MÉRY
Cette comédie, dit Bocage, est la peinture fidèle des mœurs françaises en 1846.
Méry à Aiitran.
Mon cher Autran,
Je comptais partir le 30, ma place était arrêtée. Un événement d'hier me retardera quelques jours encore. Je suis obligé de terminer une comédie que je donne à rOdéon le 2 décembre'. Je lis aux acteurs, et puis je passe. Bocage mettra en scène. Il vient de perdre un étrange procès avec mademoiselle Araldi. D'après un
i. Le Paquebot.
contrat passé Tan dernier, il s'était engagé il jouer Agnès le l^"" décembre 1847 *. Le procès suspend tout cela, et il faut que je termine ma comédie pour un cas de besoin forcé. A Marseille j'achèverai tranquillement ce qui me reste pour répondre à mes obligations-. Bocage a, dans quelques journaux et dans quelques auteurs, des ennemis hydrophobes, et qui veulent le ruiner à tout prix. Lui ne fait aucune concession, et il ne donnerait pas cent sols pour un article, et ne ferait jouer ou reprendre une pièce qui ne lui convient pas. Entre autres choses, il a entre les mains deux tragédies de M. Latour de Saint- Ybart depuis un an. Je ne vous cite que ce fait. Or, M. Latour rédige avec Lafont, autre auteur, le feuilleton du Courrier français, et là ils tirent sur l'Odéon. — Quel monde que ce monde dramatique!
Maintenant je suis lancé, et en avant! Bocage me promet un nombre raisonnable d'ennemis, ce qui m'est bien égal. A ma première représentation, on a attendu un hémistiche accrochablc, et il n'est pas venu. Le public payant a été admirable pour moi, et il l'est tous les soirs, après vingt représentations. Mon éditeur Uoux me paye bien ^, mais il me donne la fièvre d'attente. Hier seulement j'ai pu lui arracher scpf exemplaires, rien que sept, que j'ai envoyés à Provini *^. Dès (jue j'en aurai, j'en enverrai à mes amis et à ma famille. Recommandez bien à Provini de soigner les répétitions; et vous seriez bien aimable si vous donniez un coup d'œil de ce côté. Le président Luce, qui a assisté à la première et à la seconde