LES PEINTURES DE GREENWICH-UOUSE
paraissait la personne la plus apte à négocier l’affaire avec Jordaens. Scaglia accepta cette mission en ignorant au nom de qui il allait traiter avec le peintre. Quelques jours après Jordaens lui fit savoir qu’il demanderait 600 livres sterling pour cet ouvrage, mais qu’il ne pouvait promettre de l’avoir terminé dans un délai de deux ans. 11 demandait aussi à être payé pour l’esquisse s’il était tenu à en fournir une, comme Gerbier le jugeait désirable. Suivant l’usage adopté par les peintres anversois il enverrait l’ouvrage par deux ou trois tableaux à la fois, à mesure qu’il aurait achevés ceux-ci. Gerbier fit prier William Murray de soumettre ces dispositions à Sa Majesté et de faire en sorte que l’ouvrage fût payé à mesure qu’on le livrerait, avec des lettres de change tirées par Lionel Wake fils, à Londres, sur Lionel Wake, père, à Anvers. Au cas où S. M. approuverait tous ces arrangements William Murray aurait à faire prendre les justes mesures au moyen de cordons au bout desquels serait ajusté un petit morceau de parchemin désignant la paroi mesurée.
Jordaens dressa alors un devis, qui nous a été conservé et qui est écrit en français. Le voici :
Le sofit consistant en 9 pièces tant grandes que petites importera pour
le prix 24ÜÜ florins.
Au premier quartier de la salle sur la cheminée 3 grandes pièces, qui
importeront 1800 „
Le deuxième quartier où il y a deux balcons où il y aura 5 pièces
tant grandes que petites importera environ 1000 „
Le 3e quartier où il y a un balcon vers levant 3 pièces estimées à . . 700 „
Le 4e quartier où est la porte il y aura 2 grandes pièces qui importeront 900 „
fecit . . . 6800 florins.
Le tout signé de la main de Jordaens.
Sous ce total était écrit d’une autre main et en anglais: „Ce qui fait 680 livres sterling.”
Gerbier, ami intime de Rubens, voyait de mauvais œil que cet important ouvrage
pour le palais royal fût exécuté par un autre que le plus grand des maîtres anversois,
et le quatre février 1640 il écrivit à Edouard Norgate afin de l’engager à demander
au roi s’il ne préférerait pas voir exécuter ce travail par Rubens au cas où celui-ci l’entreprendrait pour le même prix ou à peu près le même prix que Jordaens. „Tous deux”, écrivait-il, „sont Hollandais et on ne peut plus doués pour représenter les dieux ivres et
turbulents de la Fable, et des deux Rubens est certes le plus aimable dans ses tableaux;
ses paysages sont bien plus jolis et la façon dont il les étoffe plus attrayante.” Gerbier
avait invité Rubens à faire un dessin, qu’il aurait soumis au roi; Rubens ne paraissait pas en avoir grande envie. Entre temps Jordaens avait envoyé ses dessins, mais Gerbier différait le moment de les présenter au roi, insistant toujours pour que la commande fût confiée à Rubens. Néanmoins à la cour d’Angleterre on ne semblait pas tenir grand compte de ses recommandations et on continuait à négocier avec Jordaens. Gerbier chargea alors l’abbé Scaglia, son collègue en diplomatie, de traiter l’affaire avec Jordaens. 11 écrivit le 24 Mars, à Inigo Jones, architecte du roi, qu’il avait fait mander à Jordaens par Scaglia de prêter aux femmes représentées dans le premier tableau destiné à la reine, les plus jolis visages et les formes les plus avenantes.
Entre temps Rubens était devenu gravement malade et il ne devait même plus guérir;
pourtant Gerbier ne se décourageait pas encore et le 9 mai, il invitait Scaglia à proposer
à Jordaens de céder la peinture des plafonds à Rubens et de ne se réserver que celle des parois. Jordaens se réjouira probablement, écrivait-il, d’être débarrassé de la peinture des