‹ Joseph de Longueil, sa vie, son œuvreChapitre 1 sur 172 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

oseph de LoxGuEir, graveur, s’est «acquis une réputation incon- «testée à une époque où tous «les graveurs avaient du ta- «lent. Il semble, en parcourant « les collections des charmantes

«vignettes du xvin* siècle, que les artistes de «celle époque produisaient des chefs-d’œuvre « sans peine et sans travail.

« Il ne faut pas croire à cette apparente faci- «lité, les artistes de ce temps travaillaient beau- « coup. Après de longues études et une pratique

Notice biographique

LS

«soutenue de l'art, après des travaux exécutés « sous les veux du maître et signés par lui, ils « offraient timidement au public leurs premiers «ouvrages signés de leurs noms; le temps passé « à l’atelier était plus considérable alors qu'il ne « l’est de nos jours, où les artistes nos contem- « porains passent moins d'heures à l’établi *. »

Nous nous efforcerons de suivre pas à pas J. de EoneuriL dans sa carrière si glorieusement parcourue. Peu de documents contemporains nous sont parvenus sur l'artiste, mais les relations de famille et de vive amitié qui nous unissent à ses descendants, et qui nous ont conduii à réunir l’œuvre gravé que nous allons décrire, nous ont amené à connaitre des documents authentiques qui nous permettent de réfuter les erreurs commises par les biographes sur ce graveur de haut talent et de repousser les lésendes accréditées sur sa mémoire.

Les uns font naître J. de Loxçueis à Lille, en 1736, et d’autres à Liège, en 1732; mais aucune de ces deux villes ni de ces deux années ne virent la naissance de l'artiste, ainsi que le prouve l’acte authentique suivant, relevé par nous sur les registres de l’état civil de la ville de Givet, département des Ardennes.

1 Notes intimes sur Joseph de LonGueir, recueillies par son petit-fils Honoré de LoNGuEIL.

Notice biographique à

Paroisse SAINT-Hizare « Josephus filius Josephi de Longueil et Bapt. de J. de Longueil « Joannæ Coilin conjugum, baptizatus est 16 Novembre 1730. « decima sexta Novembris 1130, susceptores

« fuere Josephus Joneaux, et Anna Derville.»

Portant le même nom qu’une noble famille dont quelques membres occupèrent les plus hautes charges de l’État, du clergé et de la magistrature, Joseph de Longueil’ montra qu'il avait tous les sentiments d’un gentilhomme, et se fit dans les arts une réputation qui donna un nouveau genre de célébrité à son nom déjà illustre. On dit que le hasard seul détermina sa vocation. Dès son enfance, 1l manifesta les plus heureuses dispositions pour le dessin. Remarqué un jour par un grand seigneur pendant qu'il s’amusait à buriner avec un couteau sur un plat d’étain, de Longueil fut recommandé et présenté au prince-évêque de Liège, qui l’attacha à sa personne et lui fit donner dans sa ville épiscopale les premières leçons de cet art dont 1l devait plus tard devenir un des maitres.

Son passage dans les ateliers des graveurs de cette époque à Lille en Flandre est-il aussi certain que certains biographes lillois ont donné à croire? Nous hésitons à nous prononcer à cet égard; mais tout au moins il n’étudia pas longtemps à Liège ni à Lille, car, à l’âge de quinze ans, nous le voyons arriver à Paris et entrer

Ô Notice biographique

dans le célèbre atelier de Lesas, où il se rencontrait avec les Lewis, les Née, les MasqueLiER, les Crorrarn et cette pléiade d'artistes qui ont laissé tant de petits chefs-d’œuvre si recherchés aujourd'hui! Dans combien de planches sorüies de cet atelier pourrions-nous retrouver les traces du burin de notre graveur? Il est impossible de le savoir, aucun renseignement ne nous est parvenu sur cette époque de sa vie.

Il travailla ensuite dans l'atelier d’Arramer, graveur du Roi, et y noua des relations solides qui plus tard le conduisirent à épouser la fille d’un des amis assidus de la maison. Puis de LoxGuei devint l’élève de Jean-Georges Wizre, et, là aussi, 1l sut par son talent facile et peutêtre plus encore par son caractère aimable qui cadrait si bien avec la bonhomie toute paternelle de son maitre, acquérir une affection dont il reçut des preuves constantes.

Nous sommes alors en 1750, si nous nous en rapportons aux notes laissées par Wille ‘ dans son journal si intéressant pour qui veut étudier la vie artistique du xvm siècle. Le 18 juillet 1792, 1] écrivait : « Ce jour M. de Loxcuez, graveur prin- «eipalement pour la vignette, fut enterré. Il avait «été mon élèveil ya quarante-deux ans environ. »

1 Journal et Mémoires de J. G. Wille publiés par Georges Duplessis. Paris, Renouard, 18517. 2? vol. in-8.

Notice biographique 7

De LoxGueiz resta plusieurs années sous ce toit hospitalier, et là se developpèrent les heureuses dispositions dont la nature l'avait doué ; puis, afin de satisfaire sa passion dominante pour les arts, et compléter ses études, il quitta la France et parcourut tour à tour l'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas. Partout il reçut un accueil excellent dû autant à ses qualités personnelles qu'aux recommandations d'illustres protecteurs; partout il se créa des relations sérieuses dont nous verrons plus tard les preuves dans les brevets de membre de plusieurs académies étrangères.

C'est sans doute à cause de ce long séjour hors de France et aussi à ces temps d'étude et d'apprentissage prolongés que nous voyons si tard paraitre, revêtues de sa signature, les productions de ce burin fécond qui devait laisser près de 00 pièces authentiquement reconnues!

C'est en 1761 que de LoxGurL signa pour la première fois ses œuvres de son nom. Mais il n'était alors réservé qu’à quelques amis intimes de venir à l'atelier juger ces planches encore chaudes du travail du burin. Ce n’est que l’année suivante, en 1762, dans la publication de l’Ovine donnée par le célèbre éditeur Barbou et dans l’admirable édition des Contes et Nouvelles de M. de Lafontaine, donnée par les fermiers gé-

us Notice biographique

néraux, que l’arliste affronta l'appréciation et la critique du publie. Le début fut un triomphe et de LonGveiz, dès le premier Jour, conquit un rang dont il ne devait pas déchoir.

Résisterons-nous au plaisir presque voluptueux de feuilleter ce livre pour en citer les beautés si multiples ?

Ici nous trouvons Cuorrarp et ses enguirlandements pleins d’attraits. Là nous rencontrons Eisex, toujours inspiré par le charme exquis du conteur, rendre avec un rare talent les situations les plus épineuses et diriger, avec son goût toujours si pur et si délicat, les çollaborateurs les plus célèbres : les Arramer, les Baquoy, les Leume, les de Loneueir !

Notre artiste prit la plus large part à lillustraion de cet ouvrage, et sur les 80 figures de l'édition, 21 sortirent de ses mains, toutes traitées avec une égale justesse, toutes également parachevées dans les moindres détails ! Ouvrons, et nous voilà dès l'abord au miliéu des intérieurs les plus séduisants et des hôtelleries les plus coquettes. On court de Joconde au Petit chien qui secoue les pierreries, de la Courtisane amoureuse à Féronde; on estime Le Roi Candaule, La Chose impossible; on apprécie Le Contrat et on revient au Berceau! Partout on est charmé, partout on admire; on tend Îa

Notice biographique 9

palme à l’auteur, au dessinateur, au graveur, et, dans l'embarras de décider le plus méritant, on ferme le livre et on s'endort doucement en révant des trois génies qui ont élevé ce monument littéraire et artistique! Mais, à côté de ces admirables illustrations, il ne faut pas oublier les deux figures de l'Ovide, qui étaient dignes en tous points de leurs sœurs.

L'artiste avait alors trente et un ans et n’était certainement pas à ses débuts de production artistique. On pourrait sans doute lui attribuer nombre d'illustrations pour lesquelles les artistes de cette époque ont voulu garder une paternité anonyme ; mais n’essayons pas de soulever le voile de l’incognito et n’entrons pas dans Îa voie si dangereuse des attributions. D'ailleurs l'œuvre signé est assez considérable tel que nous le connaissons, pour nous permettre de juger sürement les diverses formes du talent de notre charmant artiste.

Ces premières productions, qui éclatèrent ensemble comme un ballon lumineux, établirent aussitôt la renommée du graveur inconnu la veille, et d'ailleurs, il faut bien l'avouer, jamais l'artiste ne fut mieux inspiré. L'éditeur Barbou enchanté lui confia depuis l’exécution de plusieurs autres frontispices, dont quelques-uns marchèrent hardiment sur les traces de leurs”

10 Notice biographique

ainés. Quant à Eisex, nous le verrons devenir l’inséparable de notre artiste. D'un autre côté, son maitre Wire, la même année 1762, lui demanda d'interpréter deux de ses dessins. A la date du 30 janvier, Wie avait choisi chez M. Giraud, banquier, quatre petits tableaux, marines de Merray, pour les faire reproduire par le burin ; le jour même 1l en confiait deux à M. ZixGc, artiste suisse, au prix de mille livres, et le lendemain il écrivait: « J’ai fait marché « pour les deux autres tableaux marines ci-des- « sus nommés avec M. de Lonaveiz qui doit les « graver pour moi de même grandeur que « celles que fera M. Zixcc. M. de LoxGueiz, qui « a été mon élève, me fait ces deux tableaux c pour mille livres. »

Les travaux commencés aussitôt et menés d’abord très rapidement, puisque les eaux-fortes étaient présentées quelques mois après, le 26 mai, à la retouche du maitre, furent conduits ensuite bien lentement, et les planches ne furent livrées qu'en 1766 ! Ce long intervalle est facile à comprendre. La recommandation donnée par Wie, très lié avec toutes les sommités artistiques de son temps, portait ses fruits. Les travaux devinrent plus nombreux chaque jour.

L'artiste était déjà célèbre et son nom retentissait au loin parmi les plus illustres.

ES

Notice biographique 11

À peine fondée (1766), l’Académie impériale et royale de Vienne en Autriche, dont Schmutzer, ancien élève de Jean-Georges Wiize, était président, appelait J. de Loxaueiz dans son sein avec plusieurs autres artistes français : N. Cocnn, Friparr, PréÉvosr, ete. Le 29 janvier 1768, ces graveurs furent nommés membres de cette société artistique étrangère. Mais, guidé par un délicat patriotisme, notre artiste ne voulut pas s’en prévaloir avant d’avoir reçu une marque de distinction dans son propre pays, et ce n’est qu'environ dix ans après, quand de Loxeuriz fut nommé graveur du Roi, que nous le verrons prendre le titre de membre de l’Académie de Vienne.

Les commandes, dès ce moment, se succédèrent avec rapidité, et la prodigieuse facilité de son burin fut mise à contribution par les dessinateurs les plus en réputation de cette époque. Morrau le jeune, CocxiN, (GRAVELOT, Mariciier, LE BARBIER, Quéverno, pour n’en citer que quelques-uns, lui demandèrent d'interpréter leurs œuvres. Que d'illustrations ravissantes, que de pages délicieuses sont sorties de ces collaborations! L'’exactitude scrupuleuse que notre artiste metlait à reproduire tous les caraclères des dessins qui lui étaient confiés était devenue proverbiale; le premier aussi, 1l ter-

à | Notice biographique

mina la vignette avec un fini précieux et délicat qu'on n'était pas habitué à voir jusque-là dans ce genre de travail. Par la belle ordonnance des tailles qui donnait un velouté et un charme particuliers aux planches sorties de ses mains (et c’est là un caractère spécial de son talent), il ouvrit à l’art de la. vignette une route nouvelle que ses contemporains ont tous suivie, sans jamais atteindre cependant l’élévation où il s’était placé. Mais une conformité de talent et d'éducation artistique attirait particulièrementJ. de Loxeuer vers Charles Eisen, incarnation brillante de ce xvin° siècle élégant, raffiné, voluptueux! Que de fois rencontrons-nous ces deux noms rassemblés au pied de compositions toujours charmantes, toujours gracieuses, souvent légères aussi! Faut-il nommer ces œuvres de Dorar, de Pezay, de Bacurarp d’ArNauD, ces Métamorphoses d'Ovide, traduites par l’abbé Ba- NiER? Et ces mille autres petits ouvrages tant en prose qu’en vers dont les titres aussi bien que les noms des auteurs seraient à Jamais tombés dans un trop légitime oubli, si les illustrations remarquables ne les avaient protégés ? j

Bel homme, gros, gras, de bon cœur et très honnête en compagnie, dit Wii, J. de LoxGuEi était reçu chez les grands seigneurs qui l’accueillaient comme gentilhomme et était lié intime-

Notice biographique 15

ment avec toutes les célébrités littéraires et artistiques de cette époque éblouissante. Tantôt c’est Quéverpo qui lui demande d’être le parrain de sa fille Étienne-Aurélie ‘, tantôt c’est Wizce, qui lui porte une affection paternelle dont on retrouve les traces dans les pages de son intéressant journal. Nous y voyons le bonhomme à tout instant inviter son ancien élève à partager sa table dans cette maison du quai des Augustins, « ce collège de la gravure », selon l’heureuse expression de MM. de Goncourt, dont il avait fait un centre artistique où se coudoyaient les plus célèbres amateurs de la France et de l'étranger, ou le convier à ces Joyeuses parties dans les cabarets fleuris des Prés-Saint-Gervais, de Gentilly et de Charenton, à ces excursions rapides aux environs de Paris, vers Longjumeau et Marcoussis, toujours pour étudier, mais là pour étudier les grands spectacles de la nature! Oh! qu’elles étaient joyeuses ces envolées d'artistes courant aux campagnes fleuries du printemps ou aux merveilleux horizons que la nature sur son déclin étale aux derniers mois de l’année! Quel entrain, quelle débauche d'esprit dans ces voyages en poste, dont l’étude

1 État civil des artistes de la ville de Paris reconstitué sur les papiers échappés à l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris. Herluison, Orléans, 1871,-in-8.

14 Notice biographique

était le but, et le plaisir le prétexte! Avec quel bonheur on partait! Avec quelle jouissance on regagnait promptement la capitale où la bonne madame Wire, partageant l'affection de son mari pour son ancien élève, accueillait de Lox- GuEIL comme son fils! Celui-ci, comme tous les cœurs bien nés, répondait avec empressement à l'amitié et à l’honorable sollicitude dont 1l était l’objet: au début de cette carrière artistique qu'il parcourut avec tant de gloire, il dédiait ses deux premières estampes au ménage aimable qui le recevait si paternellement, et il eût pu écrire dans ses dédicaces : Hommage à l’amitié ! Mais cette forme délicate ne convenait pas à la reconnaissance respectueuse de l’ancien élève; de Lonaveiz voulait que le public et les artistes connussent les sentiments qui le rattachaient au professeur et au directeur de ses jeunes années. La première estampe : Vaufrage près de Naples, 11 l'offre à J.-G. Wie, graveur du Roi, des Académies royales de Paris et de Rouen et de l’Académie électorale de Dresde, et il la signe par son élève el très humble serviteur de Longueil, dédicace dont il fut remercié par le don de trois cents livres que le maître ajouta au prix fixé d’abord.

La seconde, le plus gracieux et le mieux exécuté de ces deux pendants, par une déli-

Notice biographique 15

catesse raffinée, 11 l'offre à la compagne de ce ménage patriarcal.

La vue des environs de Naples est dédiée à madame M. L. de Forge, femme de M. Wille, graveur du roi, et celle-ci, touchée de l'affection reconnaissanté de son ami, le remerciait à son tour par le don d’un galant nœud d'épée brodé en argent et d’une paire de manchettes en point d'Angleterre. Qu'ils sont heureux les maitres qui inspirent de telles délicatesses ! Qu'ils sont louables aussi les élèves qui savent se souvenir avec Joie et sans envie !

D'un caractère noble, généreux, dévoué, mais aussi d’une humeur chatouilleuse et bouillante, J. de LonaurIz se jeta, par suite de sa trop grande générosité, dans des aventures qui tout en restant à son honneur furent pour lui la cause de sérieux désagréments. Wille paraît avoir connu plusieurs faits de cette nature dont il parle trop succinctement pour qu’on puisse y attacher quelque importance. Mais il est impossible de ne pas relever une anecdote dont le maître parle ouvertement et dont de LoxGueiz a laissé lui-même la mention au dos d’une de ses vignettes. Nous voyons en effet au dos de l'en-tête tiré à part des fables de Dorar : Le chemin perdu et retrouvé (en-tête portant une modification dans la coiffure de la femme

16" Notice biographique

et que nous n'avons vu ainsi que dans le magnifique exemplaire de M. Eug. Paillet qui a bien voulu nous communiquer cette curiosité bibliographique) ces mots tracés au crayon rouge : fait dans la prison du Chätelet 1773 le jour des roy. Par quelles circonstances notre graveur avait-il été amené à être nourri aux dépens de Sa Majesté en sa maison du Châtelet ? Les chroniques du temps nous l'ont appris déjà ; mais elles diffèrent sur les détails de l'aventure et nous pensons qu'il faut laisser aux documents officiels que nous avons trouvés aux archives du royaume (section judiciaire) le soin de rétablir la vérité des faits.

Nous ferons remarquer cependant que le procès-verbal ne rapporte pas l’événement à la date indiquée par la mention citée plus haut, ni à celle donnée par le journal de Wille qui l’indique comme étant arrivé le 2 ou 3 janvier.

« Procès-verbal au sujet de la mort d'Antoine « Bacquelin, tué d’un coup d'épée.

« Monsieur le procureur du Roy. L'an mil sept cent soixante treize, jeudi 7 janvier, neuf heures du soir, nous Pierre Charles «Duruisseau, conseiller du Roy, commissaire enqueteur examinateur au Chatelet de Paris «nous sommes transportés dans un cabaret

m CN

Notice biographique #0

servant de cave au sieur Dupont marchand de vins el tenu par Quinton, garçon mar- Chand de vins où étant, est comparu par devant nous dame Madeleine Geneviève Camber épouse de M° Alexandre Londrie Dupare avocat au parlementdemeurant à Paris, rue de Bièvre, paroisse Saint-Étienne du Mont, laquelle nous a dit qu’étant dans sa voiture, conduite par le nommé Antoine Bacquelin son cocher et passant, heure présente, rue Saint-Severin avec la dame et demoiselle Calbe quil’accompagnaient, il s’est trouvé dans la rue un embarras causé par deux fiacres dont le carosse de la comparante en suivoit un, et l’autre étoit arrêté; que le cocher de la comparante à crié gare mais qu'un particulier qui passait a tiré l’épée et en a donné un coup dans le cœur dudit Bacquelin qui est tombé de son siège; que la comparante n'a eu que le temps de le faire relever et transporter dans le cabaret où nous sommes pour lui faire donner des secours s’il étoit tems; qu’elle a aussi fait arrêter le particulier qu’elle présume avoir donné le coup (et qui étoit avec un autre particulier habillé de noir qui s’est évadé) et nous a fait donner avis pour être ordonné ce qu'il appartiendra et a signé : M. G. Cameer.

« Et aussi a comparu Pierre Joseph Cavalier,

16% Notice biographique

prévost du sieur Portail professeur d'anatomie au collège Royal, et chirurgien aide-maJor des gardes françaises de la compagnie de Noailles, demeurant à Paris, rue de la Ferronerie, paroisse des Saints-Innocents, à l'hôtel de Grammont, lequel nous a dit qu'ayant été appelé pour visiter ledit Bacquelin. 1l a trouvé le coup

: d’épée produit par un carelet vers la partie laté-

ralle externe et se dirigeant du côté gauche de la poitrine vers la jonction du muscle grand danelé et qui paroit dans cette position avoir attaqué quelqu’une des parties du cœur et que ledit Bacquelin étoit mort lorsque le comparant a été appellé ;et a signé. Cavauté, chirurgien.

« Nous avons ensuitte fait comparoitre par devant Nous ledit particulier arrêté, et avons procédé à son interrogatoire de la manière et ainsi qu'il suit: premièrement, enquis de ses nom, prénom, âge, qualité et demeure, a dit, après serment par lui fait de répondre vérité sur chacun des faits sur lesquels nous l’interrogeons, qu'il se nomme Joseph de Longueil,

agé de quarante trois ans, graveur en taille douce, demeurant à Paris, rue du Plâätre Saint-

Jacques, paroisse Saint-Severin.

« Enquis s’il ne passoit pas dans la rue Saint- Severin dans le moment que le cocher, dont

Notice biographique 16*

le corps est présent, a crié garre, et s’il n’a pas apprehendé qu'il le blessät; « A dit que le fait est vray et qu'il avoit si sujet « d’apprehender d’être blessé qu'il en est tombé «sur le côté droit dont son habit est crotté ainsi « qu'il nous le fait voir.

« Enquis si ce n’est pas luy qui d’un coup « d'épée qu’il a donné dans le cœur dudit cocher «luy a fait une blessure qui l’a renversé de son « siège, dont 1l est mort;

« À dit qu'il n’a point tiré l'épée; que s’il avoit « eu à corriger un cocher insolent et maladroit, 1l « ne se seroit point servi d’autres armes que du « bâton qu’il portait à la main; que le fait est si « vray que lorsqu'il à été arrêté, son épée étoit «encore à son côlé dans le fourreau et qu’elle « n’étoit pas teinte de sang.

« Enquis s’il a vu donner le coup d’épée dont « ledit Bacquelin cocher est mort, a dit que non. « Enquis s’il n’est pas vray qu’il s’est mis en devoir de sucer la plaie dudit Bacquelin pour le guérir ; « À dit que le fait est vi ay, mais qu'il ne l’a fait que par un principe d'humanité.

« Enquis s’il connoissoit le particulier habillé de noir qui avait été arrêté en même temps que lui, et qui s’est évadé, a dit qu'il ne le connoissoit en aucune manière.

mn #

Page 1