LE REPOS DE DIANE
d’abondance pleines de fruits et d’herbages, l’un est gras comme un Silène, l’autre d’un embonpoint plus discret. Un Amour offre une pomme à Ariane, deux satyres sont juchés dans un arbre derrière elle, l’un tient une grappe de raisins; une jeune femme apporte un artichaut, un gros satyre la tête appuyée sur sa main, assiste à la scène.
Les deux femmes vues de dos sont admirablement peintes et savoureusement modelées en une chair luxuriante. Ariane est trop bouffie; l’éclairage de la nymphe vue de face est trop maussade; quant à la petite femme apportant les plantes potagères, elle est exquise. Les autres figures, surtout les satyres, sont trop brouillées. Le groupe principal rappelle beaucoup les nymphes appartenant à Mme Bougard mais le tableau de Dresde est à la fois plus gras et plus boursouflé. Jordaens a peint ici des femmes peut-être belles à son goût, mais certes pas au nôtre: il en a fait des grâces chinoises, veules et sans nerf. Ce tableau date évidemment de la même époque que le Diogène et l'Enfant Prodigue de Dresde.
Dans la vente Gustave Couteaux (Bruxelles, 1874) on rencontra un tableau, traitant un autre épisode de la vie d’Ariane. Bacchus la rencontre après quelle a été abandonnée par Thésée dans l’île de Naxos; il s’en éprend et il parvient à la consoler. Ariane est assise sur le sol dans un paysage orné d’une fontaine monumentale; dans la main elle tient un thyrse ; une peau de panthère est jetée sur ses épaules; elle offre une grappe de raisins au dieu.
Dans une vente à La Haye, le 18 juillet 1753, figura un tableau représentant Bacchus et Ariane-, dans la vente Johan van Nispen (La Haye, 1768) un tableau et dans la vente Klinkosch (Vienne, 1883) un dessin traitant le même sujet.
Le Repos de Diane. — Le Repos de Diane de la galerie Kums vendue en 1888 à Anvers, était dans le même genre. Le tableau respire une joie débridée. Diane trône au milieu du tableau, sur une éminence, les jambes croisées. Elle est assise sur une draperie carmin, elle a la taille ceinte d’une étoffe d’un blanc chaud; la lumière bleuâtre de la lune baigne sa chair potelée. A gauche une nymphe s’allonge sur une draperie bleue à bordure jaune; elle tient son pied dans une main; une autre vue de dos et en pleine lumière, se drape dans une étoffe mauve. Derrière la déesse se tient une nymphe drapée de jaune; un doux rayon de lune jouant sur son visage; une quatrième dort, la tête appuyée sur les genoux. Le produit de la chasse de Diane: chevreuils, lièvres, perdreaux ou faisans, un sanglier, jonche le sol ou a été accroché aux branches. De la gauche débouche un cortège d’un autre genre: en tête un satyre replet aux pieds de chèvre; il porte en la pressant contre sa panse une corbeille de fruits appétissants; sa peau nue, brune et parcheminée est vigoureusement éclairée; ses yeux allumés de convoitise, sa bouche au rire égrillard nous édifient suffisamment sur la nature des impressions que la vue de la belle déesse et de ses suivantes éveille en lui. Derrière, un satyre joue de la flûte et une des nymphes de Diane se débat contre un chèvre-pied qui s’efforce de l’embrasser. A l’avant-plan se trémousse un satyrion jouant de la flûte et agitant des grelots. A l’arrière-plan une tapisserie a été tendue entre deux arbres. Le gibier et les fruits sont peints par Snijders dans sa manière ferme et haute en couleur. Le tableau fut acheté par M. Tony Dreyfus de Paris. Avant d’appartenir à M. Kums il avait été rencontré dans les ventes Lecandele (Anvers, 1881); Comtesse de Robiano (Bruxelles, 1838), van Schorel (Anvers, 1794). Il fut gravé par le peintre André Lens lorsqu’il appartenait à van Schorel.
Il existe une deuxième version de ce sujet. Elle se trouvait dans la collection Lebrun (Paris, 1777) et fut gravée par Dambrun dans Lebrun , Galerie des peintres flamands et
l’offrande à vénus
hollandais. La composition est la même, mais neuf nymphes se tiennent debout ou assises autour de la déesse. Les trophées de chasse manquent au premier plan. Un lévrier se trouve entre les nymphes et le satyre à la corbeille de fruits. Plus tard le tableau figura dans la vente Abbé Guillaume de Gevigny (Paris, 1779) et Fesch (Rome, 1845). Le Musée de l’Ermitage de St. Pétersbourg en possède une faible réplique. Le catalogue de la galerie van Salzthalan, devenue la galerie de Brunswick, renseigne un tableau de la même composition.
L’Offrande à Vénus. — Le Musée de Brunswick possède une Offrande à Vénus de la même époque. A gauche est une statue de Vénus avec l’Amour dans une niche taillée dans
JUPITER ET LA CHÈVRE AMALTHÉE (Louvre, Paris).
le roc. Devant la déesse s’agenouille sur le sol un vieillard, drapé dans un manteau rouge, dont un satyrion coiffe le crâne dénudé d’un bonnet à cornes; un Cupidon lui désigne un satyre et une femme en train de s’embrasser, ce qui explique le geste du satyrion et la raison d’être du bonnet à cornes. Au sommet du rocher cinq satyres se mettent en devoir de suspendre des guirlandes de fleurs aux branches d’arbres. Vers le sanctuaire de Vénus s’avance un cortège de bacchantes nues. La première tient une torche allumée, les cinq suivantes portent des guirlandes de fleurs à la main et sur la tête; la dernière entraîne une femme affligée qu’elle tire par les boucles de cheveux répandues sur son visage; à gauche un autre couple amoureux et un homme qui terrasse une femme. Un satyre, juché sur un arbre, joue de la flûte. Au milieu et dans le haut du tableau plane une guirlande de petits Amours, le plus près du spectateur tient un cœur enflammé. A l’arrière-plan un paysage montagneux.