salle à manger, il vous conduira à votre place sans jamais se tromper. Restez à l'hôtel un jour seulement, et revenez-y au bout d'un mois, non seulement il vous reconnaîtra, mais il pourra vous dire : « Monsieur était à telle et telle place la dernière fois qu'il était ici, mais aujourd'hui elle est occupée, je vais être obligé de lui en donner une autre. >

A la porte de la salle à manger, un petit nègre de seize à dix-huit ans prend votre chapeau et le place sur une étagère. J'en ai vu près de cinq cents placés ainsi sous sa protection. Vous sortez, et sans la moindre hésitation, il prend votre chapeau et vous le remet. C'est bien votre chapeau. Songezy bien, c'est tout simplement merveilleux, et je vous donne le problème à résoudre. Cinq cents hommes que vous n'avez jamais vus, ou que vous avez vus une ou deux fois, vous donnent, en entrant dans une salle, leurs tuyaux de poêle à garder. Ils

35,s JONATHAN ET SON CONTINENT

sortent de la salle l'un après Taulre, et sans vous tromper une seule lois vous donnez à chacun le tuyau qui lui appartient. J'ai clierché, mais je n'ai jamais réussi à résoudre le problème.

Un autre nègre, placé dans le vestibule, ira, en vous voyant rentrer, chercher la clef de votie chambre. Inutile de lui dire votre numéro, il le connaît. Il ne vous a vu qu'une fois, mais cela suffit, il ne se trompe point.

Et les négresses ! ces bonnes grosses réjouies, aux formes plantureuses, à la démarche souple, légère, gracieuse, à la taille fine, portant tournures et en ayant, ma foi, de fort pimpantes dans leur allure, coquettes, minaudières, le bonheur de vivre peint sur la figure, et qu'on finit par trouver jolies ! J'en ai vu de belles, de magnifiques. Il faut les voir, le dimanche, vêtues de robes rouge écarlate, coiffées de chapeaux à immenses bords gaillardement retroussés sur le côté, s'éventant avec l'aise et la grâce de marquises.

Les hôtels n'emploient pas les négresses comme femmes de chambre. Malheureusement pour vous c'est encore les « duchesses » que vous retrouvez. Le mal n'est pas si grand que dans les hôtels de petites villes où ces demoiselles servent à table.

Elles n'ont, dans les bons hôtels, d'autres fonctions que de faire les chambres. Vous n'avez aucune espèce d'ordre à leur donner. Si vous désirez quoi que ce soit dans votre chambre à coucher, vous sonnez, et c'est un nègre qui vient chercher vos ordres.

Je me rappelle avoir, un jour, insulté une femme — certes bien sans le vouloir, mais enfin le crime n'en est pas moins abominable.

Voici le forfait.

Je me préparais à aller dîner en ville et je voulais de l'eau chaude pour me raser. J'avais déjà sonné trois fois sans obtenir aucune réponse. Impatienté, j'ouvris la porte dans l'espoir d'apercevoir dans le corridor quelque domestique assez obligeant pour aller me chercher l'eau en question. Au moment même une servante passait devant ma porte.

— Pardon, fis-je, pourriez-vous m' apporter de l'eau chaude ?

— Qu'est-ce que vous dites?

— Voudriez-vous, je vous prie, être assez bonne pour m'apporter de l'eau chaude... s'il vous plaît?

— Pour qui me prenez-vous? répondit cette harpie. N'avez-vous pas une sonnette dans votre chambre?

Et, indignée, elle s'éloigna.

Je rentrai tremblant dans ma chambre, et craignis quelques instants qu'on ne vînt me donner Tordre de quitter l'hôtel sur-le-champ.

Je me rasai à l'eau froide.

La valeur du dollar. — Une note de couturière. — Ce que les Américaines doivent dépenser pour leurs toilettes. — Pourquoi les Américaines vont en Europe tous les ans. — Prix courants. — Le mendiant et le nickel. — Les livres et les huîtres sont "bon marché. — Les salaires. — « Mes moyens me le permettent. »

. Si vous allez chez un changeur, il vous donnera cinq francs et quelques centimes pour un dollar. En Angleterre il vous donnera quatre schellings. Mais en Amérique, vous découvrirez vite que, pour un dollar, on n'ohtient en nature que la valeur d'un franc en France ou d'un schelling en Angleterre.

L'appartement qui se loue quatre mille francs à Paris, et la maison qui se loue deux cents livres (ou qualre mille schellings) à Londres, se louent

quatre mille dollars à New- York à Boston, et à Chicago.

Une robe des plus simples, qu'une Parisienne aux goûts modestes paye cent francs, ne se vend pas en Amérique à moins de cent dollars (cinq cent quarante francs). Une robe de ville, qui coûte à Paris cinq cents francs, coûte à New-York cinq cents dollars. Un chapeau de cinquante francs se paye cinquante dollars. Le reste est à l'avenant.

Yoici une note de couturière qui m'est tombée sous les yeux à New-York. Yeuillez multiplier chaque dollar par cinq francs quarante centimes pour vous faire une idée juste de la note.

Robe de chambre... 200 dollars.

Costume de drap 175

Sortie de bal 500 —

Amazone 180 —

Chapeau de ville 30 —

Chapeau de théâtre : 50 —

Robe de soie noire 240 —

Robe de bal 650 —

J'additionne. Cela fait 2025 dollars. Je multiplie par 5,40 et j'obtiens pour le total de la note 10 935 francs. Il n'y a, dans cette note, ni manteaux, ni linge, ni chaussure, ni bonneterie, ni ganterie, ni mille autres petits détails de la toilette d'une femme, et ce n'est qu'une des deux,

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trois OU quatre notes de Tannée. Je suis convaincu qu'une Américaine qui se pique d'élégance doit dépenser, si elle est bonne ménagère, de vingtcinq à trente mille francs par an pour sa toilette. Ajoutez à cela que l'Américaine se couvre la tête, les épaules et les bras de diamants et de pierreries de toutes sortes.

Un grand nombre d'Américaines vont tous les ans passer trois mois en Europe. Ce n'est pas une extravagance de plus, c'est par économie qu'elles quittent l'Amérique. En Europe, elles achètent toutes leurs toilettes pour l'année, et non seulement l'argent, qu'elles économisent en ne les achetant pas en Amérique, couvre les frais du voyage, mais leur laisse en poche un bénéfice net de plusieurs milliers de francs*

Une chambre d'hôtel au quatrième que vous payeriez à Paris cinq francs par jour, vous la payez à New-York cinq dollars. Le fiacre que vous payeriez un franc cinquante la course à Paris se paye un dollar et demi à New- York.

Le dollar n'a pas plus de valeur dans la plupart des villes moins importantes des États-Unis. Un omnibus d'hôtel qui, pour vous mener à la garé de chemin de fer^ vous prend cinquante centimes

en France, et six pence (ou un demi-schelling) en Angleterre, vous prend un demi-dollar en Amérique.

La monnaie de cuivre existe en Amérique, mais t^i vous offriez un cent (un sou) à un mendiant, il vous le jetterait à la tigure. Quand il demande l'aumône, il vous l'ait savoir ce qu'il lui faut: « Un nickel, s'il vous plaît! » vous dit-il. Le nickel est une petite pièce proprette qui vaut vingt-cinq centimes. Le cent est parfaitement inutile aux États- Unis, si ce n'est pour acheter le journal du soir.

Il n'y a de bon marché au pays des dollars que les huîtres, et les livres anglais ou français qui ont été traduits. . . en américain.

Si les dpenses sont énormes en Amérique, je dois me hâter d'ajouter que c'est surtout l'étranger de passage qui en souffre. L'Amérique peut subvenir à ces dépenses, parce que ses recettes sont beaucoup plus considérables qu'en Europe.

Les places de 1200, 1500, 1800 francs sont inconnues en Amérique. Un employé de banque, un commis de magasin ont des appointements de cinq à dix mille francs. Un conducteur de chemin de fer touche de trois à quatre mille francs.

Dans les sphères plus élevées, dans les profes-

sions libérales, les traitements, comparés à ceux qui se touchent en France, sont aussi dans la proportion du dollar au franc. Un article de journal, qui se payerait en France 250 francs*, se paye en Amérique 250 dollars (plus de 1250 francs). Une visite de médecin ne se paye pas moins de cinq à dix dollars. Je ne parle point ici des sommités qui demandent des prix fabuleux. Je connais des avocats qui se font de quatre à cinq, six et sept cent mille francs par an.

Tout le monde est bien payé en Amérique, excepté le vice-président des États-Unis.

Si j*ai parlé de la cherté de l'existence, c'est pour constater des faits, et non pas pour me plaindre. Je ne suis pas allé en Amérique comme touriste. J'y suis allé faire des conférences littéraires que Jonathan m'a fort bien payées, et chaque fois qu'un automédon me demandait un dollar et demi pour sa course, je me disais, comme M. Joseph Prud'homme : a G'estcher, mais, Dieu merci, mes moyens me le permettent! » et je ne grognais point.

1. Et, ù Pexception du Fifjaro de Paris, quel est Ift journal franrais qui payerait un article 2ôO fran<^s

Conclusion. — Réponse à la question des Américains. — L'état social en Europe et en Amérique. — La dette européenne et le surplus américain. — L'Américain n'est pas aussi heureux que le Français. — L'œuvre de Jonathan. — Un souhait.

« Eh bien, monsieur, que pensez-vous de l'Amérique?»

Sans oser encore prononcer de jugement, je puis cependant résumer les impressions contenues dans ce petit volume, et répondre à la question traditionnelle des Américains.

Quand on songe à ce que les Américains ont pu faire en cent ans d'existence libre, il semble que rien ne saurait leur être impossible dans l'avenir, avec les ressources inépuisables qui sont à leur disposition.

L'Amérique double sa population tous les vingt-

cinq ans. Dans cinquante ans, elle comptera donc plus de deux cent millions d'habitants. Si, pendant ce temps-là, l'Europe ne continue à faire de progrès que dans les sciences, les lettres et les arts, et que la condition sociale de ses peuples ne s'améliore pas, elle sera à l'Amérique ce que la barbarie est à la civilisation.

Tandis que les Hohenzolierns, les lïapsburgs et les Firebrandenburgs passent en revue leurs soldats; tandis que les armées permanentes coûtent à l'Europe (en temps de paix) cinq milliards par an; tandis que la dette de l'Europe est de plus de cent milliards, le trésor public, malgré la corruption dont en parle, et qui existe en Amérique, le trésor public, dis-je, à Washington, a un surplus de neuf cent cinquante millions. Tandis que les gouvernements européens se creusent la tête pour trouver les moyens de faire face aux dépenses des monarchies, le gouvernement de Washington se demande ce qu'il pourra bien faire de l'argent qu'il a en caisse. Tandis que les dépêches européennes, contenues dans les journaux quotidiens du monde, donnent le compte rendu des revues, des mobilisations, des manœuvres militaires, des discours dans lesquels on rappelle aux peuples que leur devoir est de

servir un empereur d'abord et la pairie ensuite; des prières blaspliématoires dans lesquelles on demande à Dieu d'accorder sa bénédiction aux soldats, aux sabres et à la poudre à canon, les dépêches d'Amérique se contentent — ce qui est peut-être monotone — d'annoncer le prix du blé et des bestiaux, et le cours des fonds publics sur les marchés américains.

Heureux pays, qui peut porter l'émotion à son comble au sujet d'une course à la marche, dans Madison Gardens, tandis que l'Europe inquiète se demande, à l'approche de chaque printemps, si deux ou trois millions de ses enfants ne vont pas être appelés à se couper la gorge, pour la plus grande gloire de trois empereurs en quête de distractions !

L'Amérique n'est pas seulement une grande nation géographiquement parlant, les Américains sont un grand peuple qui tient dans sa main ses propres destinées, qui apprend tous les jours, par l'usage de la liberté, à se gouverner plus sagement, et qui peut, grâce à la sécurité profonde dans laquelle il vit, consacrer tous ses efforts et tous ses talents aux arts de la paix.

L'Américain instruit et bien élevé est le plus

charmant des hommes ; la bonne société américaine, la plus aimable, la plus hospitalière et la plus spirituelle.

Plus je voyage, cependant, plus je fais la connaissance de nouveaux peuples, plus je me sens affermi dans ma conviction que de tous les peuples de la terre le Français est le plus heureux.

Certes, l'Américain est sur le chemin qui mène à la découverte de tout ce qui peut contribuer au bien-être et au succès d'un peuple, mais il me semble avoir laissé à sa gauche le chemin qui mène au vrai bonheur. Ses joies intimes sont, je crois, plus factices que réelles.

Vivre trop vite n'est pas savoir vivre.

L'Amérique souffre d'une pléthore générale.

Jonathan lui-même se prend souvent à regretter de se trouver malgré lui entraîné dans cette course effrénée, et il prétend qu'il lui est impossible de s'en retirer. S'il était donné de vivre deux fois, je comprendrais qu'on consentît à vivre d'abord à l'américaine, pour pouvoir jouir tranquillement, pendant la seconde vie, des fruits récoltés dans la première. Ne pouvant vivre qu'une fois, le Français me semble avoir raison de profiter de l'occasion qui lui est donnée.

Si le Français pouvait être bien gouverné et vivre dans la sécurité, il ferait l'envie du monde entier.

On dit que les Américains aiment à se vanter. N'est-il pas permis à des hommes qui ont fait des merveilles de s'extasier devant leur œuvre?

On dit que leur excentricité leur fait à chaque instant faire des sottises. Ne vaut-il pas mieux avoir la liberté de faire quelques sottises que d'être mené en lisière? S'ils votent quelquefois comme des enfants, ils feront des progrès ; c'est en votant qu'on apprend à voter.

Y a-t-il, dans aucun pays de l'Europe, des mœurs plus réglées, un travail plus assuré, une éducation plus répandue? Y a-t-il un pays en P^urope où vous puissiez trouver autant de richesses naturelles, autant d'énergie, autant de gens ayant la conscience de leur force intellectuelle et morale, autant d'écoles où l'enfant du millionnaire vient s'asseoir à côté de l'enfant du pauvre, autant de bibliothèques où l'homme en haillons peut venir lire l'histoire de son pays et s'inspirer des exploits de ses héros, autant de sociétés savantes, autant de journaux, autant de fondations charitables, autant de bien-être?

M. Ernest Renan, voulant un jour se faire prophète de malheur, a prédit que, si la France continuait à vivre en République, elle deviendrait une seconde Amérique.

Eh bien, c'est là tout le mal que je lui souhaite!

A Jonathan » '

I. — Découverte de l'Amérique présentée sous un jour tout nouveau. — Une anecdote sur le soleil. — Où est le centre de l'Amérique ? — Jonathan n'en revient pas en^ core, ni moi non plus. — L'Amérique est de la fantasmagorie toute pure. — Une lettre d'Amérique me décide à partir aux États-Unis • 1

II. — Jonathan et ses critiques. — Un éminenl Américain me donne un conseil salutaire. — Impressions de voyage.

— Ce que le lecteur doit se contenter d'espérer y trouver.

— Pourquoi Jonathan n'aime pas John Bull 8

IIL — Traits caractéristiques. — Un gentleman et un ma- ,

lotru. — Diirérentes manières de discuter les mérites d'ua sermon. — Contradictions et contrastes. — Profane et sacré. — Les joueurs de poker à bord du bateau. — Un humble et zélé disciple du Sauveur. — L' « ouvre-toi, Sésame » de New-York, de Boston et de Philadelphie.— Le côté enfantin du caractère américain. — Les trois questions faites j)ar Jonathan à tout étranger qui débarque en Amérique. — Préconcejttion. — Reciuête d'un journaliste américain. — Pourquoi l'Anglais et le Français ne

•"^^i TABLE

font point à l'étranger qui les visitent de question» sur rAnglclerrc ot la France J3

IV. — Les types. — La beauté mâle. — Le type indien. — La seconde beauté des femmes de la Nouvelle-Angleterre.

— Ce qui manque à la beauté des Américaines 22

V. — Toulce qui brille n'est pas or, surtout en Amérique.— Le dollar est l'unité du système métrique. — Jonathan est positif. — Comment il juge l'homme. — Ce qui fait mordre à l'hameçon. — Le talent sans argent est un meuble inutile. — Boston et Kansas gÇ

VI. — Les diamants. — Comment les diamants se gagnent et se perdent en faisant un faux pas. — Pourquoi les Américains jettent l'argent par les fenêtres et aux oreilles de leurs femmes. — L'avarice est un vice peu connu en Amérique. — Jonathan n'est pas l'esclave du tout-puissant dollar autant qu'on se plaît à le dire 31

Vil. ~ Notes sur les grandes cités américaines. — New- York. — Boston. — Visite à Oliver VVendell Holmes. — Washington. — Mount Vernon. — Philadelphie. — Chicago.

— Rivalités entre ces villes. — Plaisanteries auxquelles

se livrent les habitants des grandes villes rivales 37

VIII. — Les maisons américaines. — L'ameublement. — Le luxe. — Les clubs. — Une soirée au cercle des hommes de lettres. — Un objet d'aversion reconnu indispensable aux États-Unis. — Un tireur de première force. — Pan, dans le noir ! r -

IX. — Propos mondains. — L'aristocratie de naissance aux États-Unis. — La société fashionablc. — La plutocratie.

— Les parvenus et les arrivés. — La société littéraire et artistique. — Le provincialisme. — Tous les Américains ont deux noms de famille. — Colonels et juges. — L'hospitalité américaine. — La tortue terrapène et le canard

X. — Les « milliardaires ». — Liste de quelques grandes fortunes américaines. — La Bourse. — La maison d'un millionnaire. — OKuvrcs de bienfaisance. — Les rois de

TABLK ^7r>

la li^puhJique améficalriô, — John /aeob I*', II, U\ < t iv

— Le» roU du capital. — Dangert fatun 75

X(. — La jeune fille amérleaioe, — Sa liberté» — Ses oui-

n{(&ref,— Le respect de la femme. — Souirenlr» de Jeunesse.

— La flirtatlen perfeet{oooée.^Le« bostoo », — Pourquoi la jeune Américaine reebercbe la soelété des bommes. — Blasons européens redorés et retirés du mont'^le'piété, — Les Américains du £iubourg Saint^ermain. — Ladjr Randolph CburchîlL — Mariage de décembre et de mai, — Thème rebattu des comédies américaines. -^ Un ange.

— Le coUodioD révélateur, -^ Vttéroïm de VAbbé Ccmilantin, — Ce que la jeune Américaine admire cbez Tbomme. .».,.,,..,,,,»,,,..*..,,, / . 82

XII. — L'émancipation de la femme, — L'extinction de l'homme. — Guerre à la barbe. — Des femmes de la bonne société nettoient les rues de New- York. — Ces dames se passent des messieurs et se donnent du bon temps i^i

XIIL — La « pudibonderie ». — Paroles malséantee. -* Transfiormation do vocabulaire. —Guerre aux nudités.— La Vénut de Milo n'échappe pas au eourrmx des puritains. — M. Anthony Cometock, général en chef. — Lee Philadelphiennes. — Médisance m calomnié? 109

If V. — Le cousin « germain » de iobn Bull. — Une leçon sa^ j taire. — Vengeances de (emtaef, — Bataille aux «ufe ^>-jurrîs. — Une omelette peu sueeolente. — Pasfé au goudron et A la plume. — Description de l'opération. — Un mauvais quart dlieure. — Vengeance d'un pensionnat déjeunes filles.— Conseil municipal tenu perdes femmes.

— La posiUon de la femme aux ÊtatS'Unis. — Histoire d'une veuve et de ses deux filles.. » • - ^^^

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