‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 41 sur 142 · JORDAENS ANIMALIER · texte numérisé non relu

JORDAENS ANIMALIER

Le tableau est bien de la main de Jordaens, quoique on fût longtemps sans en avoir la certitude. C’est une scène hardie et sensuelle, d’un mouvement fougueux, avec de superbes, mais un peu lourdes figures de femmes; très décorative en somme par les accessoires et dans toute la composition. La guirlande d’Amours planant dans le ciel est particulièrement merveilleuse; elle rappelle celle de Sandro Botticelli dans sa Nativité de la National Galerie à Londres, et elle représente certes le groupe le plus délicieux que Jordaens ait jamais peint. La peinture est maintenue dans une tonalité brune sans grand éclat; les muscles noueux, les draperies à cassures, tout indique les années vers 1630 pour l’époque à laquelle cette œuvre fut peinte. Le musée de Dresde possède une fort jolie réplique de ce tableau. L’un de ces tableaux, à moins que ce ne soit un troisième, figura dans la vente Schorel (Anvers, 1774).

Jordaens animalier. — Voilà donc toute une série d’œuvres dans lesquelles Jordaens traita chaque fois un même sujet. Pour cette époque nous en rencontrons encore d’autres dans lesquelles une même matière est traitée de diverses façons. S’il fallait leur trouver une caractéristique commune on ne pourrait mieux faire que de les embrasser toutes dans cette partie de l’œuvre de Jordaens où il a accordé un rôle important aux animaux. Nous l’avons dit déjà mais nous le répétons car à notre avis on ne l’a pas assez fait valoir:

Jordaens fut un animalier de tout premier ordre, l’égal des plus grands maîtres flamands dans un genre où ils furent les plus grands du monde entier.

Lorsqu’il en a l’occasion — et quand ne l’a-t-il point? — il ne manque jamais d’introduire des animaux dans ses tableaux; il en peint de grands et de petits; de grands de préférence; quadrupèdes, oiseaux, poissons, tout lui convient pourvu qu’il puisse répandre à flots ses couleurs sur leur pelage, faire étinceler leur plumage de pierreries ou allumer des reflets d’or et d’argent dans leurs écailles. 11 lui arriva de se faire aider par un confrère animalier spécialiste, mais alors c’était certes plutôt pour gagner du temps que pour fournir de meilleur ouvrage.

Un tableau dans lequel par exception il n’a point peint l’animal qui y figure, est le Prométhée enchaîné du musée de Cologne, et probablement parce qu’il s’agissait d’un oiseau et non d’un quadrupède. Le ravisseur du feu a été rivé sur une roche, la tête en bas, une jambe tout à fait tendue en l’air, l’autre repliée; la douleur lui arrache de terribles hurlements. L’aigle a plongé l’une de ses serres dans le ventre du patient et lui a arraché le foie sanglant hors des entrailles. L’oiseau gigantesque déploie ses ailes, dans toute leur

LA CHÈVRE AMALTHÉE Dessin (Louvre, Paris).

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