‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 7 sur 60 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

poésie, et qu'il manie l'analyse et le calcul aussi habilement que les affaires et la parole.

C'est parce que je n'ai pas su résister a l'espèce de tendresse qui attachait Bruno à l'Italie, que je me crois en droit d'attirer sur lui l'indulgente attention des Italiens. Le moment n est-il pas venu de lever l'interdit qui pèse encore sur sa mémoire, et, si je puis ainsi parler, de le rappeler de l'exil, lui que nos Académies envisagent depuis longtemps comme une des têtes les plus puissantes de ritalie? Sous les auspices du prince bienfaisant et éclairé qui préside aux riantes destinées de Florence la Belle, les productions de Galilée viennent d'être rassemblées sous une forme digne a la fois de Galilée et de la Toscane. Grâce aux ordres généreux d'un autre souverain, Gênes possédera bientôt la statue de Christophe Colomb . Naples, la patrie de Jean-Baptiste Porta, Noie, la patrie de Jordano Bruno, Cosenze, la patrie deBemardino Telesio, Stilo, la patrie de Campanella, et tant d'autres cités dont les Apennins s'enorgueillissent à juste titre, n'élèveront-elles pas le plus humble monument qui garde le sou-

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venir de leurs enfants ? U siérait aux concitoyens de Yico, de Filangieri , de Galluppi ; il siérait a une royale munificence de disputer à l'oubli ces noms et ces écrits, qui ont jeté sur les Deux- Siciles un éclat si vif, quoique si passager.

En deçà des Alpes, je l'ai dit, le nom de Bruno est arrivé a une célébrité extraordinaire. Un philosophe allemand, un des écrivains les plus classiques et les plus populaires du siècle dernier, a conçu l'idée de le rajeunir. Depuis il a été en quelque sorte adopté par l'Allemagne, d'abord comme un personnage de circonstance où bien des gens croyaient retrouver leur propre image, puis comme un grand homme : le dirai -je? comme un saint. Chacun voit la bizarrerie d'une semblable apothéose. Mais ce serait tomber dans un autre travers, que de traiter avec* indifférence l'homme sur lequel ont été portés tant de jugements contraires. Un esprit vulgaire n'excite ni cette aversion ni cette sympathie.

J'ai cherché a recueillir, après les écrits de Bruno, tous les ouvrages où il s'agit soit de la vie de ce philosophe, soit de ses travaux* Je les

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