Village hollandais
Fig.
trouvé que 52 souscripteurs. L'infortuné élève de Schelfhout en était donc réduit à s'ingénier pour obtenir cent à cent-cinquante francs d’un tableau. Heureux quand, par un de ces stratagèmes, il parvenait à placer quelques-uns de ses produits. Mais trop souvent sa bourse demeurait plate. Par bonheur, son dénûment ne laissa pas insensible celui qui lui avait mis le pinceau entre les mains. Son maître disposait d’utiles relations en haut lieu. Il sut intéresser le roi à un sujet digne de ses faveurs. Grâce à cette intervention, Jongkind recevait un jour du trésorier de la maison du Roi une lettre qui disait:
La Haye, le 16 mars 1843.
Le soussigné, trésorier de la maison du Roi Guillaume-Frédéric, comte de Nassau, porte par la présente à la connaissance de M. J.-B. Jongkind, artiste peintre, que Sa Majesté lui a accordé, pour la poursuite de ses études de peinture, une allocation de deux cents florins….
Signé: David Racaÿ.
Le jeune artiste si bien doué, mais incapable de capter par lui-même les sourires de la fortune, devenait ainsi un des pensionnaires de son souverain. La même année, 1l envoyait un de ses. paysages au cercle Aréi el Amicitiæ. L'œuvre représentait un moulin à vent dressant sa robuste masse au bord d’un canal dont l’eau reflétait la capricieuse arabesque des nuages courant à travers le firmament, tandis qu’une voile accostait à Ja rive. Une esquisse à l’aquarelle du sujet, gardée dans un album (Fig. 5 ), est accompagnée d’une note en hollandais ainsi conçue : « Va Arti et Amicitiæ. Verz. 18 augustus 1843 >; ce qui signifie : « Pour À rfi ef Amicitiæ. Envoyé le 18 août 1843 >. S1 le tableau était aussi bien réussi que son croquis, je gage qu'il fit honneur à l’exposant. Jongkind était lancé. Les années suivantes, il bénéficiait encore de la bienveillance du souverain. Sa pension lui était renouvelée. Sa notoriété grandissait. Elle était telle, en 1845, qu'il pouvait se mêler au monde officiel
pour l'inauguration de la statue de Guillaume-le-Taciturne. Il avait la joie de se voir présenté alors au célèbre peintre français Eugène Isabey, un des compagnons du fonctionnaire délégué par notre gouvernement à cette solennité. De la maison du Nordeinde où 1l était admis à lui présenter ses hommages, 1l l’entraînait sans doute jusqu’à son humble logis, et Isabey ne devait pas lui marchander les éloges ; car, dès lors, c'était un de ses dieux. 11 brûlait de s’enrôler parmi ses élèves. Partir pour Paris et entrer dans son atelier devenait son idée fixe. Ce rêve se réalisait dès l’année suivante.
FT