‹ Jonathan et son continent [microforme]Chapitre 10 sur 16 · SON. D · texte numérisé non relu

SON. D

Un marchand de nouveautés, à Chicago, annonce ainsi sa liquidation annuelle :

€ Vendre ou périr, payer où mourir! — [1 faut que cette semaine je liquide toutes mes marchandises. »

Un coiffeur a pour enseigne : « PALAIS DE TON- SURE, M. le professeur Rogers opère lui-même. ;

M. Cleveland, président des États-Unis, désirant un jour voir la représentation d’un cirque, envoya chercher une loge. Le directeur du cirque s'empressa aussitôt de lancer dans les rues de la ville toute une armée d’hommes-sandwichs portant des affiches ainsi conçues : « Le président des États-Unis et sa jeune et belle épouse honoreront ce soir le cirque de leur présence. »

Le soir, on refusait du monde, mais M. «et madame Cleveland, ayant appris que leurs noms avaient servi de réclame, ne parurent pas à la représentation.

A la fin du spectacle, une grande partie du public exigea le remboursement de la moitié du prix des places, attendu que le programme de là représentation n'avait pas été suivi en entier, el que les spectateurs n'avaient pas vu le président et sa femme, comme le promettaientles sandwichs.

Le directeur du cirque dut s’exécuter, ajoute le journal auquel j'emprunte l'anecdote.

Ne mettez jamais de côté un journal américain avant d’avoir lu les annonces. Il y a dix à parier contre un que vous serez récompensé de votre patience.

Je trouve l'annonce suivante à la colonne des mariages dans le New-York Herald :

€ Un gentleman chrétien, Joli garçon, bien fait, appartenant à une famille des plus honorables, bien élevé, instruit, désire donner sa jeunesse virile el vigoureuse (sic) à une jeune vierge ayant des rentes, »

Plus loin c’est un Américain, à la recherche d'un professeur de français, qui s’exprime ainsi :

€ Un Américain désire prendre des leçons de français d'une dame française jeune, jolie, bien élevée, et d’un caractère très gai. »

Avis à mes compatriotes. L'offre est tentante.

Un journaliste en disponibilité s'adresse ainsi aux directeurs des journaux américains :

Q Un Journaliste sans enfants et ne buvant que de l’eau désire obtenir une place de reporter. Fait l’article de fond, la chronique légère, l'interview, la critique littéraire, dramatique et musicale, ainsi que les comptes rendus de meetings et de

tribunaux. Imagination fertile : peut faire du moindre incident une ou deux colonnes intéressantes. »

Qu'un apothicaire annonce un sirop pour calmer les nerfs, en déclarant qu’un mari ne saurait être heureux en ménage à moins d’en administrer à sa femme une cuillerée à bouche tous les matins, passe encore; mais ce ne sont pas seulement les bouliquiers qui ont recours à de pareils moyens pour attirer la clientèle, ce sont des médecins, des avocats. Certes, il ne faudrait pas confondre ces Charlatans avec les nombreux médecins ei avocats qui font honneur à leur profession, mais enfin ce sont des gens qui ont dû passer leurs examens, et qui peuvent légalement exercer leur profession.

Il y a des médecins ambulants en Amérique, des médecins qui vont de ville en ville guérir les habitants à prix réduits.

En voici un qui fait paraître son portrait dans les journaux de la localité où il « opère » avec la réclame suivante :

€ M. le docteur R°""ne peut rester qu’une semaine en cette ville. Que l’on se dépèche de venir le consulter. Des milliers de malades languissent dans les villes voisines. Il a promis de venir à

leur secours et pour rien au monde il ne voudrait les désappointer. Ne vous impatientez pas trop, pauvres malades du voisinage, dans quelques jours le docteur R°** sera au milieu de vous. [ne restera ici qu'une semaine, qu'on se le dise! » Et zim, boum, boum! et les oies vont lui montrer leur langue et se faire tâter le pouls.

Un avocat sans vergogne fera circuler dans les prisons un prospectus dans le goût suivant :

€ M. X°°”, avocat, présente ses compliments à messieurs les filous, et espère qu’ils voudront bien l’honorer de leur confiance. Point d'honoraires à moins que la cause ne soit gagnée. M. X° est éloquent, persuasif, tendre, pathétique, emporté, suivant l’exigence du cas. Il sait déconcerter les témoins et attendrir les jurés. Les plus grands criminels lui doivent la liberté, et même la vie. »

Dans le fumoir, à bord du Germanic, un Américain, qui se trouvait près de moi, me dit :

— Je crois comprendre, monsieur, que vous venez en Amérique pour y faire des conférences littéraires.

— En effet, monsieur, répondis-je.

— Qui est-ce qui bat la grosse caisse! pour vous? me dit-il sans plus de façons.

Mes veux durent sortir de leurs orbites. J'étais cloué sur place. Je me fis expliquer cet américanisme et J'eus la satisfaction d'apprendre que la question de mon interlocuteur pouvait simplement se traduire ainsi : « Quel est votre impresar 10? »

Allons, pensai-je, Je vais en voir de belles en Amérique, c’est évident : cela commence bien! Je rentrai dans ma cabine, et je me mis à songer au Yankee qui allait « batire la grosse caisse »

pour moi.

La plus fameuse « grosse caisse » américaine est battue par le grand, le seul, l’unique Barnum.

La personnalité de ce roi des charlatans n’est pas intéressante, si ce n’est qu'elle ne saurait exister, encore moins subsister, en dehors de l'Amérique.

M. Barnum (Phinéas par-dessus le marché), poursuivi par le destin, est victime d’un incendie tous les cinq ans. Son incendie arrive comme mars, J'allais dire comme marée, en carème.

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