DE LA CANDIDATURE ACADÉMIQUE A LA RÉCEPTION
Sentiments de la Compagnie. — Le fauteuil de Scribe. — Le fauteuil de Vigny. — Veine tragi-comique d'Autran. — Le fauteuil de Ponsard. — La réception. — Deuils de famille.
L'Académie française, en couronnant encore une fois Autran pour sa Vie rurale (prix partagé avec M. Rigault pour son étude sur le Génie comparé des anciens et des modernes^), avait affirmé ses sen-, timents pour le poète. Il est vrai que ces prix allaient! surtout à la moralité des œuvres. Cet élément, bieiij que non purement artistique, avait peut-être fait 1(| meilleur du succès d'Autran dans le Midi : on aimail* à lire un écrivain distingué, à coup sûr, mais auss
I. Académie française. Rapport de 1857. Voir la lettre dj Mignet à Autran, du 3 mars 1857, aux pièces juslificatives.
dont les livres pouvaient traîner parmi les broderies des jeunes filles *. Autran, redisons-le, a une chasteté naturelle. N'est-ce pas lui qui devait écrire de Lamartine, son idole de toujours :
(( Le tort de notre prophète à nous, a été de les noyer (ces cris de l'ame) dans une profusion de pensées et d'images d'un ordre plus terrestre ^ »
Déjà en 1858 son frère, et non pas aîné, en poésie, Laprade, était des Quarante, et semblait lui tendre la main pour une prompte ascension après lui. En 1861, le fauteuil vingt-sept ans occupé par Eugène Scribe devint vacant ^ Autran crut que sa pièce de rOdéon valait, au moins littérairement, l'œuvre du fécond amuseur*. Le vieux Guizot l'avait encouragé. Il se présenta. Il était nommé sans la mort subite de l'académicien Biot, deux jours avant le scrutin ^ Même alors sa situation était telle, que Reboul espérait pour lui ^ Autran avait Camille
1. « On vous savait gré de ce que vous pouviez être lu en famille. » (Cuvillier-Fleurv.)