Mon domestique laisait le feu de ma chambre à coucher à
meubles elles tapisseries d'un pouce de poussière blanche et épaisse.
En voyant la femme de chambre secouer les rideaux le matin et faire voler dans la pièce des nuages de poussière à obscurcir le jour, j'avais toutes les peines du monde à me retenir et à ne pas lui crier :
— Ma brave fille, vous vous donnez trop de mal pour rien, hissez la poussière tranquille, elle est bien où elle est !
Grâce au plumeau, mon salon était fait en un clin d'œil; mais avant d'y pénétrer, j'étais oblige d'attendre que la poussière se fût remise en place.
Il est toujours bon de consulter les journaux comiques d'un pays pour y étudier les us et coutumes. La vérité qu'on dit en riant est presque toujours la plus vraie.
- J'ouvre Puck, et j'y recueille la boutade suivante.
Sarah fait le salon. Entre madame qui pense être asphyxiée par la poussière qui vole dans toutes les directions.
neuf heures du soir; le lendemain matin à huit heures, je le trouvais en très bon état.
33i JONATHAN KT SON CONTINENT
— Sarah, qu'est-ce que vous faites?
— Je poussette, madame.
Je le vois bien. Veuillez épousseter au plus
vite.
Les domestiques se payent de mille à quinze cents francs par an — j'entends, bien entendu, dans les bonnes maisons bourgeoises, et non pas dans la société plutocratique. M. Vanderbilt paye son cuisinier cinquante mille francs. J'écris cela en toutes lettres de peur que le lecteur ne s'écrie :
— Bien sûr, il y a ici une faute d'impression, le compositeur a mis un zéro de trop !
Malgré ces gages fabuleux, les bons Américains ont tellement de peine à se faire servir qu'ils désertent leurs maisons, dont ils sont pour ainsi dire chassés, et vont chercher refuge dans les hôtels et les maisons meublées ; ou bien ils se résignent à se faire servir par les nègres qui sont les seuls domestiques un peu polis et ayant de temps à autre un sourire sur le visage. D'ailleurs, ces nègres font de bons domestiques. Ils ont un talent particulier pour trouver ce qui n'est pas perdu ; de plus, ils savent rompre la monotonie de l'existence en s'affublant des vêtements de leurs maîtres pendant leur absence.
Un Américain d^ ma connaissance allait dîner en ville. 11 monte s'habiller, ouvre sa garde-robe pour y prendre son habit. Point d'habit. Il se doute de ce qui est arrivé. Il monte dans la chambre de son nègre. Là il trouve habit et gilet. Il sonne le coupable :
— Pompée, dit-il, j'ai trouvé mon habit et mon gilet noirs dans tachambre, comment cela se fait-il?
— J'ai oublié de les remettre en place, massa.
— Tu les as mis, gredin.
— Oui, massa,
— Et pourquoi, je te prie ?
— Massa, je me suis marié hier, dit le bon et honnête Pompée en riant d'une oreille à l'autre.
Toutes les charges du Charivari, de Punch, et autres journaux comiques français et anglais, sont enfoncées par la réalité en Amérique.
Voici, non pas des caricatures, mais des faits.
Une bonne refusera d'entrer à votre service si, dans son parloir, il n'y a point de piano ou d'harmonium.
Une îjutre insistera pour que vous lui donniez un lit pliant* qu'elle puisse relever dans la journée.