JORDAENS ÉLÈVE DE RUBENS
un de ses plus merveilleux chefs-d’œuvre. Ce que Jordaens y a ajouté n’y a certes pas nui et il a su identifier à tel point sa facture avec celle de son aîné qu’on a peine à les distinguer l’une de l’autre. Les parties brillantes sur le visage et le bras nu d’Andromède semblent l’œuvre de Jordaens, les Cupidons à l’arrière-plan ont sans doute été retouchés par lui, mais loin de détonner dans l’ensemble comme étant moins riches de coloris Jordaens semble avoir prêté à ces éléments un éclat encore plus radieux.
Dans la vente mortuaire de Rubens figuraient deux tableaux de Jordaens: sous le N°. 266 de la Spécification , la Naissance du Christ, déjà cité et sous le N°. 265, l'Histoire d’Ulysse et de Polyphénie comme le renseigne le catalogue français et Polyphénie et Ulysse sur toile comme le décrit le texte anglais. Nous ignorons ce qu’est devenu le second tableau. Nous n’en savons pas davantage d’un „Ulysse peint sur panneau” renseigné dans l’inventaire de la succession du peintre Jérémie Wildens, fils de Jean, mort le 30 décembre 1653; ainsi que d’un tableau capital avec des figures „où Ulysse est reconnu”, qui parut dans une vente à Amsterdam en mai 1715. Le tableau „Ulysse découvert par la princesse Nausica”, provenant de la vente Nicolas Corneille Haselaer (Amsterdam, 1742) appartient actuellement à M. van der Ouderaa, artiste peintre à Anvers et un „Ulysse aux pieds de la fille d’Alcinoüs, sur toile” est probablement le même que le précèdent et fut vendu à Amsterdam le 29 avril 1817.
Jordaens élève de Rubens. — Maintes fois on a qualifié Jordaens d’élève de Rubens. Veut-on dire par là qu’il ait pris des leçons du grand maître ou fréquenté son atelier, on commet une erreur manifeste. Mais si l’on prétend par là que Jordaens a beaucoup appris de son prédécesseur, on est tout à fait dans le vrai. Comme nous l’avons déjà dit, immédiatement avant l’avènement de Rubens il se manifestait dans l’Ecole anversoise une prédilection pour les tons éclatants et pour les formes opulentes, tendance dont les œuvres d’Abraham Janssens (1575 — 1632) nous fournissent déjà la preuve. Jordaens partagea d’abord cette prédilection, mais il la manifesta d’après sa propre nature. D’emblée il s’était affirmé coloriste, mais un coloriste dur et rude, c’est-à-dire conforme à tout son caractère, à sa façon de penser et d’agir. Vers 1635, quand il eut atteint la quarantaine, il s’efforça, à l’exemple de Rubens, de faire réagir les couleurs l’une sur l’autre, d’introduire dans ses tableaux des tons mieux fondus et des jeux de lumière et d’ombre. 11 apprit à rendre ses teintes plus transparentes, à les diviser, à saisir et à combiner les reflets rares. Il modifie plus d’une fois sa manière; il s’est enrôlé dans l’école de Rubens et il y demeure fidèle, mais sans devenir jamais un imitateur du grand maître. Après sa période de tons veloutés il redevient ce qu’il était avant 1637, le vigoureux coloriste par exellence. Sa lumière, celle du plein soleil, est durant la majeure partie de sa carrière plus crue, plus brutale que celle de Rubens et sa couleur aussi est plus solide, ses ombres plus lourdes et plus prononcées que celles de son grand émule. Rubens est plus doux, plus harmonieux et plus moelleux; sa façon de jouer avec les clairs et les ombres, avec les lumières et les reflets, avec la couleur et la teinte est plus opulente, plus souple et plus distinguée. Rubens est le peintre de la lumière éblouissante et radieuse; Jordaens affectionne tout autant les ardeurs fauves des fournaises; la facture du premier devient de plus en plus claire et joyeuse; au contraire avec l’âge la manière du second se fait de plus en plus sourde et sombre.
Et il en est de même pour les formes et pour la conception de la vie. Rubens demeure toujours le peintre héroïque, représentant de nobles figures et de nobles gestes; Jordaens est le bourgeois, qui met en scène les personnages tels qu’il les a rencontrés au jour le