LES PEINTRES DE GREENW1CH-HOUSE
plafonds à cause des raccourcis qu’elle comporte, et Rubens ne verra aucune objection, s’il est en état, de travailler, à se charger de la peinture du plafond. Cet arrangement donnerait satisfaction aux deux parties.” Jordaens avait déjà peint un tableau dont l’esquisse avait été envoyée en Angleterre et qu’il avait consenti à modifier comme le lui avait demandé Scaglia. Il ignorait toujours que l’ouvrage était destiné au roi d’Angleterre, mais il s’était mis vaillamment à la besogne.
On avait demandé à Rubens à quel prix il aurait peint le plafond. Le grand maître touchait au dernier mois de son existence, mais il n’avait encore pu se résignera l’oisiveté; il répondit qu’il ferait le travail au prix de 2000 patacons, c’est à dire 480 livres sterling; donc à un prix augmenté de la moitié de celui demandé par Jordaens. A ce que rapporte
Scaglia, Rubens proposait de représenter au centre le Festin des Dieux; d’un côté Cupidon s’efforçant de rendre Psyché amoureuse d’un simple mortel, mais à ce jeu s’éprenant lui-même de cette beauté; de l’autre côté aurait été représenté l’Enlèvement de Psyché au ciel. Les six autres tableaux auraient été remplacés par des grotesques sans figures. La mort de Rubens survenue le 30 mai 1640 coupa court à ces projets, et Jordaens qui, de l’avis même de Gerbier, était à présent le premier peintre du pays, fut chargé de l’exécution complète de la commande.
Nous ignorons les termes exacts du marché. Le 18 décembre 1640, il avait déjà touché 100 livres sterling en acompte.
Quand Scaglia mourut le 21 Mai 1641 Jordaens avait encore sept tableaux à lui livrer. (1) Ceux-ci étaient certainement destinés au cabinet de la reine à Greenwich.
Après 1640 Gerbier ne fait plus allusion à cette affaire dans la correspondance où nous puisons les détails concernant cette négociation, et il quitta même Bruxelles en août 1641.
Qu’advint-il des peintures? L’inventaire de Greenwich mentionne parmi les œuvres d’art provenant des palais de Charles 1er huit tableaux de Jordaens estimés 200 livres sterling. Il s’agit sans doute des œuvres dont nous nous occupons ici. (2)
Le plafond représenta-t-il un Festin des Dieux comme Rubens l’avait proposé, et ce sujet fut-il traité par Jordaens? Nous l’ignorons, mais nous en doutons fort. 11 est intéressant à constater que la collection Lacaze du Louvre contient un grand Festin des Dieux, portant le nom de Jordaens, mais qui nous semble attribué par erreur à ce peintre et qui a une allure toute rubénienne. Dans un ancien catalogue du musée royal de La Haye, un tableau
(1) F. JOS. VAN DEN Branden, Oeschiedenis der Antwerpsche Schilderschool. Page 837.
(2) Claude Philips, The Pietures Gallery of Charles I. Page 45.