‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 48 sur 142 · DIOGÈNES À LA RECHERCHE D’UN HOMME · texte numérisé non relu

DIOGÈNES À LA RECHERCHE D’UN HOMME

et au regard pénétrant qui cherche un homme et qui constate avec une joie malicieuse la vanité de ses recherches; les maraîchères se moquant du sage, moitié amusées et moitié scandalisées; le jeune garçon qui lui rit au nez; les deux amoureux qui profitent du moment où l’attention générale s’est tournée vers un seul objet pour donner libre cours à leurs épanchements; les vieux et les vieilles à la fois ébaudis et ébahis, parmi lesquels on remarque surtout un gros à lorgnon que Rubens peignit dans le rôle d’un Pharisien; les policiers qui surveillent la scène d’un air impassible; et enfin les rares initiés qui ne trouvent point l’action du philosophe si déraisonnable et qui y assistent, l’un, en réfléchissant, un doigt porté à sa bouche; l’autre, son voisin, les lèvres plissées; le personnage chauve, le menton dans sa main, penché par dessus la colonne, partagé entre la surprise et la curiosité: autant de héros d’une comédie, la comédie de la vie populaire, observés de près et rendus avec naturel, avec Diogène comme personnage capital et le tout mis en œuvre avec un humour savoureux et un esprit alerte.

LE TRIBUT DE SAINT PIERRE (Rijksmuseum, Amsterdam).

La couleur est copieuse et opulente, la lumière chaude mais d’une ardeur parfois amortie. Le cuir brun et tanné de Diogène, les ombres transparentes répandues sur les chairs, les teintes diaprées des légumes, de certaines draperies et du pelage des bêtes n’empiétent point sur le jaune-brun, le ton dominant; le rouge de quelques vêtements, ainsi que le blanc de certaines draperies et du cheval se font valoir aussi. Mais c’est, je le répète, l’éclat doré du soleil qui imprègne et pénètre le tout; il est plus intense à droite, plus discret à gauche: c’est dans cette atmosphère radieuse que se déroule cette tranche pantelante de la vie populaire.

La clarté moelleuse et veloutée répandue sur tout le tableau proclame hautement l’époque où il fut peint: les environs de l’an 1640. Les pourceaux sont peints de la même façon que ceux de V Enfant Prodigue; la jeune belle que son amoureux prend par le menton est la même que celle de la boutique du poissonnier du Musée de Bruxelles; Jordaens reprendra plus d’une fois ce groupe; le garçon qui joue de la flûte se retrouve aussi dans plus d’une toile de cette époque.

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