‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 24 sur 60 · TIB · texte numérisé non relu

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moins le louer arec moins d'exagération, avec pins de vérité. ]gnorak-il donc qu'Ingolstadt fût à quelques milles seulement? Sa harangue était, d'ailleurs, destinée à l'impression. Au lieu de réfléchir aux suites de ses discours, il prit à tâche de surpasser en mépris ou en haine les imprécations les plus brûlantes ou les plus corrosives de Luther même. ' « Quel est celui, demande Bnmo, dont j'ai passé jusqu'ici le nom sous silence? Le yicaire du tyran des enfers, à la fois renard et lion, armé des clefs et de l'épée, de ruses et de force, de fi* nesses et de violence, d'hypocrisie et de férocité, avait infecté l'univers d'un culte superstitieux et d'une ignorance {dus que bratale, cachés sous le titre de divine sagesse, de simplicité agréable à Dieu. Personne, rien n'osait s'opposer à cette bête vorace, lorsqu'un nouvel Alcide se leva pour ramener ce siècle indigne, cette Europe dépravée à un état plus pur et plus heureux : d'autant supérieur au premier Hercule, qu'il a accompli de plus grandes choses avec moins d'efforts, puisqu'il a tué un monstre plus puissant, plus dangereux que tous les monstres des siècles passés.

De clavâ noli quserere, penna fuit. ^

Et d'où vient ce héros, si ce n'est de Germanie, des rives florissantes de l'Elbe? C'est ici que ce Cerbère,

« Oraîio valedict., XI.— Il font remarquer cependant qne Bruno, dans cette même harangue, exalta Paul III, le pontife qui avait agréé la dédicace du livre de Copernic.

* Luther avait dit lui-même {de Servo arbitrio) : « Que somme»-nou8, nous autres prédicateurs? Ce qn'on disait de la plaintive Philomèle : Vox esi prœtertaque nihil. »

ce chien à trois tètes, à la triple tiare, ' a été tiré du ténébreux Orcus, forcé de regarder le soleil, et de vomir son venin. C'est ici que votre Hercule a triomphé des portes de diamant qui ferment l'enfer, et de la cité qu'enlacent trois murs et les neuf bras du Styx. Tu as vu la lumière, ô Luther, tu Tas contemplée, tu as en- , tendu l'esprit de Dieu qui t'appelait, tu lui as obéi, tu as couru, sans armes et faible, au-devant de cet affreux ennemi des grands et des rois; tu l'as combattu avec ta parole et, couvert de dépouilles et de trophées, tu es monté aux cieux ! »

C'est de ce passage qu'on a inféré que Bruno avait embrassé pompeusement à Wittemberg la foi luthérienne : conjecture évidemment insoutenable , lorsqu'on examine le document sur lequel on prétend rétablir.^ C'est à ce même endroit que certains auteurs ont rapporté un bruit qui avait cours au XVil^ siècle, et qui rendait Bruno redoutable ou odieux à bien des

< C*cst en ce sens qu*est conçu le sonnet de Milton sur les massacres plémontais {the triple iyrant),

* Dans VOraiio valedictwia, Bruno dit : « La sagesse a dressé parmi tous, pour les sacrifices et les sacrements, une table plus parfaite , rtformatiorem m»niam. » Mais dans le IH lampadê combtmiforta, il convient qu*il a lui-m^me des convictions religieuses réprouvées par les Wittembergcois, « non in r€ftra rtligioni» dogmate probatum. » S*il se prosterne devant Luther, c\st parce qu'il voit en lui « le libérateur des esprits, le rénovateur de Tordre moral. » Pour son propre compte, il n*est partisan' ni de Wittemberg, ni de Rome; il espère t|ue le temps viendra « qu*on n*adorera plus le Père ni sur cette monlagi^, ni à JénisaK'm » [Saint Jean, IV, il); il professe « une théologie plus élal)orée, plus épurée encore que celle des réformés. » Quelle est cette foi maffia labwata? Ce qu'il appelle tour à tour Pamour des hommes, humanitas, philanthropia, ou Tamour de la sagesse, sapientia, f^iloiophia (Cfr. Spaceio^ 11 p. 18S-ait). Le Diteours d*adieux a précisément pour objet de peindre, de rendre aimable cette science plus haute, cette science universelle et divine, qni porte le nom de 5opA«a. --Ranger Bruno parmi les protestants pusillanimes et socrt^ts, parmi les Nicodémites, c*est se méprendre snriion caractère et sur les circonstances.

gens,* comme s'il avait engagé et vendu son âme à Satan, et servi de modèle à l'affidé de Méphistophélès, à Faust : « Bruno, disait-on, loua le diable à Wittemberg en public. » Comment expliquer cette sorte de légende, dans le silence des témoignages authentiques? Il est possible que, dans une de ses leçons, pour faire preuve de sagacité, d'imagination, pour montrer la souplesse dont est susceptible Fart de parler-et de raisonner, Bruno se soit avisé de dire : « Voyez jusqu'où vont les ressources de cet art ! On a fait l'éloge de la

1 On conçoit la sensation qu*une pareille accusation dut causer au XVII^ siècle'» lorsqu'on Toit an XVm« le Hollandais Van Dalen et son prudent traducteur Footenelle, attaqués avec tant de fureur, non-seulement par le P. Baitus, mais par les Jansénistes, pour avoir soutenu que les diables n^araient jamais KBdu aiienn oracle, ni opéré aucun prodige. 11 est curieux, du reste,. de suivre lei accroissements de Thistoriette qui nous occupe. Keckermann et Taubmann disent <rabord : « LMtatien Jean Brunon a loué le diable, » ou « Jean Brunus, ntifien, a loué le diable publiquement à Wittemberg » (Sy$t, rhet., p. 16. 47 ; hutii. orat., l. m, p. 331, Lugd. B.). Puis Domau (Amphith. $ap. socràt,, ttl9, dédie.) ajoute avec raison : « On dit qne.... dieiiur, » Léo AUatins ^oute sans fondement : « Avec impiété, impie » ( Tractai, de Bellis, ^63). Spizelias : c n recommanda dans un discours spécial , peculiari oratione eom^ mendatit» {de VitH$ Uterator), Koch et Wakb copient Spizel (06«. mUeell. II, p. 984 ; Prœf. ad Faeeiol. Orat., 1716). Lacroze, enfin , conclut ainsi : cr G*est probablement pour cela que Bruno a été relégué de FUnIversité de Wittemberg....» Cest en cet état que Leibnitz trouva le conte en question ; il Técairta en disant.: « Je doute qu*on lui eût permis de prononcer un pareil panégyriqne » {Leibnitsiana, p. Hi). Nous avons recherché si quelque assertion dans les œuvres du Noiain autorisait à admettre Texistence d'un éloge formel du dânoo. n est vrai que le mot de diable s'y rencontre plus d'une fois. Gomme Brono ne le croit qu'un mot, un mot chaldéen, il rappelle en plaisantant un homme de bien, uomo da bene (Candel. I, p. 100) ; il dit ailleurs que les démons seront sanvés aussi. Dieu ne pouvant être éternellement impitoyable, et un qnivers par&it, le meilleur possible, ne pouvant leur donner la moindre place ; il dit encore en riant : « Il ftiut avouer que le diable ^t un très-habile personnage, puisqu'il a trouvé plusai3é de montrer les royaumes de la terre du sommet d'une montagne élevée que du fond de l'antre de Trophqnius. » Mais dans tons œs endroits Bruno ne traite pas de Tange-apostat sérieusement , ni à la manière du philosophe Aconzio (dans ses Stratagèmes de Satan en mature dé r^igiùn], ni à la manière du diplomate Bongars (dans ses Questions au diable dm P Cotim), ni enfin à celle de Reginald Scot, auteur de la Sorcellerie dévoilée [Disanfery of voiteheraft, 1584).

te» JORDANO BRUNO.

guerre, de la peste, de la gale, des tremblements de teire : je vais faire le panégyrique du mal personnifié, du diable ! » U se peut qu'ensuite, à la joie des auditeurs, il se soit mis, à l'imitation des Gorgias ou des Caméade,* à énumérer les perfections qu'une interprétation originale des traditions du moyen-àge pouvait trouver au prince des mauvais esprits. Les exemples de ce genre de tours d'adresse ne manquent pas en Allemagne.* En tous cas, lés évolutions où Bruno s'escrimait, si elles pouvaient annoncer de la dextérité dans la parole, ou même trahir une grande connaissance de l'être qui en faisait l'objet, ne sauraient être regardées comme un témoignage positif d'impiété , comme un blasphème abominable qu'au surplus Bruno n'eût osé commettreàWittembçrg,selonlaremarquedeLeibnitz. Il n'eût osé abuser à un tel point de la liberté qu'on lui accorda.' II se borna, tant qu'il demeura dans la métrc^le du luthéranisme, à répandre ses principes

1 « Xonftiom oiim Gargiat £«onKfiwi, de quaUi tu^jeeto wrmofM abmèdê guis vaiêai disêeren atquê invenirs guadam^ » dit G. Agrippa {de Vomit, 9cimU., c. •) k propos des Lullistos.

* Le jarisie Ayrer, pour se conformer au proverbe usité parmi les avocats» qo*on ne peut refuser de plaider même pour le diable, imagiqa un piquant « procès contre Christ et pour Satan » {Argumenta contra Christum et pro Diabolo). Avant lui, un prédicateur célèbre par sa bouffonnerie, Abraham de Sainte-Glaire, fit, avec une ironie un peu lourde, un paneçjfricmn Diaboli, où il dénombra tous les btenfiiits que Salan, malgré lui, rend au genre humain, dénombrement dont il termina chaque point par ces mots : Grand merci. Monsieur Diable, Habe IMtià, Herr Teufel ! Le divertissement que Bruno aurait ainsi ménagé à ses auditeurs aurait eu peut-être quelque analogie avec V Apologie du diabUf ouvrage d*un médecin spirituel et fantasque, à la mode en 1790 k Berlin, ami enthousiaste de Kant. Erhard imagina de représenter «Tidéal de la méchanceté, » en rassemblant toutes les maximes que la méchanceté est capable de concevoir ou de pratiquer (Yoy. A't€l/iAamm«r'« philoM. Joiir«ai, 170&,

* On lui permit d'atlaqucr dans ses leçons des doctrines reçues depuis des siècles par toute la terre, talia, qualia non vobisprobatam modo, sed etpluriime «pni/if el quasi ulfique ierrarum receptam convellerent philoêophiam.

VIE. tes

d'éloquence et de dialectiijue. Pour ses cours de rhétorique, il adopta même les préceptes qu'Alexandre avait reçus d'Âristote/ En dialectique, il continua à prêcher le lullisme, cette méthode merveilleuse, selon lui, pour l'invention, pour la disposition des idées, pour la description et pour l'argumentation. Il la présenta à Wittemberg,* tantôt sous la figure d'une lampe, d'un flambeau au moyen duquel toutes sortes de notions se débrouillent et s'ordonnent systématiquemept, par lequel tous les mystères de Pyth^goje et de la {(abbale se dévoilent ; taqti5t sons l'image d'une chasse qi^ conduit à l^ dpconverte des notions fondamentales de l'esprit humain, ^us l'image d'une forêt, d'une meute, d'un équîp^gf^ de priasse, de ^ier, de chie^, de filets, d'armes, afin de représenter l'intelligence et ses facultés, les problèmes posés par la raison et les divers moyens de les résoudre. Tour à tour architecte et explorateur, le LuUiste est en quête de la manière la plus prompte et la plus sûre de répondre à toutes les questions scientifiques.

Ce fut à Wittemberg aussi que Bruno fit imprimer les Articles soutenus à Paris contre la physique d'Arislote et de Ptolémée. Cette publication ne fut pas un effort isdié ; elle était accompagnée d'attaque^ journalières contre les adversaires de Copernic. Le bon Mélanchthon servit à ceux-ci d'autorité, ayant estimé

1 Bnuo Jugea la rhétorique d'Âristote un o quvrage excellent pour quiconque désire pénétrer la nature et les ressources de Téloquence, qui eloquen-^ fié vim et rationes cognoscere cupiunt.»

* yoy. D« lampade combinatoria LulUana, 1587 ; De progressu et lampade tenatoria logieorum, 1587 : « Ad prompte ft copioâe de quocûmque proponto problemate d^putandum. » .

iM JORDANO BRUNO.

une impiété de croire au mouvement de la terre. Tycho-Brahé, vingt-cinq ans après la mort de Copernic, était venu d'ailleurs prêter son appui à ce système.^ Néanmoins, comme on avait promis à Rhéticus, le plus hardi des disciples immédiats de Copernic, d'enseigner à Wittemberg la mobilité du globe, on laissa Bruno, avec là même indulgence, se rire de ^ la chimère de Ptolémée : » « spécimen vestrœhumanitatisinsignis! »* De Wittemberg, Bruno remonta TElbe et se rendit à Prîigue, université catholique,' mais où l'intolérance n'avait pas encore atteint la vivacHé que lui communiqua la bataille du Mont-Blanc, défaite finale des protestants. Cette université, créée et magnifiquement dotée par Charles IV, avait recueilli au XV* siècle, dans

1 Tycho-Brahé oomhattil Copernic à Wittemberg de 1566 i 1568.

* Beuno, Orat. valed , § XVI. — Cette modératioD, cette équitable humanité ne se soutint pas toujours à Wittemberg- Avant la Bn du siècle, les péripa* téticiens, Jacq. Martini à leur tète, forcèrent TElecteur à rendre un édit sévère de proscription contre le ramisme qui faisait mine de sMntroduire à Wittemberg La Faculté de médecine suscita dans le même temps une émeute contre

^Dan. Sennert, un des pères de la chimie, qui avait attaqué Galien et Aristote.

'CalOTius amena le fiuiatisme dans la Faculté de théologie. Dans la seule Faculté de droit se conservèrent quelques étincelles de la sagesse tant prônée par Bruno, et ce bienfait était dû à Gasp. Ziegler, un des meilleurs commentateurs de H. Grotius, et dont les élèves, à cause de leurs vues plus étendues sur le droit naturel, reçurent alors le titre de « moralistes, » donné depuis à une autre sorte d^écrivains, ceux que Tabbé de Saint-Pierre nomme les o/iict«r«il0moraf€. Dès lors Witlemberg partagea Ta version des autres universités pour ce qui était « neuf et non encore reçu, nova et non tiactenus reeepta. »

* Nouvelle inconséquence! s'écrient ici ses biographes; comment, apnV( avoir exalté Luther, se rendre à Prague, dans la capitale de saint Népomucène!... C*est oublier que Bruno, peu d'anntvs après, poussera Timprudence jusqu^à braver Tinquisition en Italie! Nous en conclurons, d*une part, que Bruno n*avait pas embrassé le luthéranisme; et, d*aulre part, que Prajoie nVtait pas aussi intolérante qu'on se plaft k Tavancor, pnis<|ue Bruno y Ht imprimer des ouvrages. Enfin, nous supposons an Nolain des motifs plus nobles que ceux dont Clément le croit animé : « A quoi, dit ce bibliographe, à quoi n'est pas sujet un philosophe errant sur te face de la terre, dès que te faim le talonne et qn*il ne sait de quel bois faire flèche? » •

un quartier à part, quatre mille écoliers, et rivalisait an XVI* avec Vienne. Elle dut captiver la curiosité d'un homme qui a été surnommé depuis le Huss de la philosophie moderne. L'empereur y tenait sa cour, cet empereur même que Bruno venait de citer honorablement/ après Charles-Quint et Maximilien II, après Christian III et Frédéric II, rois de Danemark et de Norwége, pour son zèle à hâter les progrès des sciences naturelles et particulièrement de l'astronomie. Plusieurs circonstances pouvaient lui gagner la bienveillance de Rodolphe II : la mémoire de Sidney, qui complimenta ce monarque à son avènement, les honneurs que les savants recevaient à sa cour, la protection de l'ambassadeur d'Espagne, qui gouvernait l'empereur et qui était disposé, peut-être, à bien accueillir un Napolitain célèbre.

Bruno présenta à Rodolphe CLX' Thèses^^ dirigées contre les mathématiciens de cette époque. II y a apparence que l'empereur accueillit défavorablement le présent que lui fit le novateur. Ce prince, qu'on se plaisait à comparer à Henri III, était tour à tour énergique ou languissant, ami des lumières et de la superstition^ de la liberté d'esprit et du despotisme sacerdotal : il est difficile de faire accorder les actes qui ont rempli sa vie. ' Son père , Maximilien II ,

• Orat. valed., § X.

' Proœmhim, CLX The$ei adversui hujus iemporis mathematicos, ad Muéolgihum H Imperat. Prag. 1588.

* Ce D*est pas à Brantôme quMl faut se Ger, surtout pas dans rendrait suivant : « L'empereur Rodolphe, qui impéric aujourd'hui, bien qu'il n'ayt esté souvent

en campagne, comme ses prédécesseurs, si a-t-il monstre avoir du courage et de Ve$pritj et ne s^est point cslonné; car il a esté fort traverse quasy tous les kBs » {Uomm. ilLj U I, dise. 3).

prince tolérant , lui avait légué un bel exemple de douceur; chez lui, la douceur dégénéra en irrésolution. 11 accorda le libre exercice de la reli^on (protestante aux sujets de la Bohème, et il abolit à Vienne la confession d'Âugsbourg; il refusa de mettre en vigueur la bulle In Comd Dominij et il laissa régner les jésuites. Ses goûts le tournaient vers l'étude de la nature et des arts, vers l'alchimie et la peinture, vers l'établissement de musées et de précieuses collections. Sa cour lettrée se composait d'astrologues, parmi lesquels le hasard mit quelques astronomes et quelques poètes têts qu'Ercilla* Ce penchant à interroger les astres où, suivant Bruno, tf le haut regard des princes doit être attaché toujours, »* fut cause que Rodolphe dispensa les hérétiques, qui avaient nom Tycho-Brahé et Kepler, de l'accompagner dans les processions qu'il faisait en hiver, nu-tête, un cierge à la main, dans les rues de Prague. Mais quelle existence pénible Kepler traîna près de lui, persistant à n'obéir ni aux caprices astrologiques du c( César qu'il servait et immortalisait, »* ni au prosélytisme des jésuites! ^

1 Orat. valed., %X.

s On sait que Brahé n corrigea » à Prague les Tables prussiennes, et que Kepler y fit les Tables rodolphines, persuadé néanmoins qu*il « servirait autant le genre humain que César. »

' C'est sous rinspiratîon de cette société qn*est conçu le seul ouvrage de philosophie que le XVII' siècle voit publier à Prague, c'est-à-dire un ouvrage qui se propose d^anéantir la philosophie, ou d'exposer, comme dit Huet, la (ihiio- Sophie de ne |)oint philosopher {Euai sur la faib, de Vesp. humaine I. III , ch. XII). C'est UR abl)é de Notre Dame-du-Mont-Sion , vicaire-général de Tordre des prémontrés, Jêrowb HiRifHAiK, qui est l'auteur de cette lourde et violente agression contre la raison et la science humaine , qu'il considérait comme des maladies et des maux, fruits de la vanité et de la corruption [De iupho generis humani, 1876, i»). Pour dégoûter la Bohème des lumières modernes, il commença par se contredire, c'est-à-dire par nier le

On ignore si BruÙô fut goûté ddf aritage de rhomme fe plus puissant de Prague, ^e l'envoyé de Philippe II, don Guillaume de S. Clémente. Un outrage, consacré au compatriote du diplomate, au majorquain Lulle, fut dédié à San Oemente...^ Il n'y a d'autre fait à affirmer ici que la brièveté du séjour que Bruno flt à Prague. Plus tard , son nom y fut prononcé fréquemment par Kepler,* et il n'était pas inconnu, peut-être, à Descartes, alors que ce philosophe se trouva au siège de Prague, et alla rechercher, dans la ville prise d'assaut, les traces deTycho,commele capitaine Vauvernatgues, cent ans après, y rechercha celles de Descartes.

En quittant Prague, Bruno se présenta, je ne sais sur la foi de quelle recommandation, à la cour de Bnmswick, à l'université de Helmstaedt. Il y fut aussitôt chargé d'achever l'éducation du jeune duc Henri- Jules.

principe de contradiction, sans lequel toute démonstration est impossible. «Ni les vérités naturelles, ni les vérités surnaturelles ne peuvent être acquises, si la Grftce, si TEglise ne nous inspire et instruit i> (c. III, p. 28, 195. SiO) . On a trop honoré Himbaim, en le mettant au même rang que Pascal, Huet, Granville, Poiret, qui , dans le même siècle, tentèrent de discréditer la philosophie au pro6t du christianisme.

< «t Veeter vestreugue, » dédie. d*un extrait du de Lamp, comb.

< Entre autres dans le Nuneius Syderem adressé par Kepler à Galilée (1610). L'astronome wurtembergeois a plus d'une analogie avec le Napolitain, surtout par rentbousîasme. X'un et l'autre se plaisent à s'abandonner à la fureur sacrée. Luhet indulgere eacro furori, s'écrie Ke^lee.

La maison de Brunswick- Wolfenbuttei/ une des plus anciennes de TEurape, était restée, sous Henrile-Jeune, fidèlement attachée au Saint-Siège;^ sous Jules, elle devint protestante. Ce dernier, homme droit et désintéressé,' abolit les couvents et ne s'appropria pas leurs possessions. Il fonda une université évangélique où il appela les savants libéraux de l'Allemagne,' après avoir été lui-même réprouvé et calomnié par les théologiens rigidement orthodoxes.^ Lorsqu'il vint à mourir, Henri-Jules, son fils, l'élève de Bruno, avait à peine vingt-cinq ans. C'était un esprit aus^i bien cultivé que bien fait , et rempli de grands et glorieux projets. Son règne cependant ne fut qu'une longue agitation. Une double guerre délabra ses finances, l'une contre la ville de Brunswick soutenue par la ligue anséatique , l'autre contre la noblesse, qui écrasait les campagnes de tailles et de corvées. L'établissement d'une milice permanente, ne le ruina pas moins que l'ambition de s'immortaliser par de beaux monuments. Après avoir réformé la province d'Halberstadt, et réfuté en personne, dans une solennelle dispute, les jésuites,

^ D'abord Bnmswick-Lunebourg. Elle descendait,/ par Magnus-le-Pieux (1350). de Guelfe, fils d*Asonf marquis d*Esie*

* Voy. Sleidan, Comment., 1. XV. ad ann, 1514.

> Ces détails sont indispensables à ceux qui désirent lire les ouvrages de Bruno, particulièrement son Oratio consolatoria.^ La devise de Jules était: Àliis inserviendo consumor.

^ Je ne puis retracer ici les querelles que lui firent Tintraitable Cbemnitz et Jacques Ândrcx, chef de la savante famille des Andrex, lorsquMl eut Tidée, étrange en effet, de flEiire élire évéque d'Halberstadt Henri-Jules, âgé de quatorze ans «Getenfantinnocent, disaient-ils, en recevant la tonsure sera immolé à Moloch.» Le duc régnant notait plus qu*un renégat, un païen, un musulman. C*est à la suite de ces démêlés que Jules appela auprès de lui le souple et turbulent Hesbusen, « un de ces opiniâtres, dit Bèze( Fie de Calvin)^ qui ont esté les plus ardents ennemis de Vérité et de Concorde. »

pub les avoir bannis de son Etat; après avoir lutté dix ans sans saccès,^ Henri-Jules se dégoûta de la souveraineté» et six ans avant sa mort, c'est-à-dire en 1607, il se retira à Prague, auprès d'un empereur, comme lui débissé. Devenu le plus intime confident de Rodolphe, il conçut le noble dessein de relever l'empire, miné par une sourde désunion, et de prévenir des déchirements violents. Se posant en médiateur, n'entrant dans aucun parti, il ne fit que déplaire à l'Union comme à la Ligué. La discorde allumait son flambeau quand il décéda.^ Henri-Jules, né dans un rang aussi élevé que Rodolphe, serait mort avec gloire. Ce n'est pas le génie, c'est l'argent qui lui faisait défaut. L'antiquité et l'Italie, cette Italie à laquelle il se vantait d'appartenir par ses ancêtres, lui proposaient des modèles qu'il était dangereux d'imiter. Le rôle de Périclès, d'Auguste, des Médias, ne convient pas à tout prince.

De quelle manière ces deux souverains, le père et le fik, régirentrils l'Académie Julienne de Helmstaedt, une Académie qui attira l'aCtention du t Père de l'histoire modemey^' et du philosophe Gassendi, avant que Louis XIV fit des pensons à ses professeurs?^ Heureu-

« Voy. DbThou, l. CXVIII.

* Cest un de ses quatre fils qui se distingua dans ia guerre de Trente ans arec Hansfekl , et qui sMntitulait « ami de Dieu, ennemi dee prêtre» » : c*est Christiao de Brunswick, qu*on a comparé au brave de La Noue, parce qu'il avait aussi un bras de fer. Il mourut empoisonné, dit-on, à Page de vingt-six ans (Voy. PuFFBifDORF, /fiffod. à VHist. univ,, 1. III, c. VU).

* Ce titre, que Casaubon donna le premier au loyal de Thou (Il fév. 1611}, lui est à bon droit resté.

^ Helmstaedt Joue un rôle à part dans la spbère des universités allemandes. EUe effaça, au XVII* siècle» Wittemberg et léna, et disputa le premier rang à Balle; eUe tenta les premiers essais de critique historique en fait de religion, timide réclamation du bon sens contre la tyrannie des confessions de foi.

sèment située entre le Véser et la Basse-Elbe, fondée avec munificence par Jules, comblée de privilèges et de dotations par Henri- Jules, elle comptait en 1589 cinquante professeurs, et avait immatriculé cinq mille étudiants. Ses statuts avaient été soumis à l'examen des plus doctes étrangers', et rédigés après une étude scrupuleuse des règlements des Académies existantes en pays protestants. La pensée qui avait présidé à leur rédaction était essentiellement pratique : elle consistait à mettre un frein à l'esprit de controverse. A leur installation, les membres du corps enseignant étaient tenus de prêter un serment ainsi conçu : t J'aurai soin de conserver la concorde et la paix parmi mes collègues ; je me garderai de blesser la dignité de personne et d'occasionner aucun différend ; et si, ce que Dieu veuille empêcher dans sa clémence, quelque dispute survenait, comme cela peut arriver entre hommes, je contribuerai, autant que je pourrai et saurai, à ce qu'elle soit vidée suivant vos statuts, c'est-à-dire doucement et fraternellement. »* Par, cet article fondamental, Jules espérait guérir la fièvre qui transportait tout le siècle, cette maladie à laquelle n'avaient échappé, au nord comme au midi, ni les gens de lettres, ni les gens d'épée ; qui fit

Ualle entreprit une réaction mystique et ascétique, sous la éonduite de Spener et de H.A. Francke, contre le ft'oid et stérile dogmatisme du parti dominant. Il importe de remarquer ces différences, parce qu*ellcs vont se perdre de bonne lieore toutes ensemble. A partir du XViU* siècle, les universités s*ouvrent à une action étrangère, à la philosophie venue de France ou d'Angleterre, à celle que protègent tantôt Tautorité de Descartes et de Leibnitz, tantôt le nom de Bacon et de Locke, et qui engendre, sous bien des nuances diverses, une opinion vaguement désignée par le terme de rationalisme.

< a Ero studiosui, cic, » Voy. VHist de VVniv. de Helnutaedtf paf le docteur L.-T. Henke (1833, en aUem.).

mourir dès milliers de duellistes et de controversistes, et qui animait jusqu'aux petits écoliers, journelleoient engagés dans de rudes combats pédestres, pcH*tant et parant les coups de pied avec une adresse incroyable. ^ Un autt^e article appelle notre attention, c'est l'artide touchant les études philosophiques. « Deux maîtres, diargés d'interpréter Aristote et de développer son système, prendront à tâche de le mettre à couvert de toutes altérations^ ainsi que des calomnies des so(:^istes. Chaque docteur en philosophie jurera d'enseigner h véritable et antique philosophie avec sincérité, sans diercher à briller par des innovations, sans fard ni artifice. »* Cette conviction, que l'ancienne philosophie était la vérité, avait particulièrement été suggérée à Jules par un humaniste célèbre, précepteur de Henri- Jules,^ et .pendant vingt-trois ans l'âme de la Faculté

> Quelques-ODes de ces ordonnances étaient citées comme d*heureuses Dooyeantés.o Les élèves n'étudieront sur chaque partie de l*enseignement qu'un senl livre, an livre sul^tanticl et bien fait, parce qu*ét»dier à la fois plusieurs ouvrages qui diffèrent sérieusement entre eux, c'est dissiper Tesprit et non pas le nourrir.. j> C'était appliquer le mot de saint Thomas-d'Aquin : Timeo hominem unius liM. « Le Décalogue servira de base à renseignement de la morale.. . Les annales du peuple Juif devront former le point d'appui, le fil conducteur dans l'étade de l'bistoire. » Même plan que celui de Bossuet. ^ a Ni la poésie, oi la musique ne pourront être négligées, l'une et l'autre servant à adoucir et à élever le caractère. »

* « Veram et antiquam philosophiam, sincère, citra ostentationis et innovationis studium, sitie fueo et fallacia. » En quel sens Fallait-il entendre cctle épitbète d'an^tgua? Bruno aussi se portait pour défenseur de l'antique philosophie. L'antiquité se i)arUgeait, |>o«r le XVl« siècle, en deux moitiés inégakîs, celle qui précéda Aristote, celle qui le suivit. A Helmstaedt, c'était la philosophie de la seconde moitié que l'on considérait comme la véritable.

» Caselius de Goliingue, disciple favori de Mélanchthon, se signala par ses travaux diplomatiques, presque autant que par ses cours et ses écrits littéraires. On lui trouvait « l'abondance de Cicéron et le discernement de Quinlllien. » Il forma deux disciples éminents, Martini et Callixlus. Martini, le maître de Cooring, eut moins d'étendue et d'élégance d'esprit et de savoir que Caselius ; mais Gallixtns en eut davantage. Callixtus, le protecteur de Helmsuedt dans

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des lettres, Jean Caselius. Les services que cet écrivain délicat et judicieux, orateur spirituel , caractère pacifique, actif, généreux, rendit h Helmstaedt, furent considérables : il sut modérer la Faculté de théologie , il organisa des travaux d'histoire; il fit école, et forma des maîtres éminents, quoique décriés aussi sous le titre de € poètes épicuriens, d'orgueilleux aulodidacti. »*

Telle était l'université où l'on rencontre, en 1589, Bruno avec Henri-Jules. « C'est la Providence, dit-il, et non le hasard qui l'y avait conduit, a ^ Néanmoins il n'eut pas plus tôt commencé ses fonctions auprès de l'héritier présomptif de Brunswick, que le duc régnant mourut. L'académie Julienne, apprêtant à son fondateur des obsèques dignes d'elle et de lui, chargea l'Italien de l'un des éloges funèbres. Ce fut le premier juillet qu'il prononça son discours de consolation, Oratio consolatoria ^ harangue pleine de fougue et d'imagination, qui encourut les censures de l'Inquisition au même titre que VOratio valedicloria. L'orateur y proteste, en effet, avec des paroles qui expriment une douleur réelle, de sa vive reconnaissance envers l'auguste défunt; il gémit avec l'université qu'il

la guerre de Trente ans, cul le courage de montrer, Thistoirc à la main, que les réronnalcurs étaient restés agenouillés devant saint Augustin, et de supplier les tbéologiens d^entreprendre, sur Tantiquité chrétienne, les mêmes investigations que les philologues classiques faisaient sur Fantiquité païenne. Enfin, pour aObrmir la tolérance, Callixte proposa de dégager scientiliquement la morale du dogme, et lui-même il accomplit avec Termeté ce que Daneau et Cliarron n*avaient tenté qu*avec tùtonnement.

1 Cette expression est à relever. Les théologiens de cette époque repoussaient ceux qui voulaient s'instruire par eux-mêmes et non |)as tout accepter docilement du clergé.

* tuNon casu, iedpravidentiâ quàdam ad regionem hanc eompulsus» [Orat,

COfUOl),

VIE. iî3

représente de la perte d'un si solide appui. « Souvienstoi, ô Italien, s'écrie-t-il en faisant retour sur sa propre afiftiction, souviens-toi qu'arraché à ta patrie, à tes amis, à tes études, tu ius exilé pour avoir aimé la vérité, et qu'en ces lieux tu es traité en citoyen. Là, tu étais exposé à la dent vorace du loup romain; Mci, tu jouis d'une pleine liberté. Là, tu étais asservi à des pratiques superstitieuses et absurdes ; ici, on se contente de t'exhorter à suivre un culte vraiment réformé. Là, tu étais comme mort par la violence de plus d'un tyran; ici, tu vis par la douce équité du meilleur des princes, comblé dé grâces et d'honneurs... C'est à lui, comme à ton véritable souverain, à ton protecteur et bienfaiteur, que tu as toutes les obligations imposées par la gratitude. ^>

Henri-Jules ayant quitté les lettres pour les affaires, Bruno fiit Véduit à professer la philosophie à Helmstaedt. Encore ceci ne lui fut-il pas accordé sans conteste, sans restriction. Trois mois après, le chef du clergé de Helmstaedt, un nommé Bœthius, l'excommunia en plein temple. C'est du moins ce que nous ap-

> Le mot de toiip est celui qui (ùt remarqué particulièrement dans ce passive fomeux. Ce mot était du nombre de ceux que les combattants se renvoyaient les uns aux autres, comme un trait mortel. Tandis que les catholiques désignaient ainsi les hérésiarques, les hérétiques appelaient de ce tefme le clergé romain, et nommément le pape. Si Muratori nomme Calvin « questo lupo,» Bèze appelle le Parisien Bolzec un « loup déguisé.» Lalnez, au colloque de Poissy, taxe Calvin et Bèze de « scimie, volpi, monitri » (singes, renards, monstres). Le J4'suite Guignard, ami de J. Cbâtel, dit : « Henri III est un Sardanapale, le Béarnais un renard, Elisabeth une louve, le roi de Suède un griffon, et Télecteur de $axe un porc. » L'emploi fréquent de ces dénominations « peu nobles» (Gi56UE!iÉ, Hist. de la liti, itai., t. 526) est une des marques de la sociabilité du temps, qu'on pouvait bien, avec Dupont de Nemours, assimiler à la «sociabi- U6 des loups. »

17fc JORDANO BRUNO.

prend une lettre de Bruno adressée au pro-recteur^ et conservée* aux archives de l'université.

« Très-illustre et respectable seigneur pro-irecteur»

» Excommunié par le premier pasteur et surintendaiit de l'église de Helmstaedt, lequel s'est érigé en juge dans sa propre cause, en exécutant lui-même, dans des discours publics, une sentence rendue contre un adversaire qui n'avait pas été entendu, Jordano Bruno de Nola, vient s'inscrire humblement en faux, devant yotre MagniGcence et le très-digne sénat, contre l'exécution publique de cet arrêt personnel et inique. Il vient demander qu'on lui donne audience, afiqi de savoir au moins si les attaques dirigées contre sa position et sa réputation sont justes et méritées. Il se convient de ce que Sénèque dit : Quiconque a prononcé sans entendre la partie adverse, quand même il aurait d'ailleyrs prononcé avec équité, n'a pa^ été équitable. ' C'est pourquoi il prie V. Exe. de citer devant elle, de son autorité, le rév. pasteur lui-même, pour qu'il soit établi, s'il plait à Dieu , qu'en lançant ses foudres il faisait son devoir, voulait sauver son troupeau, et n'obéissait point au caprice d'une vengeance individuelle. »^

1 Cest une maxime aDsilogue qne cita, an concile de Soissons (liai), un éyf-

que favorable à Taccusé , c'est-à-dire à Abélard ; c*est le langage que Mco-

dëme avait tenu pour sauver le Christ : « Est-ce que notre loi condamne un

. homme s*il n*a pas été ouï auparavant, et sans qu'on sache ce qu'il a fait?»

{Ev. saint Jean, VU, 51). — Voy. M. de Rémdsat, Abélard, I, p 89. sq.

* Cette lettre n'ayant encore été mise à profit par aucun historien de 9runo, nous la transcrivons ici textuellement : .

« Ampliaimê $$ £"• !)• Froreetwr,

» Jordanui Brunut Nolanus, per Helmstadiêntis eeeh primàrium poMttH » rem et tuperintendentem, in prapriâ attione et inauditâ emuâ fàetum

Cette lettre %i écrite le 6 octobre 1589^ et, un an après, Bruno se trouvait encore à Helmstaedt : d'où Ton doit coRckire que sa réclamation ne fut pas inutile, et qpi'il parvint à se justifier. La chose était sujette cependant à des difficultés considérables, que l'intervention bienveillante de Henri -Jules était seule capable de surmonter. La principale venait de ce que le pro-recteur à qui le litige fut soumis , instigateur de ces tra* casseries, s'éiait servi d'un autre ecclésiastique pour accusateur, en se ménageant à lui-même le rôle d'arbitre : conduite que Yœtius imita plus tard envers Descartes. C'était le fameux Daniel Hoffmann, chef d'un parti qui porta son nom, Hoffmannianù et dont Leibnitz accabla les derniers restes. * Ainsi que Gilbert Voët, ce théolo-

» j^dieem, et exequutorêm in publieis cimeionibui, êxeommunieatut, tmMrê B prœsentiumaJUagnificentim Umaveitrœ claritate, etabuniversâ amplistimi » Menatûi ,éignitatt^ injMblieo consittorio humiliter advernu iniquistittuB et

• privatœ iUiuâ sententiœ publicam exequutianém expostulam, ctudiri petit, 9 ut H fuid jure centra ipsius gradum etdignam existimationem accùerit» a mltem juâte aceidiste cognoseat : quamvis seeundum Senecœ S :

» Qui statuit aliquid parte inaudita altéra, » ^quumUcet statuerit, faaud œquus fuit.

» Quamobrûm et 4piwn B. Paitorem ExeelL Ampliis, F. Àuthoritatê eitan^ » dwn rogat : ut et illud (H Deo plaeuerit) eonetare poêHt,' non ex privata » vinàietiB Uhidine, $ed ex honi-ptutoris munere pro ovium tuarum ealute

• profectwn futmen illud efte Datum Helm$tadii sexta Oetobris 1589. JcT" 9 dama Brwnui qui ser. manu propria: n — Sur ce pasteur, voyez Chry-

• SAicDR., Miniêtri Belfnst , p. 10; Hehkb, Die Univers. Belmetaedi im » 16 Jàkrh., p. M ; Çfr. aussi WBRKSDORPn, Memoria Frobesii, p. XXXI.

1 Jules avait chargé Hoffmann de réfuter, de concert avec Heshusen, la formule de' concorde au colloque de Quedlinbourg ; telle fut Toriglne de sa laveur. Mais n'ayant plus à combattre la confession de foi, ni Pubiquité, Hoftmana se prit à attaquer jusqu'à la philosophie scolastique. H soutint avec emportement que la morale d'Aristote favorisait le pélagianisme ; puis,quMI y avait plusieurs choses qui , vraies en philosophie, étaient fausses en religion (Voy. J. Thomasii, praef., XLII, p. iii; Hor!<c, Hist.philot., VI, c. XII ; Cassmann, Coimopœia, qu. VI, cl). Enfin, dit Leibnitz, «il se déchaîna contre toute philosophie, tandis qu'il fallait blâmer seulement les abus dès philosophes »

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gien iîit ^ toujours le contre-tenant de quelqu'un de ses collègues ou de quelque autre savant homme. ^ * C'était une variété d'un type vulgaire et indestructible, qui, du temps de Ramus, se nomma Charpentier; du temps de Mallebi*anche, Garasse ou Le Tellier^ du temps de Wolff, Langé; du temps deKant, Wœllner. Quoique, grâce à la protection du jeune duc, Bnmo ne fût pas forcé, comme le philosophe de l'ermitage d'Egmond, de représenter aux magistrats qu'il n'était pas, en qualité d'étranger, soumis à leur juridiction, et bien qu'il pût poursuivre ses leçons , il paraît ^e la secte de Hoffmann finit par lui rendre le séjour de Helmstaedt insupportable. *

Au milieu de ces conjonctures, et après son départ de Helmstaedt, Bruno conserva toujours l'amitié de Henri- Jules. Les dédicaces qu'il lui adressa ensuite de Francfort, les vœux qu'il forma lors des noces du jeune prince.

(Opp., 1. 1, p. I, p. 75, édit. Dutens). Il réussit à diviser rAcadémîe et le duché de Brunswick. Satler, Werdenbagen , Schilling , Bœthius (tirent de son côté ; Gasélius, Henri-Jules, Bas. Stater, prédicateur de la cour, furent contre lUi et remportèrent. Hoffmann, qui, en 1586, avait argumenté contre Bèxe sur l*Bttcharistie, se trouva accusé de calvinisme ; lui qui avait prétendu enseigner la philos^bie à Goclen, se trouva convaincu de ne rien entendre en philosophie, et reçut, après avoir été terrassé par la discussion, un ordre de la cour qui lui interdit de se mêler de porter un jugement sur de pareilles matières.

* Voy. SoBMiUB, Lettres et relations, p. 182.

* Ce qui porte à le croire, c'est que Bruno, aussitôt qnll fût sorti du duché de Brunsvnck, dépeignit ainsi les ennemis qu'il y avait rencontrés : o Ces prétendus secrétaires du del ne sont que des grammairiens. Lorsqu'ils s'imaginent savoir le latin ^ le grec, l'hébreu, le syriaque, le chaldéen, ils se donnent brave- Vnent pour inventeurs des dieux et des hommes, et décident en maîtres des matières philosophiques... Ces teotogi sont theotœhi, c'est-à-dire qulis fabriquent leur divinité à l'étroite mesure de leur cervelle» [de ImmemoAl, c. 10, p. 898). Peut-être aussi qu'aux tracasseries théologiques s'étaient ajoutées les plaintes des aristotéliciens. Le soulèvement que causaient en 1595 les ramistesPf^ffradet Nothokl, les concessions que le ramiste J. Jung, homme de science et de bon sens, se h&ta de faire en arrivant de Rostock, et quelques autres motif^ concourent à rendre cette supposition fort vraisemblable.

mettent cepoint hors de discussion. Lephiloso[Ae invoque, en vers, selon son habitude/ la Divinité, la lumière , la vie , toutes les puissances qui soutiennent Tunivers; il les invite à contempler avec bonté ce que la terre possède de plus noble et de plus beau.^

« Contemple, 6 Divinité! ce que la terre possède de meilleur sur son dos courbé, et ce qu'elle compare avec orgueil aux astres les plus éclatants. Contemple le (Us de Jules, issu de ces rois antiques dont lés armes sobjuguèrent les peuples de l'Europe, bouleversèrent les empires de la brûlante Lybie, de l'immense Asie, et rendirent aux Germains les trophées jadis conquis sur eux par la bravoure latine! C'est Henri-Jules, que tu connais mieux que mes chanta ne sauraient le peindre ! Tu le connais, puisque c'est de toi seule qu'il peut tenjr les triples grâces d'un génie calme, d'une aménité et d'une beauté qui relèvent au-dessus de tous; puisque c'est toi qui as revêtu sa grande âme de ces dons sublimes. 0 toute-puissante déesse, si tu abaisses tes regards sur tout ce qui est élevé, tu conn^ûs aussi son épouse,' la sœur auguste du prince dont le sceptre couvre les valeureux Danois, la sœur de cette autre Nymphe unie au héros redoutable que la' célèbre Bretagne adore comme roi,^ et qui en parent affectueux

^ Voj. par ex. Orat. vaUâiet., fia, c Sol, etc„ » II, p. 5t. sq.

* « ÂMpicê quod Teiluâ inter meliora recurvâ

» Jfole tûnetj magnis quod cœli cùmparai aitrU,9 etc. (de Triplici, Jibi.,elc.»T.60-«0).

* Son épouse, Elisabeth, était sœur de Christian IV, roi de Danemark, qui fenait de succéder i Frédéric II, son père, et le père des lettres danoises (di TKov, I. LXXXIX). Elle était flUeule de la reine d^Angleterre.

* Jacques VI d*Ec08se épousa Anne, qui derint mère de l'infortuné ChaHes I«r, belle-mère du malheureux électeur palatin, Frédéric. L*alliance des Stuarts jeta

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