‹ Joseph-Alexandre LaboulbèneChapitre 2 sur 85 · ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT

Cours faits de 1848 à 1852 dans le laboratoire de Charles Robin sur l’anatomie générale, avec démonstrations;

Cours faits dans les hôpitaux au lit du malade, comme interne de 1849 à 1855, comme médecin du bureau central et comme médecin des hôpitaux de 18G1 à 1890;

Suppléance officielle pendant les deux années 1864 et 1866du cours magistral d’anatomie pathologique du professeur Cruveilhicr ;

Cours faits pendant le semestre d’été de l’année 1878 à la Charité dans l’amphithéâtre de la Faculté, avec l’agrément du doyen et du professeur Hardy;

Cours officiel d’histoire de la médecine et de la chirurg'ie de l'année 1879 à l’année 1899.

Au temps où nous sommes, on doit considérer comme aussi fausses que décevantes ces paroles du roi Salomon : « Il n’y a l'ien de nouveau sous le soleil (1), » car le critique le plus sévère est amené lui-même, par la force des choses, à reconnaître soit les transformations brusques et intenses qui sont l’œuvre du g’énie, soit celles moins éclatantes qui émanent de connaissances sans cesseagrandies et qui aboutissent à des solutions nouvelles, non entrevues ou non appliquées utilement encore.

Nous pouvons le voir dans les leçons faites par un maître dans l’art de la pensée sur l’Histoire médicale de certains âg-es qui se montrent tout d’abord comme des sommets à pic, d’apparence isolée, bien qu’ils se rattachent, en réalité, par la base ou par des couloirs dissimulés, à d’autres massifs, non sans grandeur souvent, représentant la tradition, c’est-à-dire une suite de temps vécus, au milieu des courants d’opinions et d’idées fausses ou vraies.

Doué d’un esprit large, précis et plein de clarté, assoupli j)ar un savoir général aussi varié qu’étendu, Laboulbcne, tout imprégné de son sujet, a pu en aborder l’examen avec une entière, liberté et une parfaite bonne foi. Ayant consacré sa vie à l’observation médicale, il en a retiré une pénétration précieuse j)our l’éclaircissement

(1) Mcclüsiastc, cliapilre i, 9.

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(l(‘s |)oiiit.s obscurs cl ])()ur devenir un narrateur sincère et convaincu. 11 vous entraîne, et on l’y suit coniplaisaniinent, sur le terrain qu’il a coinjuis j)ai‘ rjdfori, el il y lait naître un j)uissant intérêt.

G]-ace à des soins pieux et à des goûts (jui avaient su devenir identiques, le récit de nos plus grands laits contemporains, comme l’antisepsie, l’anesthésie, le journalisme médical, seront placés désormais à côté des événements culminants de la médecine du passé, tels que les Livres hippocratiques, Galien et son œuvre, Celse et la Médecine à Rome, Sydenham, Paracelse et Van Ilelmont, la Renaissance anatomique du xvi“ siècle, l’Ecole de Salerne, etc.

Contraste étrange par la dissemhlance des temps, des horizons et des aperçus, mais fertile en enseignements nomhreux, qui permettent toujours de retrouver sans exception la méthode et le lil conducteur qui ont préparé et assuré le succès de la doctrine ou de la découverte.

Laxnelongue,

cio rinstitul.

Paris, janvier 1901 .

« Dans mon enseignement comme dans mes recherches, j’ai constamment cherché la vérité ; ami de tout progrès, mais voulant en constater la réalité. »

J. -A. Laboulbenk.

A rextrémilé orienlale de cette partie de la pittoresque ville d’Açeii appelée les Cornières, vieille rue marchande de la cité, oii, sur un parcours de plus de trois cents mètres, des maisons symétriques à arcades se succèdent et forment comme un péristyle dans lequel se concentrait autrefois toute l’animation agénaise, on voit encore, près des Halles, sur une ancienne maison, une enseigne portant le nom, devenu illustre, de Laboulbène.

C’est là, dans la patrie de Sulpice Sévère, des Scaliger et de Bernard Palissy, non loin de la promenade des Graviers, où s’élève la statueen bronze du perruquier poète Josmin, que naquit, le 25 août 1825, Joseph-Alexandre Laboulbène.

Son père e.xerçait fort honorablement la profession de négociant en draps. Ayant bien réussi dans son commerce, il pensait que nulle autre carrière ne pourrait procurer plus de bonheur à son fils. Aussi, s’il le plaça à l’institution Laboubée, réputée à cette époque comme la meilleure de la ville, ce fut non. pas pour en faire un homme de lettres ou de sciences, mais seulement afin qu’il acquît le savoir nécessaire pour diriger intelligemment sa maison. Ses aspirations n’allaient pas plus loin.

Sa mère, de rancienne famille des Pozzi, femme très digne et fort distinguée, adorait ses deu.v fils, son aîné Alexandre et son

JOSEPII-ALEXANOUE LAHOULHÈNE

cadet Ulysse, et ne pouvaitse faire à l’idée d’un éloignemenl possible un jour. Elle n’avail dans sa vie qu’un but : c’était de les g’arder auprès d’elle et de les entourer constamment de ses soins assidus et de son inépuisable affection.

Lorsque Alexandre eut quinzeans, son père jug-ea que l’instruction de son futur successeur était suffisante. Il le retira donc de la fameuse institution et se l’adjoig'nit dans son commerce.

Mais, pendant ses premières années de pension, le jeune élève avait pris le goût du travail et avait manifesté pour l’iiistoire naturelle ce penchant qui devait dominer toute sa vie. Il n’ignorait pas que Lacépède était, comme lui, né à Agen. La vie de cet illustre savant avait fortement impressionné son esprit, et il désirait ardemment suivre ses traces, non par ambition, car il n’en eut jamais, mais pour satisfaire ses goûts. Il était loin alors de se douter que de lui aussi sa ville natale devrait plus tard être fière.

Aussi, tout en se conformant sans murmurer à la volonté paternelle, il conserva dans son esprit l’amour de ces premières études, et il profita des loisirs que son père lui laissait pour les continuer seul et sans secours. Les rares moments de liberté qui lui étaient accordés, il les passait à satisfaire sa passion pour les sciences naturelles. Il s’amusait à collectionner des oiseaux, qu’il empaillait lui-même. Les papillons étaient aussi l’objet de sa sollicitude; mais c’étaient surtout les insectes qui, dès cette époque, le captivaient davantage.

Après ses promenades dans les campagnes, d’où il rapportait le produit de ses chasses, il distinguait les échantillons précieux qu’il avait pu recueillir, il les cataloguait et il les classait dans des vitrines modestes que la munificence paternelle lui avait permis d’acquérir.

Il parvint ainsi à réunir une collection très complète et très curieuse ; etc est alors que, souffrant d’être enfermé dans le cercle étroit qui semblait devoir l’enserrer pour toujours, il pensa à quitter la carrière commerciale où il était entré surtout par obéissance et, en tout cas, bien à regret.

Il ne tarda pas à se mettre en relation avec plusieurs notabilités de la contrée, savants et collectionneurs comme lui, qui, comprenant de suite quelles espérances on pouvait fonder sur le jeune et acharné travailleur, le présentèrent à Léon Dufour, de Sain't-Sever, entomologiste fort distingué et membre correspondant de l’Institut.

.lOSEPII-ALEXANDRE LABOULBÈNE

Ce lui une visite à ce savant qui décida définitivement de son avenir, ainsi ([u’une ascension au pic du Midi de I3agnères-de- J3ig;oiTe, (ju’ils firent de concert en septembre 1844 et pendant la([uelle Léon Dufour eut tout le loisir dé juger son jeune com-

pagnon.

Sur les conseils de celui qu’il considérait déjà comme son maître, Alexandre, bien qu’il eût alors dix-neuf ans, reprit ses études classiques, qu’il avait interrompues en troisième ; et, quelques mois plus tard, il se présentait à Caliors aux examens du baccalauréat ès-letlres et obtenait son diplôme avec mention. L’année suivante, il passait avec succès en Sorbonne son baccalauréat èssciences.

En effet, en septembre 1845, Léon Dufour conduisit ses deux fils à Paris. Laboulbène vint se joindre à eux à Bordeaux ; et, pendant le long-trajet en diligence, la trilogie médicale future, comme la désigna plus tard le professeur de botanique Bonafous de Turin, inaugura les relations intimes que la mort seule a dénouées plus de cinquante ans après ce voyage.

Léon Dufour resta quinze jours à Paris et installa les trois futurs docteurs au numéro 15 de la rue d’Enfer, en face d’une des portes latérales du jardin du Luxembourg et non loin de la demeure du naturaliste Duvernoy, de Montbéliard, qui occupait alors la chaire de Cuvier au Collège de France.

C’était à cette époque le quartier le plus sain de Paris, au haut de la montagne Sainte-Geneviève, près de l’Ecole de médecine, à proximité des magnifiques collections d’horticulture du jardin du

Luxembourg.

Pour ne pas trop obérer la modeste subvention mensuelle de cent francs fjuc leurs familles faisaient à chacun des trois jeunes

gens, la sollicitude paternelle, sachant par expérience ce que coûtait à un petit budget d’étudiant la vie quotidienne à Paris, les avait mis dans leurs meubles, ce qui réduisait à dix francs par mois et par tête le prix du loyer. En se chauffant au même foyer et en travaillant autour d’une même table éclairée par une petite lampe à huile, il leur fut possible de ne jamais demander à leurs parents, qui jouissaient seulement de l’aurea mediocritas, un supplément d’ap[)ointements.

La vie de chaque jour était fort modeste, et le vénérable fds de Léon Dufour, dont l’amitié [)om- le camarade de ses jeunes années ne s’est jamais démentie, nous raconte (pie le malin on allait

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aux cours cl à riiù{)ilal, l’après-midi aux cours cl aux exercices de dissection. Il ajoute que ces travaux étaient interrompus seulement par des repas d’une extrême frugalité, et dont le vin fut toujours proscrit.

Le soir, eu hiver, on rentrait au log'is pour rédiger les leçons de la journée; et, à dix heures, chacun s’étendait sur son petit lit, de fer, où il dormait à souhait.

Telle était, entre 1845 et 1850, la vie d’un étudiant sérieux ; telle était l’existence que mena le maître à ses débuts, que beaucoup de jeunes gens menaient encore de mon temps, et dont peu s’accommoderaient aujourd’hui.

Cette vie de travail et de sage liberté était cependant égayée par quelques instants de plaisir. Les dimanches d’hiver, les trois amis faisaient une promenade aux Champs-Elysées, qui, à celte époque cependant peu lointaine, ne se prolongeaient pas au delà du rond-point actuel; plus loin, il n’y avait que terrains vagues et même champs de blé.

Dès que les premiers rayonsdu soleil annonçaient le printemps, le jour du repos était employé à des excursions botaniques et entomologiques dans les environs de Paris. Le soir, ni les cafés, ni les maisons de jeu, ni même la fameuse Chaumière, voisine cependant de la rue d’Enfer, ne vit l’un ou l’autre des membres de la trilogie.

Léon Dufour leur avait ménagé la connaissance d’un ami de Meyerbeer, M. Gouin, qui leur envoyait souvent des billets île parterre pour 1 Opéra, dont ils profitaient quelquefois avec bonheur, mais que, fréquemment aussi, absorbés par le travail, ils octroyaient à des camarades moins assidus.

Le professeur Duvernoy donnait régulièrement ce que l’on appelait à cette époque des soirées à thé, auxquelles les trois étudiants manquaient rarement. Ils y firent des relations scientifiijues précieuses, qui entretenaient en eux le goût de l’étude et leur donnaient une saine émulation.

Laboulbene sui tout, que Leon Dufour avait présenté à ses nombreux amis du Muséum et des Sociétés savantes, profita, plus(|ue ses camarades, de cet excellent milieu universitaire; car, guidé par ses aptitudes spéciales, il continuait plus que jamais, outre ses études médicales, ses recherches entomologiques.

C’est chez le professeur Duvernoy qu’il se lia d’amitié avec les bail maire, les Guérin-Méneville, puis avec Milne-Edwards et

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