DIOGÈNE À LA RECHERCHE D’UN HOMME
Le marché avec sa turbulence et sa fièvre, avec son grouillement de personnages, d’animaux et d’accessoires, attirait surtout Jordaens: il y voyait la synthèse, la quintessence de la vie populaire de la rue; il ne peignit point le marché d’Athènes quoiqu’il crût devoir draper ses personnages à l’antique, mais bien un marché du pays flamand et les gens qu’il y met en scène sont bel et bien les paysannes qui se rendaient avec leurs légumes à Anvers et qui les étalaient sur le pavé, ainsi que les marchands de bestiaux et de porcs venus avec leurs intéressants élèves à la foire de la ville. Les tas de légumes frais cueillis et d’appétissantes herbes potagères, les fruits aux couleurs vives et opulentes, les taches bariolées et chatoyantes fournies par les animaux, avaient dû souvent le séduire et il trouva le moyen de les utiliser, de les mettre en valeur dans une vaste composition dans laquelle les pittoresques costumes et la chair robuste du peuple accorderaient leurs tons variés avec ceux
LE TRIBUT DE SAINT PIERRE OU LE BATEAU DE PASSAGE (Collection de M. Ringborg, Norkôping).
de tous ces savoureux éléments. Il n’était d’ailleurs pas le premier Flamand qui eût été séduit par le joyeux bariolage de nos marchés: Joachim De Beukelaer les avait peints avant lui; Pieter Aertsen et Pieter Huys avaient choisi leurs personnages parmi les maraîchères et les cuisinières. Mais Jordaens comprit le sujet à sa façon. Dans son Ecce Homo , Joachim De Beukelaer avait peint le marché à l’avant-plan, en l’isolant de l’action historique en le traitant comme une sorte d’accessoire, une nature morte à côté de laquelle agissaient les personnages vivants; les autres s’étaient contentés de peindre certains personnages en leur donnant les légumes comme attributs de leur profession. Chez Jordaens, au contraire, le marché et son monde participent à l’action; ce marché est rendu dans toute sa vie et dans toute sa houle; il est le théâtre de la vie populaire la plus intense et la. plus variée; il se déploie en plein air, vibrant de lumière, de couleur, de mouvement et de bruit. Les personnages ont de l’ampleur et de la consistance, leurs gestes sont larges et puissant est l’art qui les a interprétés.
Il s’agit de tout un drame, mi-partie comique et sérieux. Le philosophe au rire sarcastique