VIII. Quatre petits anges portant une guirlande de fleurs
Les numéros II, III, IV, VII,
VIII sont les petits tableaux; les numéros I, V, VI les grands.
L’ensemble est loin de représenter un chef-d’œuvre. La peinture est d’un ton brun, roussâtre, où la couleur et la lumière ne ressortent que par taches, sans vigueur et sans éclat réels. Les raccourcis ne sont guère heureux et nous montrent la plupart du temps des figures ramassées, contractées en des masses déplaisantes; ce sont des blocs de chair avec des élans disgracieux et des cambrures tourmentées. Ajoutons à ces défauts des accessoires par trop réalistes, qui font plutôt songer à une parodie qu’à une interprétation sérieuse de la charmante fable grecque. Près du lit sur lequel dort l’Amour, est un vase de nuit; près de celui sur lequel est étendue Psyché se trouve le même ustensile que, dans sa fuite, la dieu a même renversé et dont le contenu s’épanche derrière lui. Afin d’empêcher le petit Amour de s’évader Psyché le saisit par le bas-ventre. L’Olympe et le sacrifice à Apollon n’offrent ni précision ni élégance dans l’attitude et le raccourci des personnages. Des détails répugnants, une composition maladroite révèlent le manque de décence, de grâce et de tact de Jordaens. Dans cette œuvre comme dans bien d’autres que nous ne pouvons analyser toutes, il se montre le bourgeois flamand, plein de rondeur et de bonhomie réaliste, de gaîté un peu brutale et nous décrivant la vie quotidienne avec une vague tendance à la parodie.
Jordaens orna encore sa maison d’autres tableaux que ceux de ces deux plafonds. On rapporte que lorsque M. Solvyns acheta cette propriété, on mit huit jours à vendre les œuvres d’art qui la remplissaient. Parmi celles provenant de cette demeure et qui furent
LES PEINTURES DE L’HOTEL JORDAENS
vendues dans la «Chambre des Arquebusiers”, on remarqua, outre les douze signes du Zodiaque dont nous avons parlé plus haut, les douze apôtres et la chaste Suzanne. (1) Peu importe de quelle Suzanne peinte par Jordaens il s’agissait ici; le tableau était sans doute encastré dans le manteau de la cheminée ou dans la paroi d’un des salons. Les douze apôtres ont probablement décoré la paroi d’un salon.
De ces derniers nous retrouvons un exemplaire au Musée de Lille, provenant de l’église Saint-Maurice. Les douze apôtres sont représentés trois par trois sur quatre tableaux. L’œuvre, peinte en un ton brun sombre, est de médiocre valeur. Nous retrouvons d’ailleurs des tètes d’apôtres un peu partout: un Saint Paul et un Saint Mathieu au château de Berlin; un autre apôtre au musée de l’Académie à Vienne; un quatrième au Musée de Bruxelles; un cinquième dans la collection Harcq, dans la même ville; un Saint Pierre repentant chez M. Hannet à Bruxelles aussi; un deuxième Saint Pierre repentant chez M. Gevers Fuchs à Anvers. Un Saint Pierre et Saint Paul fit partie de la vente Ravaisson (Paris, 1903) et de la vente des tableaux provenant des couvents fermés (Bruxelles, 1785); un autre appartient au couvent de Leliëndal à Malines; un Saint Jacques, Saint Mathieu et Saint Pierre se trouvait dans la vente du chevalier Georges de Wargny d’Audenhove (Bruxelles, 1897); un apôtre encore dans la vente Beurnonville (Paris, 1884) etc., etc. La plupart de ces tableaux remontent à une époque plus reculée, à celle des Quatre Évangélistes du Louvre.
(1) P. GÉNARD. Notice sur Jacques Jordaens. Pages 17 et 34.