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Joseph, Carle et Horace Vernet

En vous dédiant cette histoire, je ne fais que vous rendre votre bien : les feuillets dont elle se compose n'ont-ils pas été détachés du Livre d'or de votre famille?

Je compte sur l'intérêt qui s'attache aux hommes dont j'ai essayé de retracer la vie, pour faire oublier au lecteur ma propre insuffisance; mais, quel que soit le sort réservé à ce travail, je ne le regarderai pas comme inutile, s'il peut être pour vous une preuve de ma très-cordiale et très-profonde affection,

Amédée DURANDE.

Mont-Bauron , 1^ juillet 1863.

AVANT-PROPOS

A une époque où l'on a fait d'une idée, d'une phrase, d'un mot, une propriété que l'on peut revendiquer, même judiciairement, il faut agir avec une grande circonspection, sous peine de s'entendre accuser de plagiat.

Commençons donc par déclarer que nous n'avons pas inventé les faits relatés dans ce volume. Cette histoire est de l'histoire, et les matériaux qui la composent ont été pris partout où ils se trouvaient.

Outre les documents inédits que nous avons eus à. notre disposition, nous avons dû consulter tout ce qui avait été déjà écrit sur les Vernet. Nous avons extrait des travaux de nos prédécesseurs ce qui nous a paru tombé dans le domaine public, c'est-à-dire les actes; quant à nos jugements, nous nous sommes efforcé de ne les emprunter à pérsonne.

Afin d'épargner au lecteur l'ennui d'abaisser les yeux, à chaque ligne, jusqu'au bas de la page, indiquons ici les sources principales auxquelles nous avons puisé.

11 y a quelques années, M. Léon Lagrange a eu la bonne fortune archéologique de découvrir, à Avignon, une sorte

AVA NT-P ROPOS.

A' agenda sur lequel Joseph Vernet inscrivait, jour par jour, les moindres événements de sa vie : commandes de tableaux, payements de fournisseurs, jmenus frais quotidiens, etc.. Ces notes sont une vraie mine de renseignements précieux pour l'histoire de l'art au xvme siècle. M. Lagrange a accompagné le texte des manuscrits qu'il a publiés d'un savant commentaire 1 pour lequel il n'a négligé aucun détail; les plus insignifiants en apparence lui ont semblé bons à prendre, et il a eu raison; mais il s'ensuit que son travail est forcément un travail de très-longue haleine ; il s'adresse aux curieux de la science, à ceux qui veulent tout regarder au microscope et qui pensent qu'en fait d'histoire un ciron vaut parfois un éléphant. Ces gens-là n'ont peut-être pas tort; mais ils sont peu nombreux, et composent un public spécial. Nos visées sont plus modestes et plus hautes en même temps : nous n'avons pas dédaigné, comme devait le faire M. Lagrange, les historiettes, les anecdotes racontées par les contemporains; en revanche, nous avons laissé de côté les détails trop minutieux qui eussent fatigué la patience de la plupart des lecteurs. Notre but n'est donc pas le même, - et nos doubles recherches sur le même point ne feront pas double emploi. C'était, du reste, le parti le plus prudent à prendre; car le travail de M. Lagrange est trop bien fait, pour qu'on puisse avoir la prétention de le refaire.

Des critiques, examinant les livres de comptes de Joseph Vernet, ont trouvé cette préoccupation quotidienne du doit et avoir beaucoup plus digne d'un commerçant ou d'une ménagère que d'un artiste 2. On a dit avec un certain dé-

1. Joseph Vernet et la peinture au xvine siècle, 1 vol. de 500 p. in -8°. Paris, Didier, 1864.

2. Il faudrait, pour être logique, adresser le même reproche à Michel-

AVANT-PROPOS

dain que Vernet était « bon mari, bon père de famille, bon citoyen, » en somme un vrai bourgeois, dans le sens peu flatteur qu'on a donné à ce mot, ou mieux un Philistin,, suivant l'expression des étudiants allemands.

Mais, grâce à Dieu, le temps est passé où l'on croyait que le désordre et le génie avaient fait une indissoluble alliance, et nous ne demandons plus à un écrivain ou à un peintreJes vices que nous reprocherions à un autre homme. D'ailleurs, s'il reste encore de ces fantaisistes à outrance qui font de la prodigalité une vertu nécessaire aux artistes, ajoutons, pour les contenter, que le soin avec lequel Joseph Vernet notait seS dépenses ne l'empêchait pas de mal équilibrer son budget. Vers la fin de sa carrière, malgré les sommes fabuleuses qu'il avait gagnées, il se trouva plus d'une fois dans la gène, et, ainsi que le faisait observer M. Henri Lavoix1, il aurait pu emprunter à son contemporain le chevalier de Langeac cette profession de foi naïve : « Je suis ruiné; mais, si j'ai mangé mon bien, j'ai tenu un compte exact de toutes mes dépenses, et je puis dire, sou par sou , par où a passé ma fortune. » '

A côté du travail de M. Lagrange, il faut placer les trois études publiées par M. Charles Blanc sur Joseph, Carie et Horace Vernet; on y retrouve les qualités qui distinguent le savant éditeur de la Vie des Peintres. Nous avons cependant une petite querelle à faire à M. Charles Blanc; tout en rendant justice d'autre part à un très-bon article publié dans la Revue contemporaine 2, il blâme l'auteur, M. Oli-

Ange , dont les Ricordi contiennent beaucoup de détails aussi infimes. ( Voyez sur ce sujet un très-intéressant article de M. Charles Clément, dans • le Journal des Débats du 27 mars 1864 ).

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