ROBIN DE MAINVILLE
il ne parait pas que ce brevet, accordé par le prince de Coxné, dût beaucoup flatter notre artiste, car nous ne voyons dans son œuvre aucune pièce dédiée au prince en remerciment de l'honneur qu'il en avait reçu; nous ne trouvons pas également une pièce qui ait pu lui attirer cette faveur; d’ailleurs il n’abusa pas du titre que le prince lui permetlait de prendre dans « tous les actes publics et privés,» et nous ne trouvons cette qualité sur aucune planche gravée par lui.
Les académies étrangères voulurent aussi lui décerner leurs brevels; nous avons vu que dès 1768 la Société des graveurs de Vienne, réunie depuis à l’Académie des beaux-arts, l’a vait appelé dans son sein.
A peine fondée (décret souverain du 29 avril 1779), la Société d’'émulation pour les sciences el les beaux-arts de Liège nommait associé honoraire notre graveur, .qu'elle pouvait presque réclamer comme compatriote, étant né à Givet, ville de la province de Haynault, que les traités de Louis XIV avaient réunie à la France.
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Notice biographique
BREVET D'ASSOCIÉ « La Société d'émulation établie à Liège pour les de « sciences et les beaux-arts, sous la protection
la Société d’émulation « de son altesse Celsissime, déclare avoir nommé de Liège. «et reconnu M. de LonGurit, graveur du Roy, et
30 novembre 1780. « de l'Académie de Vienne en Autriche, en qua-
«lité d’associé honoraire, pour jouir, en cette « qualité, des prérogatives attachées à la Société « sous les conditions portées par ses statuts, et « règlements, et sous la promesse de contribuer « de toutes les manières qui seront en son pou- « voir, au bien de cet établissement et à l’ac- « complissement des objets utiles qu’on se pro- « pose et qu'on pourra se proposer dans la « suite.
« Donné en l'assemblée de la Société, le 3) « novembre 1780.
« LE Gay, S'°, perp'. »
Ces deux derniers titres venant de sociétés étrangères flattèrent beaucoup Partiste, qui y voyait en même temps une récompense à son talent et un hommage à son pays, où les arts brillaient alors de tout leur éclat sous limpulsion de la Reine et des grands seigneurs de la monarchie. La reconnaissance, ce noble sentiment, apanage des natures élevées, était innée chez Joseph de Loxauaz. Il travaillait alors à deux grandes estampes : la première, Les Modèles, d’après Lériaé, fut dédiée à Son Excellence M. le baron de Breteuil, ambassadeur de France près l’impératrice-reine de Hongrie, qui n'avait peut-être pas été completement étranger à la distinction dont l’Académie de Vienne avait honoré l'artiste français; la deuxième : Une Halte flamande d’après Isaac
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Notice biographique
Vax Osrape, fut offerte à Son Altesse Celsissime, monseigneur le comte de Haensbroech, princeévêque de Liège, protecteur de la Sociéte d’émulation de cette ville.
Lonaveiz avait acquis enfin cette réputation incontestée, juste prix de l'intelligence, du travail et du talent, quand le mariage vint apporter un changement complet dans son existence, assez accidentée, disent les chroniques. Lié d'amitié avec Louis-Jacques Guérin, procureur en l’élection de Paris, dont il habitait la maison, rue du Plâtre Saint-Séverin, notre artiste vers 1773 quitta cette demeure, pour se fixer rue de Sève, 167, où il devait bientôt se marier et mourir! Dans cette nouvelle demeure habitait entouré d’une nombreuse famille le frère de son ami, avec lequel dans sa jeunesse il avait étudié l’art du dessin dans l'atelier d’Aliamet, graveur du Roy.
Jacques-Denis Guérin était alors maître charpentier, entrepreneur des bâtiments du Roi et de la ville de Paris. De son mariage avec Marie- Jeanne Boisseau, étaient nés cinq enfants, dont l’ainée était une jeune fille belle et gracieuse, si on en juge par le délicieux portrait qu'a laissé d'elle un des plus excellents artistes de l’époque. Malgré la différence de vingt-neuf années qui la séparait de notre graveur, elle agréa la demande qu'il lui fit de sa main.
Notice biographique
Acte DE MARIAGE de Joseph de LoneugiL et de Marie-Louise GUÉRIN Paroisse Saint-Sulpice 27 novembre 1780.
« L'an mil sept-cent quatre-vingt, le vingt-sept « novembre, a été célébré le mariage de S' Joseph « de LonNGuEIL, graveur du Roi, de l’Académie « Royale et Impériale de Vienne, âgé de cinquante « ans, fils de défunt Joseph de LonGuerz traiteur, « et de Jeanne Coilin consentante, avec Marie- « Louise Guérin, âgée de vingt et un ans, fille « de S' Jacques-Denis Guérin, maître charpen- « tier, entrepreneur des bâtimens du Roi, et de « Marie-Jeanne Boisseau, présens ct consentans ; « les deux parties de cette paroisse, l'époux depuis « huit ans, l'épouse de fait et de droit, chez ses « père et mère, depuis sa naissance, rue de Sève ; « trois bans publiés en cette église, sans opposi- « tions ; fiançailles faites hier, présens et témoins « du côté de l'époux: sieur Philippe de Rivry capi- « taine aux Invalides, rue et paroisse St-Jacques- « du Haut-Pas ; Gilbert Paris, graveur en taille- « douce, rue de Sève ; du côté de l'épouse, maître « Louis-Jacques Guérin, procureur en l'élection de « Paris, rue du Plâtre, paroisse St-Séverin, son « oncle paternel, sieur Jean-Jacques Guérin, entre- « preneur des bâtiments, rue Basse-Porte-St-De- « nis, paroisse St-Laurent, son oncle paternel, qui « tous ont certifié le domicile comme dessus, et la « liberté des parties, et ont signé : De Longueil, « Guérin, Guérin, Boisseau, de Rivry, Paris, « Guérin, Guérin, et Busson, vicaire. »
Quoi de plus touchant que cette union resserrant plus étroitement les liens d’amitié de deux familles? Quoi de plus sympathique que ce mariage formé par une sincère affection brisant la grande disproportion des âges et comblant l’inégalité des fortunes ! Hélas! cette charmante intimité devait s’évanouir comme un rêve! Frappée cruellement par la mort de sa mère qui s’éteignait le 11 février 1790, la jeune femme un mois après était enlevée à l'amour d’une famille dont elle faisait le bonheur et l’ornement !
Notice biographique 26*
De cette heureuse union naquirent deux fils et deux filles, et l'artiste jouissait avec ivresse du bonheur parfait de son souriant foyer ; mais la mort veillait impitoyable sur cet intérieur tout de calme et de vertu. J. de Lonaveiz ne put apprécier que quelques années seulement les qualités exquises de sa jeune compagne. Dans tout l'éclat de la vie, la jeune femme était enlevée à l'affection d’un mari tendrement aimé et de ses jeunes enfants ! Elle mourait à Paris, le 7 mars 1790!
L'artiste ne devait pas longtemps survivre à ce déchirement du cœur: « Depuis ce temps, « dit un biographe *, Joseph de Loxcuen fut « sujet à un étouffement spasmodique irrémé- « diable, rien ne put remplacer dans son âme « la compagne chérie; ce fut en vain qu’il cher- « cha à s’étourdir sur sa propre douleur ; son «imagination frappée lui montrait sans cesse « une ombre adorée qui semblait converser avec «lui et l’appeler dans sa nouvelle demeure.
« On ne résiste pas longtemps à ces secousses « violentes du sentiment ; un coup foudroyant « d’apoplexie mit fin à sa vie le 17 juillet @E70 »
Il y a loin de ce simple et véridique réeit à la
1 Biographie des hommes célèbres qui se sont fait remarquer par leurs vertus ou leurs erreurs dans les Ardennes. ? vol. in-8. Paris, 1830.
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version romanesque, assez accréditée cependant, que d’autres biographes ont donnée de la mort de Joseph de Loxeueir. Le fait raconté par le biographe ardennois est exact, et nous avons pu le contrôler par le procès-verbal dressé au moment même de la mort de l'artiste par Gilbert Lieudon, commissaire de police de la section de la rue Beaubourg, que nous avons trouvé aux archives de la préfecture de police.
Le mardi 17 juillet 1792, l'artiste faisaitle matin quelques courses dans Paris ; il quittail le sieur Vallier, banquier ; tout à coup Lonqvziz se sent indisposé, descend précipitamment de sa voiture, entre dans un café, demande un verre d’eau et tombe au même instant frappé d’une apoplexie foudroyante. Regnauld, propriétaire du café et Antoine Flamand, orfèvre qui se trouvait là par hasard, se précipitèrent pour donner des soins au malade ; un médecin fut appelé en toute hâte, mais tout fut inutile, le grand artiste avait rendu le dernier soupir !
Laissons d’ailleurs parler l'acte officiel auquel nous empruntons ces tristes détails. Mieux que nous il racontera les derniers moments du célèbre graveur et mettra à néant les histoires que les nouvellistes en quête de renseignements biographiques ont imaginées afin de donner plus d'intérêt et de piquant à leur récit.
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Notice biographique 97
Procès-verbal au sujet de la mort subite de
Joseph de LoxGueir.
« Aujourd’huy dix sept juillet dix sept cent quatre vingt douze, l'an quatrième de la liberté, à dix heures du matin, nous Gilbert Lieudon, commissaire de police de la section de la rue Beaubourg, sur l'avis à nous donné, nous sommes transporté rue du Temple, au coin de celle Michel-le-Comte, dans la boutique du sieur Regnaud, limonadier ; où estant, avons trouvé ledit sieur Regnauld, limonadier, demeurant en la maison où nous sommes ; lequel a déclaré : que le particulier dont nous voyons le cadavre est descendu d'un fiacre dont 1l ignore le numéro et qui va revenir, lui disant qu'il se trouvoit mal; que peu de minuttes après, il est mort malgré les précautions qui ont été prises pour le secourir. Lecture à lui faitte de sa déclaration, a persisté et a signé. :