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16° Notice biographique
« Enquis s’il n’a Jamais été en prison ni repris de justice; a dit que non.
« Lecture faite au dit Longueil du présent interrogatoire et de ses réponses;
« À dit ses dittes réponses contenir vérité, a
persisté et a signé: De LoxcueL; Duruisseau. :
« Ce fait, nous avons laissé le cadavre dudit Bacquelin en la charge de Charles Langlois, sergent de la garde de Paris, de poste au marché-neuf pour le faire porter à la basse porte du Chatelet, vêtu de sa redingote seulément, ses autres effets ayant été remis au domestique de la ditte dame Dupare; à l’égard dudit sieur De Longueil nous l'avons laissé entre les mains dudit Langlois pour le remettre au premier
officier du guet, sur ce requis, être conduit
et écroué ès prisons du grand Chatelel, en la requête de Monsieur le procureur du Roy, pour être à droit. Nous luy avons aussi fait remettre la canne et l’épée dudit sieur De Longueil pour être, par ledit officier du guet, déposées au greffe pour servir à l’instruction du procès, ce que de raison; dont
du tout nous avons fait et dressé le présent
procès verbal pour servir et valoir ce que de raison, et a, ledit Langlois, signé avec nous. (Signé) LanGrois, Duruisseau. »
Notice biographique 17
Ce procès-verbal est accompagné des deux lettres suivantes relatives à cette même arres- {ation :
« À M. Le Commissaire DURUISSEAU.
Ce 9 janvier 1773.
« J'ai vu Monsieur le procès verbal du 7 de ce « mois deposé aujourd’hui au greffe au sujet de « M. Antoine Bacquelin cocher de M. Duparc «avocat qui a été tué sur son siège d’un coup « d'épée, dont le nommé Joseph de Longueil « graveur, est soupçonné d’être l’auteur. Vous « prendrez la peine d’en informer aux requestes « de l’ordonnance de Monsieur le lieutenant eri- «minel. Vous entendrez la déposition de la dame « Duparc, la dame et la demoiselle de Calvé, le «nommé Quinton, garçon marchand de vins, le «sieur Cavalier, chirurgien, les habitans de la rue « Saint-Séverin el les autres témoins qui vous se- « ront indiqués pour avoir connaissance de cette «affaire dans laquelle je vous demande la dili- «gence et l'attention qui vous sont ordinaires.
(Signé) MerEaAU. »
À Paris ce 20 janvier 1773.
«J'aireçu la lettre que vous avez pris, Monsieur, la peine de m'écrire par laquelle vous m’informés du meurtre commis en la personne du nommé Bacquelin cocher du sieur Dupare avocat au parlement, ce cocher étant sur son siège et conduisant madame Duparc; que madame Duparc avoit fait arrêter deux particuliers qu’elle soupçonnoit de cet assassinat, l’un habillé de noir qui s’est évadé et l’autre nommé Delongueil- graveur en taille douce qui a déclaré n’avoir aucune part à cette mort et que vous avés cependant envoyé en prison attendu quelques circonstances qui paroissent le charger. Je vous prie de recevoir mes remerciements de l'attention que vous avés de m'en instruire ainsi que de la mort de la nommée Volée âgée de 76 ans qui a été trouvée dans sa chambre étouffée par la fumée et le feu qui a pris à ses vêlements.
«Je suis avec considération Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur.
(Signé) DE Lauxary.
« À M. le commissaire DuRUISSEAU. »
Notice biographique 18”
Ajoutons enfin comme pièces décisives les mentions suivantes portées sur un des registres d’écrou de la prison du Grand-Châtelet de Paris conservés aux archives de la préfecture de police.
7 janvier 1773. « Joseph LoNGuEIL amené et écroué par moy
Aliby au 9 jauvier. « sergent susdit en vertu de l'ordonnance du
« sieur Duruisseau, commissaire de police pour « y rester comme dessus. »
Au-dessous de cette note nous trouvons 1mmédiatement à la même date et la complétant la mention du dépôt au greffe de la basse geole du Châtelet du corps d'Antoine Bacquelin, cocher de l'avocat Duparc qui paraît assez peu s’être soucié de son malheureux serviteur.
En présence de ces documents il est inutile d'insister. L'artiste était innocent. Il fut arrêté par erreur, pendant que l’homme habillé de notr, l’auteur du meurtre, parvenait à s'échapper.
La détention fut longue cependant, malgré l'aliby établi dès le 9 janvier (deux jours après l'arrestation), ainsi qu’il résulte de la mention portée en marge du registre.
L'affaire suivit sa marche ordinaire avec une lenteur malheureusement ordinaire aussi! On reconnut enfin, au bout d’un mois, que l'arüste n’était réellement coupable que de s'être trouvé par un hasard malheureux sur le lieu
19 Notice biographique
de ce déplorable accident au moment même où il arrivait ! D'ailleurs ses amis sollicitèrent avec ardeur pour la mise en hberté, et nous voyons le bonhomme Wille s’employer activement pour son très brillant élève.
À la date du 15 janvier il écrivait : « J’al- «lais voir monseigneur l’évêque du Mans !, « pour lui demander sa protection en faveur de «M. de Loxevez, détenu au grand Châtelet il «me reçut le plus favorablement du monde, «me promit de grand cœur de s’y employer «avec toute la chaleur dont il serait capable «et je restai près de deux heures avec cet «aimable prélat, qui aime singulièrement les « artistes. »
Aliamet, Lebas *, Guérin, Quéverdo, Cochin, Bisen, les maitres, les amis, les collaborateurs, les élèves, joignirent leurs instances pour enlever à la justice leur trop fougueux et très sympathique ami, et le Châtelet ouvrit enfin ses portes devant l'artiste, reconnu innocent.
1 Louis-André de Grimaldi, né au château de Cagnes près Nice, diocèse de Vence, le 17 décembre 1736, abbé de Chaude-Fontaine, grand vicaire de Rouen, nommé évêque du Mans en avril 1767, sacré le 5 juillet, . transféré à l’évêché-pairie de Noyon le 17 décembre 1777, abbé de Saint-Jean, diocèse d'Amiens, en 1780, mort en émigration.
2 Cochin, Lebas, Pâris et Wille signèrent comme amis le contrat de mariage de Joseph de Longueil et de Marie-Louise Guérin, passé le 14 novembre 1780 devant M® Boursier et Denis de Villières, notaires à Paris (Études actuelles de M Meunier et Deschars).
Notice biographique 19
Le registre de la prison cité plus haut en porte la mention suivante :
30 janvier 1773. «Joseph de Longueil mis en liberté, en état
« d'ajournement personnel suivant ordonnance « dont extrait signé Cocxin en liasse. »
Le lendemain, l'artiste accourait chez son maitre.
« Le 1° février, écrit Wille, M. de Loxcurir, « mon ancien élève, ayant été relâché la nuit « du dimanche au lundi de la prison, ayant «été accusé d’avoir tué un cocher bourgeois « dans la rue Saint-Séverin, me vint voir, pour «me remercier de quelques démarches que «J'avais faites pour son élargissement; Je lui « prêchai morale à foison. »
Loncvez ne devait pas oublier les hautes protections qui lui avaient été données par plusieurs personnages en celte circonstance, et nous le verrons quelques années plus tard dédier à monseigneur de Grimaldi, évêque de Noyon, sa belle estampe : Le Cabaret flamand d’après Van Ostade, pour le remercier de l’appui que lui avait accordé l’évêque du Mans.
Est-ce au même sentiment de reconnaissance que nous devons attribuer la dédicace faite à monseigneur le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris, de l’estampe : La chasse au faucon et au cormoran ?
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A cette époque l'artiste, dans toute la force de son talent, avait sur l’établi une grande quanlité d'ouvrages commencés, et 1l était déjà en arrangement pour graver cette belle estampe : Le Décintrement du pont de Neuilly, d'après les dessins de M. de Saint-Far, qu’il devait livrer un an plus tard, et qui est la plus grande et peutêtre aussi la plus remarquable de son œuvre.
Cependant les sages et prudents conseils de Wille calmèrent fort peu l’humeur bouillante de son élève si on en croit les récits des biographes, tous d'accord sur le caractère chevaieresque de JF. de LoxGueis. « Un Jour, raconte «M. Arthur Dinaux ‘, qui emprunte son récit « au Dictionnaire universel auquel nous laissons «la responsabilité de cette anecdote singulière « mais assez conforme aux habitudes de l’épo- «que, une personne rencontre pour la pre- « mière fois l’arliste dans un salon, et, croyant «reconnaitre en lui quelqu'un dont elle avait « fort à se plaindre, s'approche, et lui propose « de se rencontrer le lendemain dans le bois de « Boulogne, près du château de Madrid, selon « la mode du temps; l'artiste accepte le rendez-
1 Iconographie Lilloise, par Arthur Dinaux. Valenciennes, 1850, in-8. (Extrait des archives du nord de la France et du midi de la Belgique.) Dictionnaire universel, biographique et historique, Paris, 1830, 10 vol.
in-8. (L'article est dû à la plume de M. Lenoir.) Cette anecdote a été répétée par presque tous les biographes.
Notice biographique 20°
vous, s’y rend, se met en garde et reçoit un « coup d'épée pour un fait qu'il ignorait abso- « lument ; l'adversaire s'aperçoit alors de sa mé- «prise, se précipite sur le blessé, l’embrasse «et s'excuse. Monsieur, lui dit généreusement « de LonGuEIL, vous m'avez pris pour celui qui «vous à offensé, J'ai payé sa delle, pardon- «nez-lui comme je vous pardonne et soyons « amis. »
En effet, ajoute le narrateur, les deux champions se lièrent étroitement et restèrent unis jusqu’à la mort. Cette intimité a-t-elle existé réellement ? on serait bien embarrassé de le dire, mais, comme elle était digne du caractère noble et généreux de notre artiste, on peut le penser sans difficulté.
Ces deux anecdotes, surtout la première, pouvaient certainement nuire beaucoup à l'artiste et briser, au moment d'atteindre le but, une carrière déjà glorieusement parcourue. L'âge de la raison cependant commençait à paraitre et le calme des passions devait bientôt laisser l’artiste se consacrer tout entier à son art qu'il avait porté à la perfection. Enfermé dans son atelier LonGueiz dirige plus activement les élèves qui l'entourent et qui auront plus tard, eux aussi, quelque heure de célébrité : Fessarn, THéRèÈse MARTINET, MADEMOISELLE NicoLET, JEAN
A Notice biographique
Marmieu, JÉRÔME Paris, François-MariE QuévErDo. Nous trouvons leurs noms à tout instant répétés sur les carnets où l'artiste écrivait ses comptes avec une désinvolture très originale.
Parmi ces collaborateurs Quéverpo semble avoir été le préparateur plus actif du maitre. Nous pouvons en effet trouver les traces de son burin dans nombre de ‘planches signées par Loncueiz, entre autres celles du Président de Harlay conduit à la Bastille, de la Mort du jeune d'Ailly, d'Énée enlevant son père Anchise, d’Arqus endormi par Mercure, de la Consultation au temple de Delphes, d'Orphée descendant aux enfers, du Sacrifice de Cérès, d'Alphonse, ete., ete.
Nous voyons alors J. de Loxeven sortir du genre de vignettiste auquel 1l s’était jusqu'ici plus particulièrement attaché et aborder les grandes estampes, dont quelques-unes, très remarquables, ont prouvé que le grand art était également à la portée de son burin.
Nous sommes arrivés, en 1775, à l’époque de la mort de Louis XV. La France saluait alors, pleine d'espoir, un jeune prince dont l'amour pour le peuple, la bonté, la bienfaisance étaient connus de tous, et une jeune reine dont la beauté, la gràce, le charme exquis ajoutaient encore à l'éclat de la couronne. Les poètes, les artistes à l’envi manifestaient sous des formes
Notice biographique 2
plus ou moins ingénieuses l’allégresse qui éclatait dans le pays. Loxevez porta lui aussi au pied du trône l'hommage d’un cœur fidèle et dévoué à ses princes. Pour ce, il fit appel au concours des plus célèbres artistes. Cochin fit le dessin de deux charmantes allégories ; Augustin de Saint-Aubin les traça sur le cuivre ; Choffard, après lui, vint orner l'encadrement des fleurs de lys royales et nicher des colombes amoureuses au milieu des roses et des myrtes. Longueil enfin prit ces ébauches ; creusant, fouillant, semant la lumière, distribuant les ombres, il mit chaque partie en valeur, leur donna la vie et offrit à Leurs Majestés deux pièces absolument parfaites.
Quelques mois après, Louis XVI oubliant le séjour, immérité d’ailleurs, de l'artiste dans sa maison du Châtelet, et ne considérant que son talent incontesté, son mérite et sa probité, lui accorda le plus haut témoignage de sa faveur et de sa protection en lui octroyant, le 16 septembre 1776, le brevet de graveur du Bo.
Brever Dg GRAVEUR « Aujourd’hui, seize septembre mil sept cent pu Ror « soixante-seize, le Roi étant à Versailles, bien in- 16 Septembre 1776. « formé du talent,du mérite et dela probité du sieur
« de LONGUEIL,graveur,a jugé à propos de lui accor- « der un titre qui,en faisant connaître la protection « que Sa Majesté accorde à ceux qui cherchent à « se distinguer dans leur état, puisse en même
= Re TÉL PE om cer SR ELEL
Notice biographique
Ce n'était
BREVET DE GRAVEUR pu Prince pe COoNDÉ 24 Août 1779.
temps l’encourager àacquérir de nouveaux degrés de perfection dans celui de graveur, veut et permet qu'il puisse en prendre la qualité dans tous les actes qu’il passera tant en jugement que dehors, sans que, pour raison de ce, il puisse être troublé ni inquiété pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être;et pour assurance de Sa volonté, Sa Majesté m'a commandé d’expédier au dit sieur de LonGveIz, le présent brevet qu’Elle a signé de Sa main et fait contresigner par moy, Conseiller Secrétaire d'État et de Ses Commandements et Finances.
« Signé : Louis.
« Et plus bas: AMELOT. »
que le premier des titres que l'artiste devait recevoir ; quelques années après, le 24 août 1779, le prince de Conné le nommait son graveur particulier.
« Aujourd’hui, vingt-quatrième jour d'août mil sept cent soixante-dix-neuf, S. A.S. Monseigneur le Prince de Condé étant à Paris, sur les témoignages avantageux qui lui ont été rendus des talentset de la capacité dusieurJosephde Longueil, graveur, natif de Givet en Haynault, et voulant l’attacher à son service, l’a, par ces présentes, nommé son graveur, lui permettant de prendre cette qualité dans tous les actes publics, privés et dans toutes les circonstances qu'il jugera à propos, sans néanmoins, pour ce, prétendre aucuns appointements ou gages, pour la raison de la qualité qu'il lui plaît de lui accorder, et sous la réserve qu’il ne sera employé que toutes les fois et quantes bon semblera à S. A. S.; et pour manifester Sa volonté à son égard, S.A.s. m'a ordonné d’expédier ce présent brevet,qu'’Elle a signé de Sa main, fait et contre-signé et sur icelui apposé le sceau de ses armes par moi Son Conseiller Commissaire et Administrateur Général de Sa maison, Domaines et Finances.
« Signé : Louis-Joseph de BourBoN,.
« par Son Altesse Sérénissime, « MICHEL. »
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« Enregistré au bureau d'administration générale des Maison, Domaines et Finances de S. A.S.
Monseigneur le Prince de Condé, par le soussigné Contrôleur desdits Maison, Domaines et « Finances.