‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 80 sur 142 · ANTIOPE · texte numérisé non relu

ANTIOPE

LE ROI BOIT

à remplir cette corne de fleurs et de fruits. Une nymphe et trois satyres assistent à la scène; deux vieux satyres et un satyrion cueillent des fruits dans un arbre. A l’arrière-plan un paysage, trois canards dans un étang et une profusion de fruits et de légumes. C’est une vaste composition décorative d’une lumière et d’une couleur éminemment délicate et veloutée. Le groupe des nymphes nues, aux formes opulentes comme toujours, est vraiment enchanteur. Le taureau est une bête superbe. Les fleurs et les fruits sont d’une autre main que celle de Jordaens. En 1653, le tableau appartenait déjà au roi de Danemark, et en mars de cette année on le pourvut d’un cadre peint en noir. (1)

Antiope. — L’autre tableau est Y Antiope endormie du Musée de Grenoble. La nymphe dort au bord d’une rivière, sous une draperie tendue entre les branches. A côté d’elle gît son carquois. L’Amour tenant une torche se trouve derrière elle. A droite, Jupiter, sous la forme d’un satyre, se penche sur elle et la contemple amoureusement. Deux satyres cachés derrière un monticule épient la belle endormie. Le tableau porte J. Jord. fecit 1650. En dépit de cette signature le catalogue conteste à tort l’authenticité du tableau. Quoique de facture un peu maigre et quoiqu’elle manque de l’éclat coloriste particulier à Jordaens l’œuvre n’en est pas moins de son pinceau. C’est sans doute le même tableau qui figura dans la vente Mensart (Amsterdam, 1824) et qui fut renseigné comme portant le millésime 1660.

Le Roi boit. — Dans le cours des années dont nous nous occupons Jordaens reprit un de ses sujets favoris Le Roi boit et le traita même plusieurs fois. Une des meilleures versions de cette époque se trouve au Musée de Bruxelles (No. 242 du catalogue). Ce tableau est beaucoup plus grand que l’autre du même sujet appartenant au même Musée. Le roi trône au milieu de la table juste en face du spectateur, couronné de carton, levant son verre de Venise, gras à lard, les yeux à moitié fermés, au comble de la jouissance et de l’hébétude. Autour de lui l’allégresse est assez débridée. A sa droite deux femmes: l’une, la fourchette dorée à la main, déjà à moitié ivre, échevelée, le regard trouble; l’autre, plongée tout aussi profondément dans les vignes du Seigneur, tient un grand verre dans une main et retient de l’autre un enfant assis dans son giron et qui se soulage, en un rayon d’argent, de son superflu de liquide. A côté de cette femme, deux enfants encore, l’un jouant de la flûte, l’autre s’appuyant à une chaise. Derrière les femmes, une figure falote agitant son bonnet rouge, un joueur de cornemuse, un gaillard qui chante à gorge déployée, la tête renversée en arrière, enfin une vieille femme et une jeune. A gauche du Roi une jeune commère à la mine délurée qu’embrasse un gaillard entreprenant; un autre individu à qui sa pipe a donné la nausée et que sa femme tient charitablement par la tête pour l’aider à vomir. Derrière le roi un autre vociférateur coiffé d’un bonnet de fou, les deux mains levées, la coupe dans une main, l’autre main tenant un second bonnet. A l’écart encore une demidouzaine de personnages dont les uns boivent à tire-larigot et les autres se divertissent bruyamment. Au fond une fenêtre ouverte et un paysage peint au cadre richement sculpté. Un perroquet perche sur le volet de la fenêtre, une fillette assise sur une chaise joue avec un petit chien; un rafraîchissoir, un panier contenant des ustensiles de table et sur lequel repose un chat, un chien vu à moitié, complètent l’assemblée. Sur la table : de la pâtisserie, des verres à vin, un plat de volaille rôtie, un sucrier d’or.

Le spectacle n’est guère édifiant; il nous fait assister à toutes les phases de l’ivresse.

(1) Communication de M. Karl Madsen, conservateur de la galerie royale de tableaux et de sculptures à Copenhague.

le roi boit! (Musée Impérial, Vienne),

LE ROI BOIT

Personne qui ne soit ivre: la majesté du roi s’est noyée dans un rire idiot; les deux tendrons à son côté ont les paupières lourdes et sans doute la langue pâteuse ; les hommes se trémoussent ou commettent des incongruités; en un mot la confusion a atteint son paroxysme, la saturnale est complète.

Mais la lumière et la couleur relèvent cette scène et en font oublier les côtés répugnants. A droite tout est clair: la femme à l’enfant porte un bonnet blanc, un fichu blanc, un tablier blanc; l’enfant une chemise blanche. Toute cette blancheur est interrompue et tempérée par des ombres d’un gris bleuâtre. La blancheur de la serviette étalée sur la bedaine du roi et celle du linge des personnages à sa gauche sont étouffées et amorties de même par des ombres plus renforcées. Mais en revanche ce ton clair et cru est réchauffé et avivé par les taches rouges des vêtements, des coiffures, de la nappe. Le groupe à gauche, plus mat, est aussi richement coloré. Il ne comporte pas moins de dix figures, pressées l’une contre l’autre et de gestes animés; les tons rouge sourd et bleuâtre y dominent, un ardent clair obscur les incendie par places et en d’autres ils sont un peu étouffés par les ombres et les reflets. Le tout se détache avec une harmonieuse sérénité sur la croisée discrètement éclairée. Le fond n’est pas de couleur moins opulente; la paroi est occupée par un tableau de ton sombre et discret; le fou, le joueur de cornemuse et le braillard se détachent en tons harmonieux sur ce fond paisible traversé de sobres touches de bleu, de jaune et de rouge, appliquées légèrement, d’une main sûre guidée par un œil sensitif. La facture témoigne de la pleine maturité du maître: son ton d’or velouté d’autrefois s’est radouci, les couleurs sont pleines, la pâte grenue, toute la manière indique que le tableau fut peint vers 1650. Il fut acheté en 1897 à M. Bourgeois, marchand de tableaux à Paris et Cologne, et il provenait des ventes Pommersfeld (Wurzbourg, 1857 et Paris, 1867).

Une réplique un peu modifiée de cette scène se trouve dans la collection du duc de Devonshire à Chatsworth. La composition est la même mais il n’y a plus que treize figures au lieu de vingt-trois. Quatre figures ont été omises à l’extrême droite: un homme, une femme et deux enfants; quatre à l’extrême gauche et aussi deux enfants, celui à côté du roi et celui sur le devant de la scène. Il n’y a plus de chat et le chien se présente autrement. Au fond manquent la fenêtre et le tableau. Le panier avec les ustensiles fait défaut aussi. Les personnages ne sont plus vus en pied, mais seulement jusqu’aux jarrets. C’est un superbe tableau, fort soigné, dans la gamme claire avec de fines ombres transparentes. La facture en est agréable: le vin est monté à la tête et les convives commencent à se dégourdir. Le tableau me paraît antérieur de quelques années à l’autre.

Le Roi boit. Brunswick. — L’exemplaire du Roi boit que possède le Musée de Brunswick, présente de nombreux points de contact avec les deux précédents. Le roi est le même; les deux femmes à sa gauche, celle tenant sa fourchette en main et celle tenant son enfant, sont identiques aussi. Le fou veut embrasser une jeunesse qui le repousse; ce couple se réfléchit dans un miroir au fond de la salle. Un perroquet perche sur le volet ouvert de la fenêtre; à table figure l’enfant à la tête frisée; devant la table est un autre enfant. Derrière la table se trouvent encore huit personnes. Le tableau n’est pas de la main de Jordaens mais il a été fait dans son atelier; le ton brun domine; le nerf, le crânerie du faire jordaenesque en est absente; ce sont bien ses personnages mais ce n’est plus la même vie.

Dans le commerce on rencontre encore une meilleure version de ce sujet, malheureusement le côté gauche de ce tableau a été amputé. Le fou lutinant la commère et la glace qui les réfléchit sont donc supprimés.

LE ROI BOIT

Dans la vente Van der Schrieck (Louvain, 1861) figura encore une autre version. Le roi porte le verre à ses lèvres. La reine lui présente du gâteau. Derrière lui un buveur lève son verre en s’écriant: „Le roi boit!” Un autre à l’extrême gauche dépose sa pipe pour boire à même la cruche qu’il tient à la main. Sur le devant on voit la tête d’un chien. Le même tableau fit partie de la vente d’un amateur de Bruxelles, en une année que le catalogue ne mentionne pas.

Le Roi boit. Vienne. — La plus importante de toutes ces versions du même sujet est celle du Musée impérial de Vienne. L’archiduc Léopold-Guillaume l’emporta à Vienne en 1656, avec sa collection, dont il enrichit la galerie impériale. Dans le

LE ROI boit (Duc de Devonshire).

catalogue de cette collection dressé en 1659 cette œuvre est décrite: „un grand tableau à l’huile sur toile, représentant une Fête des Rois. Tableau original de Jordaens, peintre à Anvers”. 11 fut donc peint avant 1656, et, à en juger par la manière, peu d’années auparavant. Il porte cette inscription dans un cartouche: Nil similius insano quam ebrius (Rien ne ressemble plus à un fou qu’un ivrogne). Le peintre manifeste donc franchement l’intention de décrire une orgie avec toutes les scènes choquantes qui en sont généralement le corollaire. En dépit de cet aveu sans artifices il se proposait aussi de représenter le Festin des Rois aussi exactement que possible d’après les anciens usages. Il procède ici comme il n’a jamais fait dans ses scènes analogues: cà chacun des personnages il assigne un des rôles généralement joués par les convives des banquets de la Fève. Il a

LE ROI BOIT

inscrit ces rôles sur des bouts de papiers gisant sur le sol ou épinglés au vêtement des titulaires respectifs.

A la tête de la table, à droite, siège le roi, coiffé de la couronne de carton, buvant dans son verre et la cruche de vin à la main. A ses côtés, derrière la table, se prélasse la reine, une adorable commère, tenant une fourchette; en face d’elle est assis le chambellan, un jeune lansquenet solidement bâti qui lève son verre en un geste intempestif et qui clame le sacramentel „Le roi boit!” signal auquel chacun doit vider sa coupe. A côté de lui sont une deuxième jolie femme et une vieille. A la tête de la table à gauche un jeune homme se verse à boire; un autre fume la pipe; un troisième s’efforce d’embrasser sa voisine. Derrière la table le bouffon lève aussi son verre en criant; le chanteur, un jeune gars déjà ivre, rythme son refrain de hoquets; une vieille contemple affectueusement le roi;

le ROI BOIT (Musée de Cassel).

l’écuyer tranchant tient une tranche de viande suspendue au-dessus de sa bouche; le messager a passé sa pipe dans la ganse de son bonnet, et derrière la chaise du roi se tient le cuisinier, un gaillard réjoui et bien en chair. Sur le devant le médecin souffre du mal de mer. On voit encore un chien, un chat, deux précieuses cruches en métal et un enfant en train de boire. A l’arrière-plan un coin de tapisserie ; à gauche une fenêtre, et, à la paroi, un miroir dans lequel se réfléchit un couple de convives.

Nous avons déjà vu ce miroir et cette fenêtre dans d’autres tableaux. Le lansquenet au premier plan évoque un personnage analogue dans l’un des deux tableaux du Musée de Bruxelles et dans le tableau Les jeunes piaillent comme chantaient les vieux de Munich. Le luron qui entreprend sa voisine, le fou derrière le roi, qui gesticule le verre en main, et le médecin malade ont déjà été vus autre part. Mais les autres personnages paraissent

LE ROI BOIT

pour la première fois et en général l’ordonnance est plus réussie qu’antérieurement. Comme dans les autres tableaux la petite reine se comporte toujours avec dignité, le roi déguste béatement la bon vin; mais tous les autres s’agitent à l’envi, une même impulsion jette tous les bras en l’air et fait s’ouvrir les bouches criant toutes la même joie débridée.

Le brillant éclat des couleurs sur la turbulente tablée est vraiment superbe. Une lumière radieuse est répandue sur le visage des convives, sur leurs bras et leurs épaules, sur le linge blanc, sur leurs vêtements bariolés. Les objets qu’elle touche scintillent sur le

fond brun. Ce fond même est imprégné de cette clarté qui en rejaillit ça et là par taches étincelantes sur un vêtement, sur un verre, sur une tasse, sur le chien et sur le chat. L’ardente lumière roussit, rôtit pour ainsi dire la tonalité brune sous laquelle elle couve; les ombres ont des coins suggérant des cimes de montagnes derrière lesquelles se couche le soleil ou des globes de lampe recouverts de gaze brune. Non seulement la lumière éclaire ce qu’elle touche mais elle fond les étoffes et les chairs; le moelleux potelé de telles joues, le chatoîment de quelques atours en deviennent éblouissants. Tout cela égaie encore plus la toile que l’allégresse même des personnages et prête à cette ripaille une tournure réjouie et cordiale.

Jordaens avait déjà peint maintes Fêtes des Rois quand il lui prit l’envie de représenter une joyeuse compagnie sans son inséparable personnage couronné de carton. Il réalisa cette idée dans un tableau appartenant au duc d’Abercorn.

Pour modèles il choisit nombre de

AMOURS POPULAIRES (AA. Emile B. Qoldschmicit, Frcinkfort). C6UX Cjlll lui S0I”Vcll0nt ^"0ri0r3.l0m0Ilt

pour ses Banquets de la Fève, il leur en adjoignit d’autres et organisa donc une partie de plaisir entre bons vivants des deux sexes. Les hommes sont des militaires, les femmes des filles de taverne, voire des ribaudes. A l’ombre d’une vigne a ménagée en guise de tonnelle, ils mènent joyeuse vie; trois avenantes commères rappellent les trois luronnes du banquet des Rois; elles ont pour partenaires autant de soldats: un lansquenet levant son verre; un second buvant avec componction, un troisième, debout, qui gesticule et clame à tue-tête. II y en a même un quatrième, de mine plus jeune, qui prend assez de privautés avec une des belles. A droite, le joueur de cornemuse;

LE ROI BOIT

à gauche un serveur qui culbute par-dessus une chaise avec les assiettes, les verres et la cruche, et enfin l’hôtesse qui estime la consommation et aussi la casse. A l’avant-plan se promènent un chien, des canards et même un porc.

C’est un tableau éminemment joyeux tant par l’humour de l’écot que par le ton radieux de la couleur et de la lumière; une scène un peu leste je le veux bien, mais une œuvre d’art absolument attrayante et remarquable. La chaude lumière tombe en plein sur deux des tendrons en toilettes claires, blanches et roses, et sur le particulier en veste vert olive et culotte jaune qui brandit son verre; à gauche et à droite la lumière s’adoucit et revêt une ardeur plus sourde mais elle règne partout; les ombres sont rares et dérisoires. Tout vit et tout s’agite: les personnages à table braillent, chantent et s’ébaudissent; les canards canquettent, le chien gambade, le pourceau accourt pour prendre sa part de la bâfrée ; tout ne songe qu’à se réjouir et à se régaler.

La collection Delacre à Gand renferme un dessin, l’esquisse du même tableau. (Voir la reproduction page 57).

L’œuvre fut exécutée vers 1644, car en cette année ou l’année suivante Jordaens l’utilisa comme patron d’une des tapisseries de la série des Proverbes, dans laquelle elle est intitulée Male partum , male dilabitur. (Repas mal acquis ne profite guère).

Amour populaire. — Nous rencontrons à diverses reprises dans les versions analysées plus haut du Roi boit et de Diogène cherchant un homme , un gaillard déluré qui prend une commère au menton et cherche à l’embrasser. Jordaens trouva tant de saveur à ce groupe qu’il se décida à le peindre séparément. 11 nous le montre dans un tableau appartenant à M. Emile Goldschmidt de Francfort. Un joyeux luron à qui Jordaens prête ses propres traits, vêtu d’un sarrau bleu et d’un bonnet sombre dans la ganse duquel il a passé sa pipe, empoigne une commère opulente et potelée d’une main par le menton et de l’autre par l’épaule. Elle porte une chemise blanche sous des rubans bleu clair et dans ses bras nus, aux manches retroussées, elle tient une corbeille de pommes et de prunes. Elle se prête volontiers aux entreprises du compère. Son menton est serré entre les doigts du hardi gaillard, ses yeux sont fermés à moitié, elle a la bouche ouverte. Tout se réjouit en elle. Le visage de son galant, sa large frimousse, sa bouche grande ouverte, ses petits yeux égrillards ne sont pas moins joyeux. La peinture est aussi amusante que le sujet; les couleurs vives, la lumière chaude, la facture vraiment caressée. On n’imagine point groupe plus savoureux et plus réjouissant. Le tendron est le même que celui de la Marchande de fruits du Musée de Glasgow. Avec celui-ci et le Fou et la Folle de Porgès à Paris, ce tableau représente bien l’expression la plus franche, la plus complète et la plus réussie de la joie de vivre chez notre peintre; c’est la sensualité flamande incarnée, c’est une saine illustration des amours populaires.

Mythologie. — Après la mort de Rubens la renommée de Jordaens atteignit son apogée et entr’autres preuves de la faveur que rencontraient ses œuvres, nous constaterons qu’à l’époque dont nous nous occupons on exécutait déjà force copies de ses œuvres, copies qui rencontraient comme telles de nombreux amateurs. Ainsi dans l’inventaire du négociant en tableaux Herman De Neyt, un Anversois, décédé le 8 septembre 1642, figure „une toile d’après Jordaens, représentant un Bacchus.” Dans l’inventaire de l’artiste-peintre et négociant en tableaux Jérémie Wildens Janszoon, décédé le 30 décembre 1653, on rencontre un Bain de Calisto et un Actéon d’après Jordaens.

LE ROI BOIT

L ’Actéon original figura plus tard dans la vente de l’abbé Guillaume Gévigny (Paris, 1779): Diane au bain avec deux nymphes, apercevant Actéon qui cherchait à la surprendre; au fond un paysage rocheux. La version originale de Diane et Calisto, qui doit remonter aux années 1630-1639, figura dans une vente à Amsterdam le 11 juin 1797 et appartient actuellement au Musée d’Oldenbourg. C’est un tableau assez petit (81 sur 120) éclatant de couleurs, diapré de chairs savoureuses. La scène se passe dans un paysage montagneux où un ruisseau jaillit, parmi les arbres, du sommet des rochers. Une nymphe plonge les pieds dans l’eau, une autre en sort, d’autres se préparent à y entrer. Au pied de la colline deux des nymphes se mettent en devoir de dépouiller Calisto de ses vêtements afin de dévoiler sa grossesse. La coupable se débat comme elle peut et implore la pitié ou le secours de Diane. A la divulgation de la faute de sa suivante la chaste déesse lève la main en un geste de surprise et de réprobation. C’est un déploiement d’opulentes et savoureuses

DIANE ET CALISTO (Musée d’Oldenbourg).

formes féminines dans une lumière délicieuse et un décor enchanteur. On croirait à l’œuvre d’un peintre de nymphes, comme il s’en rencontrait au temps de Jordaens, à un Henri ou Jean Van Balen, n’étaient la plantureuse charnure de toutes ces immortelles et la brutale indécence avec laquelle les compagnes de Calisto publient sa honte.

Dans l’inventaire de Jérémie Wildens nous rencontrons encore un Jugement de Midas. Dans nombre d’autres ventes et dans maintes collections nous rencontrons des tableaux intitulés le „Roi Midas”, ou le Jugement de Midas”, ou „Midas parmi les déesses du chant”, ou „Apollon et Marsyas”. Dans la succession de Jordaens se trouvait un Jugement de Midas, de 2 pieds 4 pouces sur 3 pieds 10 pouces. Nous le retrouvons dans la vente Robert Neufville (Londres, 1736) et Henri van Limburgh (La Haye, 1759).

Outre le tableau du Musée de Madrid dont nous avons parlé plus haut (page 117), nous connaissons encore deux œuvres traitant le même sujet. La première fut acquise en 1902

LE ROI BOIT

pour le Musée de Gain! à la vente de la collection Huybrechts. Les deux compétiteurs

se sont placés aux pieds de Bacchus. A droite Marsyas accroupi souffle de son mieux sur

sa flûte. A gauche Apollon, sa lyre à la main, attend son tour; derrière lui trois muses. A l’extrême droite Midas, en manteau royal, assiste au concours. Le peintre a opposé

violemment l’un à l’autre les deux côtés du tableau tant au point de vue de la lumière

que de la couleur. La droite présente un ton brun et chaud, sans consistance dans les lumières, sans éclat dans les couleurs. Le groupe de gauche, Apollon et Midas, par contre sont radieux de lumière, éblouissants de ton; des ombres transparentes d’un gris bleuâtre sont répandues sur la peau blanche; elles prêtent plus de moelleux aux figures et leur

LE CONCOURS ENTRE APOLLON ET MARSYAS (Musée de Gand).

enlèvent ce quelque chose de porcelaineux qui résulterait sans cela de leur éclat trop poli. De ce côté la facture est très soignée et le dessin fort ressenti. Le tableau semble avoir été peint au commencement de la période dont nous nous occupons.

Le Musée de l’Etat d’Amsterdam possède un petit tableau représentant le Châtiment de Marsyas. Celui-ci, un gros satyre brun est assis par terre entouré de nymphes. L’une lui attache les mains derrière le dos, une autre le maintient par la tête, une autre l’ampute d’une de ses longues oreilles à l’aide d’une paire de ciseaux. Apollon et d’autres nymphes encore assistent à la scène. Les nymphes sont nues. Deux sont assises sur une étoffe rouge, Apollon se drape dans une étoffe d’un jaune d’or. Les figures sont vivement colorées, un peu porcelaineuses dans la manière de Van Balen; le paysage, le petit étang, le ruisseau

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