‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 23 sur 60 · VIE. U · texte numérisé non relu

VIE. U

réputation du landgrave Guillaume, idolâtre des astro* nomes du temj^, prince qui «^ se fiait plus à ses propres lumières qu'à celles des autres, et se gardait de suivre aveuglément Aristote et Ptolémée. » \

Les amiales de cette université conservent un souvenir du court séjour de Bruno; elles nous apprennent « qu'il y fut immatriculé le 26 juillet 1586, en qualité de docteur en théologie de Rome, theologiœ doctor romanensis^ par le recteur Pierre Nigidius, docteur en droit et professeur ordinaire de la philosophie morale « » U était naturel qu'il demandât à donner des leçons de philosophie. Le recteur lui en dénia la faculté «pour de graves motifs, ob arduas causas.» Quels étaient-ils? Bruno avait-il refusé de signer un formulaire religieux ou une profession de foi philosophique? Le titre de docteur romain était-il un sujet d'exclusion? Quoi qu'il en soit, on lit dans ces mêmes annales ir que leNolain entra en colère, et s'emporta tellement qu'il alla insulter le recteur dans sa maison , comme si l'on en avait usé avec lui contre le droit des gens, contre les coutumes des universités aUemandes, contre toutes les convenances et les devoirs. U déclara qu'il ne voulait pas figurer plus longtemps sur la liste des membres de cette Académie; ce qui, ajouta Nigi-

Charles^nint pillèrent Rome, et où la Suède et le Danemark embrassèrent le Imbéranisme. Lambert y professa la théologie jusqu'à sa mort (1530); il aTait adopté les doctrines de Luther à Wittemberg même.

* Becivo, Orai. valedici., § X. Guillaume lY était Tami de Tycbo-Brabé. Lliistorîen de ce deruier, Gassendi, dit : « Generosus ille €t nunquatn $atis laudatus princeps UviUelmus Hassiœ landgraviui» (Vita T. Érah,, préf.)* Un des successeurs de Guillaume» Philippe, fut Tami et le bienfaiteur de Kepler.

lia JORDANO BRUNO.

dias, lui fut accordé sans peine. »' H n'est pas & présumer que Bruno éprouva un refos parce qu'il était antipéripatéticien. Aristote ne régnait point à Marbourg. « Es-universités qui âont sous la domination du Lanthgrave de liesse, dit E. Pasquier,* ils ont banni la philosophie d'Âristote pour embrasser celle de Ramus, se donnant ceux qui étudient en Dialectique le nom de Ramisles. » Bruno aurait-il émis sur le ramisme un avis défavorable, une censure formelle? Jérôme Treut- 1er et Rodolphe Snell' ne l'eussent pas enduré sans impatience. On doit regretter que Bruno n'ait pu demeurer k Marbourg; il eût été à portée d'agir sur une école qui se rapprochait plus encore de Pbton que de Ramus,récoledeyulté]tis,deGoclen et dcCassmann, laquelle à son tour aurait exercé sur l'italien une heureuse influence.^

De Marbourg Bruno se tourna vers Wittemberg. Entrons avec lui au cœur du luthéranisme, et rappelôns-nous la situation où se trouvaient les institutions du réformateur saxon, depuis que la mort lui en avait enlevé la direction.

* A cette anecdote se lie une parlicolaricé quH eoiiTient de npporter. Dus Tacte dressé par le rectenr, or lisait, outre ces inou : « Je lui ai refusé cette permifisieii, » Hm eidêm pote»ta§per ms abnttentwr, » ces autres paroles : «Avec rassentiuient de la Faculté de philosophie, eum eamentu Faeultaiiê pkitoêophiœ. • Dans la suite, cette dernière phrase ftit rayée, probal||ement parce que la Faculté, voyant la renommée de Bruno 8*accroltre, rougissait d Savoir ap|>rouvé la conduite de Nigidius ; peul-élre aussi, sur la demande d^un partisa'i de Bruoo, Cgiin, professeur à Marbourg après 1600.

* Rêchtrehn de la France, I. IX, c. 18.

* Snellius, Hollandais d'origine , et dont la carrière se termina à Leyde en 161^, était un esprit vraiment élevé; il avait d*ailleurs aussi le goAt des eocy- Hopédtes lulllstes, et, malgré son enthousiasme pour Eamus, il commenta le m LI\Tit d*or de Mélanchthon sur Tàme, avreum Philippi de anima Hbellum a (Voy. Meieh, Adam, VU, PMi. germ., p. 507).

^ Voy., sur Técole platonicienne de Marbourg, VAppendiee VUL

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En 1586 TAUetnagne, théâtre des premières guerres de religion, ne ressemblait pas au pays d'où venait Bruno, à la France. À dater de la paix de Passau, premier et imparfait monument que les nations chrétiennes élevèrent à la tolérance, la tranquillité régna dans l'empire dorant cinquante ans. Les revers de Charles-Quint servaient d'instruction à ses successeurs. Ferdinand P% au surplus, obligé de disputer la Hongrie à Soliman, avait besoin des secours combinés des princes germaniques. Maximilien II flatta semblablement les évangéliques, car il voyait le courage de leur côté, si la puissance était du côté des catholiques. Rodolphe II, roi modéré, mais par faiblesvseet inaction, recherchait les secrets de la nature, plutôt que le secret de repousser les Ottomans, maîtres de la Hongrie. Une seule fois le désir lui vint d'accrottre les domaines de l'Autriche, en autorisant l'archiduc Léopold à s'emparer de la succession des ducs de Clèves. Aussitôt les princes protestants tournèrent leurs regards vers la France, leur ancienne et inconstante protectrice , alors gouvernée par Henri IV, à qui cette querelle étrangère coûta la vie. Leur alliance se reconstitua plus fortement, en face delà ligue catholique, avec tous les signes avantKTOureurs d'une lutte qui, comme la guerre religieuse de France,* devait durer trente ans^ et amener Descartes en Allemagne. Il ne faudra rien moins que le traité de Westphalie pour compléter et exécuter le traité de Passau, que Ferdinand II cassa en 16SS9,

^ La mort de Henri II, Tavéneroent d*un roi enhni fut eo France le des guerres civiles.

m JORDANO BRUNO.

comme Louis XIV révoqua l'édit de Nantes.* Après 1648 seulement^ les deux partis vivront sans discontinuer côte à côte et sauront s'entendre religieusement; l'égalité succédera à la tolérance, à tel point que l'évèché d'Osnabruck sera catholique et évangélique alternativement, et que dans un grand nombre de temples chaque dimanche verra la messe succéder au prêche. On comprit de meilleure heure en Allemagne que la tolérance n'étant qu'une grâce est une injustice, et que l'égalité qui est un droit, seule digne des êtres pensants, est pour les chrétiens une sainte obligation; qu'enBn une entière liberté de conscience, réglée par une loi- impartiale, garantie par la majesté du serment, est seule propre à faire régner la paix où ne règne plus l'unité de foi.

Les écoles aussi présentaient un aspect différent de celui des universités de France et d'Angleterre. La Réformation, en séparant princes et peuples, avait partagé les académies en deux classes bien distinctes. Outre les divergences amenées par l'infini morcellement du pays, suite du régime féodal, il y avait dès lors des diversités spirituelles bien autrement tranchées que les divisions géographiques. Dans chaque principauté les établissements littéraires dépendaient d'un chef soit catholique, soit évangélique, toujours également indépendant. Les talents, le caractère, les opinions et les conseillers du prince, différant d'Etat à Etat, souvent de règne en règne, la direction et la marche des col-

I Ce «ont leselleU de U réTocation de rédil de Nantes, qui tirèrent 1* Allemagne de la rndesM' que trente ans de gnerre avaient m\sc dan^ Wk mamrK. et qui lui donn^renl TindiiMrie et la polite^si».

léges variaient sensiblement. Les princes protestants, à la fois souverains temporels et spirituels, chargés de défendre « l'autel et le foyer, » * influaient sur Finstruction plus directement que ne le pouvaient faire les princes catholiques, qui devaient avant tout consulter la cour de Rome. Dans les affaires religieuses, ils prenaient de concert et observaient en commun des mesures applicables à tous leurs sujets. Tel était l'un des buts de la fédération dite €orps évangélique, titre â souvent profané dans les sanglantes rivalités de la politique. Mais en ce qui concernait l'enseignement sciratifique, il n!y avait pas chez eux d'autorité centrale supérieure; tout demeurait abandonné au vouloir et au savoir du souverain respectif. Un prince éclairé soutenait les lettres et secondait la liberté de penser; un prince grossier ou fanatique laissait l'ignorance et l'intolérance maîtresses absolues. Spectacle opposé à celui de la France ou de l'Angleterre, en ce que, dans ces deux, derniers pays, les études, régies par un seul et même pouvoir, se réglaient d'après une loi fixe et imiforme, et n'obéissaient qu'à un Etat unique et à une unique Eglise. N'en induisons pas toutefois que cette situation înX fatale aux progrès des lumières. Les diversités d'administration et de culte aidèrent même au développement de la science, en excitant une émulation féconde. Le moyen âge, au surplus, avait laissé dans les institutions de l'Europe des empreintes si profondes, que malgré le schisme, les écoles allemandes ressemblaient en plusieurs points aux écoles françaises,

* i*ro ari» et focis était la foriniile reçue.

anglaises et même italiennes. Elles parlaient encore le même langage, le latin; elles s'opposaient à l'adoption des langues nationales; * elles étaient en possession des mêmes prérogatives sociales, sous l'empire des mêmes usages et des mêmes méthodes. 11 y avait même une certaine analogie quant aux rapports avec l'autorité religieuse, c'est-à-dire que, protestantes ou catholiques, les universités reconnaissaient la suprématie de la théologie, « de Tomni-science divine. » Là où l'instruction officielle n'était plus monastique ou théologale, elle était encore justiciable du clergé. ^ Les

* C'est peut-être en Allemagne qu'on écarta le plus longtemps la langue vulgaire flesnafversités.Paracelse fut persécuté pour ravoir préférée au latin; Thomasius fut calomnié pour le même motif, et les théologiens de Tubingue déclarèrent a Christian Wolffquc « les doctrines les plus difficiles in rébus philo8ophiciM,s*cntendaient mieux en latin que dans une langue vivante. » Des Allemands euxmêmes trouvèrent leur idiome « trop robuste , et si j'ose dire, farouche » (LBMLBTiitft DO Mans, Dial, de Vorthog. 1550, p. 7i).

* Les désavantages de cette domination de la théologie se disaient tristement sentir, chaque fois qu'un changement de règne ou de ministère occasion- Mil une modification dans les opinions religieuses de la cour. Ainsi, dans le temps où Bruno se rendit à WittemlKTg, la Sa\(; était agitée par un mouvement de cette nature. LVlecteur Auguste venait de mourir, et, avec lui s'éteignait la i;econde génération des princes évangéliques. La haute intendance des a&ircs protestantes passa à l'électorat palatin, à Jean-Casimir, tuteur de Frédéric IV et télé calviniste. Le Ibible successeur d'Auguste, Christian !•', remarqué uniquement par la passion du vin qui abrégea ses jours , se laissa dominer par iean-Casiroir, son beau-frère. Celui-ci conçut le dessein de propager le calvinisme en Saxe. Le chancelier Nicolas Krell consentit à devenir sou auxiliaire, « son complice. » Ils couvinrent d'abolir les deux choses auxquelles se reconnaissait le pur et parfait luthérien, .^ savoir : la formule de concorde et l'exorcisme. Pasteurs et iidèles, églisi's et académies, tout st* souleva; un ami du chancelier Ait lapidé; une réaction violente se prt'pra sous la minorité du fils de Christian fc^, dont le tuteur, le duc Fréd.^uillaume de Weimar, était luthérien inflexible. Nicolas Krell, après une détention de dix ans, monta courageusement a réchafaod, laissant un exemple à O. Barnewelt, immolé eu Holbnde par les gomarihti^s victorieux des arméniens , c'est-à-dire grâce au triomphe Hn ftinatismc snr le Iwn sens et l'équité. Gtmnient la siienci* pouvail-<Mle pros|iércr au milieu de disputes si farouches? Elle en était envahie, absorliét*, quand elle n'eu était pa.^ entièrement étoufTiV (Voy. Castrl?! Ar, Mim.^ I. VI, c. 10; I.F.IBMTZ. (>i>p. I. p. iii, édil. Dutens).

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membres d'un consistoire luthérien procédaient d'ordinaire à la façon de messieurs de la Sorbonne; ils laissaient rarement les branches étrangères ou extérieures à la religion s'étendre au gré de leurs besoins. Tel le prince, tels les conseillers de consistoire choisis par le prince; tel le génie du fondateur, tels les règlements de l'université, et les relations des facultés laïques avec h faculté de théologie. Si beaucoup d'écoles sont étabfies au XYl'' siècle en Allemagne, le patronage qu'exigent ou comportent les lettres, est mal entendu gâiéralement; et la famille des Fugger ' se montre souvent protectrice plus éclairée, plus attentive que la maisixi de Habsbourg. -

Près d'un demi-siècle s'était écoulé depuis la mort de Luther ; Mélanchton, son c fidèle Achate » ^ avait disparu plus tard; mais tous deux s'étaient endormis avec douleur, le premier en disant : je ne suis plus compris; le second: je ne suis pas encore compris. Personne n'avait pris leur place, si ce n'est deux partis, dont l'un était aveuglément attaché à Luther, et dont l'antre, appelé les PhilippisleSy tâchait d'imiter la réserve intelligente de Mélanchton, et qui tous deux n'avaient guère que les défauts de leurs chefs. Cinquante

1 Cest un Fugger qui légua à rUniversité de Heidelberg sa belle bibliothèque; c*est an autre Fugger qui cheroha à négocier rélargissement de Campa- Deila {de Lib. frop., p. S7).

< Ainsi le nomma, en 1587, Jean Grûo, professeur de logique et d'éthique à Wittemberg,dansun écTiiiui\i\ï\é:Pkilo$ophiœorigo,proffre$sus,etc.y (p. 64). Dans œ même endroit, on remarque des paroles qui ne se prononçaient et ne s'approuvaient pas partout : o La lumière de la Parole divine ne peut être allumée sans la philosophie ; la théologie et la philosophie ont toujours été unies dans la véritable église, comme Luther et Mélanchthon ont été appelés en même temps par la voix de Dieu à Tœuvre nouvelle.... » Bruno, qui connut GrCui à Wlttcmberg, loue sa sagacité, aoimên [de lampad. Comhin,, dédie).

148 JORDAMO BRUNO.

ans après la présentation de la confession d'Augbourg, en 1^0, fut consommé au couvent de Bergen le dernier acte législatif de Téglise luthérienne., cette fameuse formule de Concorde, qui fut nommée, à cause des disputes qu'elle suscita, une formule de Discorde, ^ et qui, selon la remarque de Kepler, ne servit qu'au triomphe des jésuites. A partir de ce moment, le luthéranisme fîit intérieurement abaissé par une nouvelle sorte de scolastique. Au lieu de mettre en œuvre les fondements de la Réforme, le libre eiiamen et la méditation indépendante des Saintes-Ecritures, on se bornait dès lors à les commenter, et à les appliquer selon la règle inexorable d'un rigoureux symbole, et par conséquent à écarter, quelquefois à proscrire, tout ce qui, bien que contenu dans la Bible, ne se trouvait pas dans la formule de Concorde. Si l'ancienne scolastique puisait ses principes dans les Sommes, les Sentences, la Tradition, et ses procédés de raisonnement dans les traités de dialectique latins ou arabes, la scolastique luthérienne tirait les éléments de ses interminables argumentations, du Credo oflBciel delà Saxe et deYOrganon d'Aristote. Toutefois, sous peine de tomber dans d'étranges, mqprises, hâtons-nous de reconnaître que cette se- OHide scolastique n'en était pas moins un progrès sur la première. U était impossible que la Réforme reniât, oubliât tout à fait ses origines, et que l'impulsion imprimée par Mélanchton aux écoles évangéliques se perdit complètement. L'origine de la Réformation a

* Vêlectear Auguste désirait ofiçoser on corpus éoctrimm lux décrets du coDcxIe de Trente, cl, du même coup, terminer i jamais toutes les oootroTcrses intestines.

été trouvée dans ce petit mot de pourquoi : > aussi tous les efforts pour rendre le dogme immuable, ou plutôt pour y encbainer l'esprit germanique, furent-ils vains, et sous le régime de l'orthodoxie la plus ombrageuse, apparurent, à Wittemberg comme à léna, quelques lueurs de liberté philosophique.

L'impulsion imprimée aux écoles protestantes par Mélanchton avait été trop vive, d'un auti'e côté, pour qu'elle cessât d'agir dès i600. Quels en étaient les caractères et les effets? Luther avait-il laissé à son aimable et candide compagnon , assez de pouvoir pour fonder les études sur une base quelque peu libérale? Les dispositions et les vues de Luther, à l'égard de la pldlosophie, ont parcouru deux phases confondues par la plupart des historiens. Pendant longtemps Luther fut l'ennemi déclaré non-seulement d'Aristote, mais de la philosophie. Dans sa jeunesse, au cloître des Augustins, il avait embrassé le nominalisme de cet Occam auquel il ressembla davantage dans la suite, en attaquant la papauté. Une fois séparé de Rome, il considéra la science des écoles comme la fausse science condamnée par Saint Paul.^ Il rompit avec ce « fou d'Aristote » ^ qu'il jugea dangereux, d'abord par les arguties

1 m Le mouTement actuel, écrivit Luther à Frédéric-le-Sage, gagne de tout côtés, parce que tout le monde se met à demander pourquoi, warumbf » (mars, 1521). « U ne doit pas être permis, s'écria à la diète de Worms le docteur Eck, que chacun demande compte de toutes choses, de qttâqus re Hhi raiiO" nem reddi quisqtte postuleL » a II fallait croire simplement, dit Cheffon- Uânes, sans une curieuse demande, à la pure Parole de Dieu, sans demander atec le diable cur, quare^ qwnnodOy questions des incrédules et des infidèles... Cest le diable qui oppugna la Parole de Dieu par un pourquoi déjà au jardin d*Eden » {Défense delà foy de nos aneestres). Aussi Vit-on répondre au « pourquoi hérétique x» par un livre intitulé ; Le Parceque eatholique.

* 1, Hm. VI, ib : Vwnç rtvSéwfioç.

> « Narr-ittoîeles » le nomme Luther par un jeu de mot semblable, par un sentiment contraire à odui de Ch. Colomb appelant Strabon Extrabon,

auxquelles sa logique semblait avoir donné naissance, puis par sa morale, que des prêtres avaient osé prendre pour texte de leurs sermons, et qui (Luther insistait fréquemment sur ce poifit) entretenait « la pensée impie, que l'homme peut faire par lui-même le bien. » De même que Ramus s'attaqua à la dialectique, et Bruno à la physique d'Aristote, Luther se déchaîna contre sa morale. Âristote lui apparaissait comme le père de Pelage. Si Âristote « le moraliste » garde son empire, plus de péché originel , plus d'étemelle damnation , plus de rédemption par le sang du Christ!... Saint Panl alors demandera vainement que toute intelligence soit l'esclave soumise du Christ! Oui, pour devenir aristotélicien, il faut renoncer au Christianisme....' Voilà comment Luther appliqua l'antithèse célèbre de la sagesse du monde avec la folie de la Croix, la folie salutaire dont « cet aveugle païen n'a jamais ressenti la plus légère atteinte. >• Mais dans la dernière période de sa vie, lorsqu'il fallait édiûer sur les ruines, et

< La XLI« des fameuses thèses est ainsi conçue : « Presque timte l*Btfaiqae d'Àristole est l'eunemie la plus détesUUe de la Grftœ, tota fen Aristotelis Ethica pestima est GratûB immica.... » « Qu'on mette tout à fait de c6tê, dit Luther ailleurs, les ouvrages d'Aristote et leurs commentaires, ou n'y apprond rien; personne ne les a encore entendus; on y a perdu temps, peines et ar» gent ; bien de nobles âmes en ont été vainement cbargées.~pifi' in Aristotele vult phtlosopKari, pnus oportet in Christo stuïtificarin {0pp. tel., édît. léna,

I, p. tO. 130) ; Cfr. Slbioan, dé Statu relig. et reipub., II, 33; Lctheki, Opp., édit. de Wette, I, p. 15. — On sait que, pour la m^me raison, le réformateur qualiOa Tépltre de saint Jacques de « straminea epûrote. » Toute sa vie, il k^ doutait que les œuvres ne fussent mises au-dessus de la foi ou égalées à la foi. Gampanella eut raison en disant :

« .... Un tedesco luterano,

» CRe nega l'opre ed afferma la fede. a

[Poesiêy p. 100).

« LuTaBn,OEiivr.<illètii., édit. léna, fol. S16, b.;Gfr.Bfti7NO, Opp. «.,

en même temps contenir rilluminismedes anabaptistes, Luther modifia singulièrement cette opinion, et prêta l'oreille aux représentations de Mélanchton. Déjà il avait permis à son < grammairien » de citer Aristote avec éloge dans la Confession d^Âugsbourg; plus tard, il lui accorda que « l'humaine raison, loin d'être un feu follet, était une faculté extraordinaire ; jque, si elle ne comprenait pas d'une manière positive ce qu'est Dieu , elle concevait du moins ce qu'il n'est pas ; qu'enfin elle était quelque chose de surnaturel, un soleil et une divinité placés dans notre existence pour tout dominer, et plutôt fortifiés qu'affaiblis depuis la chute d'Adam.* » » De proche en proche Mélanchton l'amena à convenir qu'il s'agissait, non pas de repousser la philosophie même, mais de la purger des rêveries absurdes de certains philosophes, ntigas philosopharum. ' Luther finit par regarder Aristote comme le plus pénétrant des hommes, acutissimum hominem, et son Ethique comme un des meilleurs ouvrages....' Comment concilier ces contradictions, si ce n'est par l'influence bienfaisante de Mélanchton, qui appelsut cette même Ethique < la plus précieuse des pierres précieuses, insignis gemma. »^

» Edit. de Welle, XIX, 19i0; édit. Walch, XIX, 1778. — Aussi , ce que Lulber ne parvient pas à prouver p.ir des témoignages bibliques (5. 5: tettimoniis)^ il prétend le démontrer par des preuves tirées de la raison, par l'évidence naturelle {evidenti ratiotie, klare Grunde).

? Voy. MÉLANCHT., (^, théol, l. II. Cf. Ep. Coloss,, II, 8.

» Comment, in Gènes., fol. 137, b.; 125, b ; 708, a.; 709, a. « librumprœelariêiimum. n — Mélaucht., Ethic. doct. elem., p. 165 : « Libellum qu{ inter philoêophos de virtuiibus scriptoe emicat, ut insignU gemma. » Cftr. M. Adam, Vita Lutheri, p. 79, b.— Aussi Arnold (Hist. de VEgliêe et des héréeies, en allem., 1. XVI, c. 10) s'indignc-t-il qu'Aristotc , chassé par la porte de devant, soit rentré par la porte de derrière.

* tt Nfm pudet me, H hujus mihi Grammutislx dissenterit ingenium^ meo

Luther mort, Mélanchton continua à soutenir la cause de la pensée ; et son appui était devenu d'autant plus nécessaire, que les disciples exclusifs de Luther déclamèrent avec plus d'impétuosité contre la science naturelle, contre les damnables études des païens. A leur avis,, la science de saint PaUl devait sufifire : ff Christ et Christ crucifié. » « Wittemberg, dit Christophe Jonas, doit toujours ressembler au vaisseau qui portait l'apôtre des Gentils de Judée à Mélite, et que sa présence sauva du naufrage. Tant que cette académie se laissera conduire par le seul Paul, elle restera debout. >» ^ A de telles assertions, qu'eût réprouvées sans doute l'apôtre qui ne dédaignait pas de citer Aratus, Mélanchton répondit par une philosophie qui n'était pas étrangère au Christianisme, mais qui était attachée pardessus tout à Aristote,^s'appliquant aie débarrasser des accessoires sophistiques de l'Ecole, à le présenter dans sa saine originalité; une philosophie qui, loin de s'en tenir cependant au péripatétisme seul, ' prétendait le compléter, le redresser par le platonisme, par ce qu'il y a de meilleur dan^ toutes les doctrines de l'antiquité; une philosophie qui, désireuse de clarté, d'une sobriété sans sécheresse, d'une bonne et simple méthode, * était

imiu cedere : quod et sapiui feci, et quotidiê fado, » avouait Luther (Adam, Viia miancht., p. 170, b.).

* a tta et Academiam tpero mansuram eue, donec Paulum vehat, hoc est, recte et fideliter enarràbit : hujus enim doctrine lumen est propheticarum et apostolicarum concionum » (lONiS, Declam., I, p. 111, sq.).

* « Alia sectaplut, cUia minus errorumhabuit : Peripatetica tamen minus habet errorum quam cœterœ » (Mel., Thèses, 15ii; th. VII),

* a Quid Aristoteles senserit, ambigitur. Sed non puto suffragia philosO' phorum coUigenda potius quam argumenta » (Mel., De anima, p. 1S5).

> Mel., Déclam, I, p. 333.

en même temps ardente à rendre ses enseignements fM^ticables, et à les conformer aux préceptes de la Révélation. '

C'est à rautorité de Mélanchton que sont dus les mérites qup Bruno reconnaît à l'université de Wittemberg , c'est-à-dire une certaine liberté de discussion, et Famour des lettres. Les Saxons , au surplus, partageaient avec les Suisses et les Ecossais, peuplés de montagnes, la renommée de l'indépendance; et c'est un trait que Çampanella leur accordait aussi bien que Bruno. * Frédéric-le-Sage, Jean-le-Constant, Frédéric-le-Magnanime, Maurice passaient pour défenseurs de la liberté. Leur école chérie, Wittemberg, était fréquentée par bien des catholiques, et particulièrement par les jeunes nobles de l'Autriche; elle comptait

I « Âmo philoMOphiam fuœ ret aliquai in vità detnonstrat » {De anima, p. iU),

Voy^ sur le système de Mélanchton et ses effets , V Appendice IX.

* « Liberioê philosophiea, » Bbdno, de lan^, comh., dédie, et Orat. Vaie^ diet, — Cjuipahella, de Monarch. hispanicâ, c. XV ; Gfr. Gastelicau, Mm., l n, c. e ; De Thou, 1. LXXVI.

« Vous ayez permis, dit Bruno an sénat de Wittemberg, à un étranger, â^nn bwome éloigné de votre toi, d*enseigner en public : quelle humanité ! Votre justice n*a pas écouté les insinuations semées contre son caractère et ses opioioDS. Vous avez souffert, avec une admirable modération, sa véhémence à attaquer cette philosophie d*Aristote qui vous est chère ! » Toutes ces qualités sont résumées dans le terme de lihertas phiUuophica, qui a été reproché à Bruno comme une adulation criminelle, et qui fut cependant, quant à ses rapports avec cette académie, une expression juste : vNan credeti» me faleo ad%i^ lari vobiêf » avait dit le pbiliosophe.

ihk JORDANO BRUNO.

presque autant d'auditeurs de cette communion que l'université voisine, Ingolstadt, où résidsdt cependant une colonie de jésuites, rivale du collège de Munich. . La cause de cette aflSuence était le zèle scientifique des Wîttembergeois. « Wittemberg, s'écrie Bruno, est l'Athènes de la Germanie! La Vierge Minerve est sa mère de famille! » ^ Cette académie n'avait point, il est vrai, la grâce et la vivacité des Athéniens, mais elle honorait les auteurs attiques, elle honorait le souvenir de cette ville, mère et nourrice des arts. Elle pouvait être comparée, par son érudition, avec cette Alexandrie que Cruciger avait, dès i557, proposée à son imitation. ^ Guidée par le grand Philippe^ elle était devenue la ville la plus instruite et la mieux instruite de l'Allemagne, la reine des écoles germaniques. ' Une foule d'étrangers brûlaient, dit Bruno, de visiter ce palais de la sagesse, de contempler ce palladium des lettres. Des Grecs sont émerveillés de l'élégance et de la facilité avec laquelle on y parle et on y enseigne leur langage harmonieux : « ce n'est plus l'Allemagne, c'est l'Italie ({ui désormais méritera le titre de barbare!^ Ce qui

1 Les cuDemis moines de WiUeniberg ue raociisaieiii guère de fourmiller de Béotiens. On rappelait, il est vrai, les plaisanlerios de Tuilio et de Vigilio : « Pourquoi Tltalie se mettrait-elle en peine des inepties de la barlnre Germanie?.... » « Les Allemands doivent porter leur cerveau sur le dos, puisqulls produibent des ouvrages plus laborieux que spirituels! i» Mais on convenait tacitement qu*elles ne s*appliquaient point à Wittemberg.... (Voy. BacsOy Oral. vaM., §. XVI. Cf. Mabbiii ep. I. II, M; satyr. p. 373.Baaclai, Icon. anim, p. 557).

* MiiLA^CBT., Déclam. I , p. 55.

> « Tania univtrniate, in aw^liêiimâ, auguiià, potmtùnmàqyê ber^ manié, principe »{Bmvno, dé Lamp, camb., dédie). « l$tiu$ domuê êapieniim visenâm am&re condiatum, flagrantêm tpectandi Palladii iêHui ardon» {Orai. valêd.},

* « limXia fMmpm ! itaUa ml nisi bmrbarim 9ii! » { Voy. Adam, Vit.pM. §9rm,, p. 8»7).

flatte cm ^oyagmrs, c'est de voir qu'à Wittemberg on euilive non-seulement la littérature classique ou saorée, mais les littératures modernes. * Attirés par la euriofité' dans la cellule del'Augustéum, devant la chaire OB sur la tonl^be de Luther, sur les sépulcres de Méhochion, de Frédéric-le-Sage, de Jean-le-Constant, ces pèlerins de la science restent captivés, souvent dorant quelques années, par les leçons d'un Major, d'un Wesenbedc, d'un Leyser, d'un Mylius, d'un Strubius, d'un Albinus. ' Dans un siècle d'intolérance, ils apprécient avec reconnaissance la simple et franche ho^italité qu'ils y reçoivent libéralement. « Vous ne m'avez pas questionné, dit Bruno à cette même académie, sur ma foi que vous n'approuvez pas; vous n'avez tenu compte que de mes dispositions pour la charilé et la paix, la philanthropie et la philosophie; vous m'avez permis d'être simplement ami de la sagesse, amant des muses; vous ne m'avez pas interdit d'exposer sans retenue des opinions contraires aux doctrines reçues parmi vous.... Quoique chez vous la philosophie ne soit ni but, ni moyen; quoique votre piété sobre, pure, primitive, vous fasse préférer l'ancienne physique et

^ Ainsi la Faculté de philosophie appela le Dauphinois Sallenius à professer la littérature française, afin, dit le doyen Burcard, que « la langue d*Anne Du Booi^, saint martyr du Christ, fût apprise de tout le monde. » Non-seuleraent 00 était son chapeau en prononçant h Wittemberg le nom de Cujas, mats on expliquait tantôt Homère, tantôt Ronsard, le chantre des Francus, « moroàre de Vendôme» (Voy. une page curieuse sur Tuniversalité de la langue française tu milieu du XVI« siècle, chez Lbpbletier du Mans, DiaL de Vorthogr. p. 9i, sq^ p. 116-13$).

« Àd vaspro larihus vestris perlustrandis venistem, etc. » Bbuno.

* Nous sommes forcé de renvoyer au livre de Lampade combinatoria, dé- <licace. On y verra les noms, les titres, les mérites divers^es principaux maltftt que Bruno connut et fréquenU à Wittemberg {0pp. lat., éd. Gfrœr., p. 6iM83).

les mathématiques d'autrefois, vous m'avez pourtant laissé professer un système nouveau.... Vous ne vous en êtes pas irrités; ' vous vous êtes conduits en sages , avec humanité et urbanité, avec le désir sincère d'obliger et de servir.... ^ Loin de restreindre la liberté de penser, et de ternir votre réputation d'hospitalité, vous avez traité le voyageur, l'étranger^ le proscrit,en ami, en concitoyen;^ vous l'avez mis en état, par le fruit de ses leçons, de se garantir des injures de la pauvreté ; vous avez su repousser toutes les calcNOinies répandues contre lui, pendant les deux années qu'il vient de passer dans vos murs, à l'ombre de votre bienveillance. Vous l'avez comblé d'honneurs et de grâces; vous vous êtes pressés autour de lui pour l'entendre, jeunes et vieux, adolescence instruite et aimable, graves et prudents sénateurs, célèbres et savants docteurs! » ^ Le ton duquel ces remerciements sont prononcés ressemble, quoique moins mesuré, moins simple, aux accents avec lesquels Ramus rendit grâce à l'université de Baie de « l'hospitalité douce, libérale, pleine d'humanité, » qu'elle lui avait offerte, avec les marques de l'enthousiasme le plus flatteur. ^

1 « Me lovià quadatn mente pertulistii et iniquis mei$ maxime placidat aures porrexistÎM » (Orad. valed., § XVI).

* nModerantiœ^ urbanitatit et longanimitatisn {Ihid).

* « fn angusto exilio patriam afnplissimam » (f&id., § XIV).

* Nous avons rapproché dans cette analyse la dédicace du traité de Lampade co'mbinatorià de VOratio valedictoria : à quoi IMdeatité des sentiments et des expressions nous autorisait.

^ « Jucundum, libérale, humanum hospitium, » Le désir de Ramus avait été, comme celui de Bruno, que son dernier discours devint pour ses hôtes un monument de sa reconnaissance {grati animi monumentum) et un souvenir de son admiration pour celte nation helvétique, caractérisée à la même époque par ces vers du Tasse et de Campanella :

«... ElvesJ, audace e $era piebe » (Giebdsal. Lu. 1,63).

VIE. iW

Wittemberg et Paris, Toilà quelles sont pour Bruno les académies de l'Europe les plus libérales. De même qu'il avait recommandé aux Parisiens Lefèvre d'Etaples et Charles Bouille, il préconise devant l'université de Wittemberg, solennellement assemblée, dans un intéressant Discours d'adieux^ Albert-le-Grand, « sous plusieurs rapports supérieur à Aristote, son maître; » ' le pythagoricien Cusa, l'incomparable Copernic 2 qui « en

c Se Toi più innalza al cielo, o roccbe alpestre, Liberté, don divin, che sito aitero; Perché occupa e mantien d'altri impero Ogni tiranno con le vostre destre » (Pœtie, p. 90).

< Albert-le-GraDd est vénérable à Bruno, non-seulement parce qu'il aima la phJlosophie naturelle, mais parce qu'il revendiqua le principe de la liberté de penser : « Je ne demande pas le nom de l'auteur d'un système, disait le scoiastique de la Souabe, je demande si le système porte le cachet de la vérité, pntatœ veriUUù rationem » {0pp., 1. 1, p. 288, édit. 1651).

* Peu de philosophes, au XVI« siècle, furent justes ou reconnaissants à l'égard de Copernic. Gassendi loue avec raison Ramus des respects qu'il témoigna pour l'astronome prussien (Vita Coperme», p. 46) ; mais il néglige de citer au nombre des éloges donnés à Copernic (p. 2i-ii) ceux de Bruno, qui rempliraient plusieurs pages, et dont voici le plus connu :

c Hiç ego te appello, veneranda prœdite mente,

• Ingenium, cujus obscurt infamia secli

» Non tetigit, et vox non est Buppressa strepenti » Harmnrc stultorum, geoerose Coperoice, cujus k Pulsarunt nostram teneros monuroenta per annos » Mentem,' cun sensu'ac ratione aliéna puiarem, » Quœmanibus nunc attrecto teneoque reperta. » Posteaquam in dubium sensiio vaga opinio viilgi

> Lapsa est, et rigide reputata exanaine digna,

» Quantumvis ^tagyrita meuro noctcsque diesque . » Grœcorum cohors, Italumque ArabumqueSophornm » Vincirent animum, concorsque familiatanta;

> Inde ubijudiciuDi ingénie instiganti, aperin M Cœperunt veri fontes, pulcherrimaque illa » Emicuitrerum species; nam me Deus altus

• Vertentis secli mcliorisnon mediocrem

> Déstin&t , haud veluti média de plèbe, ministrum » Aique ubi sanxerunt rationum millia veri

• Conceptam speoiom facilis natura reporta

158 JORDANO BRIINO.

deux chapitres, dit pitts que tous lespéripatétici€»s ensemble dans toutes leurs physiqaes,.y compris Aristote; » enfln ce Paracelse « dont la médecine tient du prodige. » v Ces grands hommes, poursuit le Nolain, sont tos ^ximpatriotes; si tous les prenez pour guides, tous n'avez nul besoin de voyager en Grèce ou dans l'Orient ; TOUS possédez des richesses plus considérables que tous les trésors des climats lointains; tous n'aTCz point à aborder avec P3fthagore les prêtres de Memphis, aTec Archytas les plages de l'Italie, ni la Sicile aTec Platon, ni la Perse et Tlnde avec Apollonius de Tyane. La Germanie asesTheut, inventeur d'une écriture jusquelà inconnue; elle a ses Salmonée, dont les foudres rivalisent avec celles de Jupiter; elle a ses Vulcain, ses Prométhée, ses Dédale, ses Esculape, ses Endymion, ses Ptolémée. La sagesse a dressé ses tentes sous votre ciel. Aussi n'oublierai-je jamais ces arbres dont les ombrages m'ont si souvent abrité, ni ces sources au bord desquelles j'sû si souvent retiré la frakheur de l'air.... »

A Bâle, où Calvin avait composé son chef-d'œuvre, cette Institution chrétienne qu'il dédia à François I^*", Ramus célébra avec orgueil les qualités et les actes de son compatriote. « Calvin est une des lumières des Gaules, un des flambeaux de l'Eglise chrétienne ! » ^ Bruno ne pouvait se dispenser, à Wittemberg, de s'incliner devant la statue de Luther; mais il pouvait du

» Tum deraum Hcuil quoque posse faTore Mathecit > Ingenio panisque tuo ration ibas uti. »

{De IniNfaieraè.» m, c 9, p. SS7).

* EAHrs, Ad mmatmm popMf . BmiL, p. S8.--Cfr. SocLTisa. Ofp. p. S3S.

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