J.-B. JONGKIND
Artiste peintre, élève de Monsieur Eugène Isabey, à Paris; ancien pensionnaire du Roi de Hollande; médaille d'honneur à Paris 1852, etc.
Nevers, 1e:0:001:4670;
J'ignore. quel accueil le Préfet fit’à cette lettre et/qnetis suite lui fut donnée. Mais Jongkind continua de séjourner à Nevers jusqu’à la fin de la guerre, sans se voir aucunement inquiété. M" Fesser correspondait de là avec son mari, retenu par ses occupations chez le marquis de Virieu, au château de Pupetière. Ils se communiquaient les nouvelles qu'ils recevaient de leur fils, qui, s'étant engagé au début des hostilités dans le 9° bataillon de chasseurs à pied, combattait avec l’armée de la Loire. Jongkind, qui se montrait tendrement affectueux pour ce « bon Jules » avec lequel il jouait autrefois aux billes rue Servandoni, suppléait souvent sa compagne dans sa correspondance à son adresse. Il lui donnait paternellement des conseils de tempérance assez piquants sous la plume du personnage. « Soyez toujours prudent, lui écrivait-1l G&), et ne buvez pas de eaux-de-vie; prenez du vin, de la bière ou du caié; car les liqueurs forts sont très dangereuses, surtout dans les
1) Lettre à Jules Fesser, de Nevers, 15 décembre 1870. ; 3 15 1
moments pour être constament réveillé et avoir sa raison... » Le soldat était choyé par son vieil ami, qui aidait sa mère dans les expéditions de linge, de vêtements chauds ou de légers subsides pécumiaires qu'elle ‘lui faisait. « Nous pensons constamment à vous, lui disait-1l, dans l’espoir que la paix soit rétabli bientôt.» Jongkind souffrait beaucoup de la guerre et du dépaysement qu1 en résultait pour lui. Il s’en ouvrait à son jeune correspondant, auquel 1l décrivait son existence en quelques mots d’un tour assez mélancolique. « Je sors très rarement, expliquait-il; je m'occupe à faire quelques souvenirs de dessin à l’aquarelle, mais je me porte pas bien et, n’ayant pas mes amis de Paris, j'ai beaucoup d’ennuye. »
Ces « souvenirs de dessin à l’aquarelle » s’enregistraient l’un après l’autre dans un album qu'il conservait toute sa vie dans son intégrité, mais dont les feuillets ont malheusement été dispersés depuis. Parfois, 1l y reproduisait la vue qu'on bécouvritede chez lui, s'attachant aux moindres détails de la façade et de la toiture des maisons (Fig. 100), recommençant deux fois le croquis d’une rue pour l’animer, quand l’occasion s'en présentait, d’un chariot traîné par des bœufs et de la blouse bleue de son conducteur (Fig. 99). De ses « rares » sorties, 11 rapportait plusieurs panoramas de la ville dominée par les tours de sa cathédrale, tantôt sous le flamboiement d’un couchant radieux, tantôt dans une atmosphère tourmentée par la lutte des nuages contre la lumière défaillante {F1g. ro1). Le Palais-Ducal lui inspirait un dramatique nocturne (Fig. 103); puis, l’imposante masse de la porte « du Groule » (lisez : du Croux) le disputait à la carrure non moins grandiose de la « tour Gocquin », derrière laquelle on apercevait le pont de la Loire dans le lointain (Fig. 102). Les douleurs ou les humeurs noires le confinaient-elles au logis, le crayon du dessinateur se contentait alors des inspirations fournies par les livres qui lui
tombaient sous la main. L'un de ceux qu'il rencontrait s’appelait La Bretagne ancienne ef moderne, de Pitre-Chevalier, illustrée par Leleux, Penguilly et Johannot. Il y copiait avec une consciencieuse application une représentation de la « tour d’Elven ». Ensuite, c'était une Géographie en estampes, évoquant les « mœurs et coutumes des différents peuples de la terre », qu'il avisait chez son voisin le relieur. Il en reproduisait le frontispice, où des types des quatre parties du monde encadraient le titre de l’ouvrage. Et puis, encore une estampe ayant pour épigraphe « L'homme par son génie est maître de la terre », où l’on voyait une femme, appuyée sur le globe terrestre, désigner du doigt le bateau d’un navigateur parti pour la découverte de parages inconnus : tels Cook ou Lapérouse, dont les noms se lisent chacun dans un cartouche au bas de l’image. Après cela, un atlas suffisait à la distraction de l’homme auquel une carte des environs de Paris remémorait ses promenades dans la banlieue de la grande ville; il s'amusait à en faire une copie, qui est datée du 12 décembre 1870 (Fig. 104). Le 26 du même mois, il traçait d’après une autre carte un contour de la France, dans l’intérieur duquel 1l se bornait à indiquer les lieux connus de lui, soit pour les avoir habités ou traversés, soit à cause de Ia résidence d’une connaissance : ainsi, Bordeaux et Jonzac, qui luirappelaientson client Bascle; le Dauphiné, séjour d'Alexandre Fesser, et Béziers, où M Fesser Tomptaitrésalementmeoeme famille (Fig. 105). Pendant les longues soirées de cet hiver à Nevers, lorsque son crayon ne marchait point, ses yeux s’attachaient volontiers au texte d’un livre. Les récits de voyages jouissaient de ses préférences. Il se passionnait pour ceux du peintre de marine Garneray, dont 1l avait connu personnellement autrefois le héros. Il goûtait aussi la France maritime d'Eugène Sue et ne dédaignait ni Robinson Crusoë ni le Robinson Suisse Dans tüuntautre genre MAOFSERRRRE
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