‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 3 sur 29 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

IMPRIMATUR

Parisiis, die 21» martii 1922.

E. Thomas, vie. g en.

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Lorsqu'on examine de près la vie et les œuvres de Joseph de Maislre, on s'aperçoit que ce grand homme avait reçu de Dieu la belle mission de défendre l'Eglise catholique contre tous ses ennemis d'alors, aussi bien contre les ennemis du dedans que contre ceux du dehors. Il est, en effet, digne de remarque que presque tous ses écrits ont un but apologétique, et sa vie, qui fut si mouvementée, présente un admirable caractère d'unité quand on la considère du point de vue de cette mission providentielle. Au début du siècle dernier, le catholicisme avait cinq ennemis principaux : un ennemi du dedans^ le gallicanisme, qui s'essayait à revivre malgré les coups mortels que lui avait portas lé pape Pie VII, et quatre ennemis du dehors : le philosophisme incrédule allant du vague déisme, négateur de la Providence, jusqu'à l'athéisme et au matérialisme le plus gros-

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sier : le principo révolutionnaire, ébranlant par sa théorie de l'orig-ine du pouvoir les fondements de la société chrétienne et de toute société; Thérésie protestante, alors en pleine décomposition doctrinale^ et le schisme gréconrusse, devenu redoutable par le rôle de premier plan qu'après la chute de Napoléon, joua dans les affaires européennes son véritable chef, l'empereur de Russie. A tous ces ennemis le g^entilhomme savoyard, grand chrétien et écrivain de génie, porta de rudes coups. Notre intention n'est point, dans ce petit ouvrage, de raconter ses exploits contre le calvinisme, le philosoplîisme^ la Révolution et le gallicanisme ; nous voulons seulement recueillir ses idées sur le schisme grec et les sociétés religieuses qui en sont issues^ et exposer la méthode de combat qu'il a esquissée contre cet ennemi dix fois séculaire de l'unité chrélienne (i).

(i) Parmi les études sur la vie et la doctrine de Joseph de Maislre qui ont été écrites à l'occasion du centenaire de sa mort, trois surtout méritent une attention spéciale : celle de M^' Breton sur le livre Du Pape, publiée dans le Bulletin de littérature ecclésiatique de l'Institut catho-

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Le schisme j Joseph de Maislre fut bien placé pour l'étudier et en constater de ses yeux les déplorables effets. On sait qu'il ne passa pas moins de quinze ans à Pétersbourg-, en qualité d'envoyé extraordinaire et de ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne ( i ). Sa charge lui laissa beaucoup de loisirs, et il les employa noblement. C'est en Russie qu'il composa la plupart de ses ouvrages, dont plusieurs ne virent le jour qu'après sa mort. Parmi ces écrits, plusieuri^ traitent ex professa du schisme oriental et de ses filles, les Eglises autocéphales. Ce sont, d'après l'ordre chronologique de la composition (2) :

lique de Toulouse, 1920, celle de Georges Goyau sur « la pensée religieuse de Joseph de Maistre » dans la Revue des Deux Mondes, 1" mars et 1" avril 1921, et celle de Charles Baussan, Joseph de Maistre et l'idée de l'ordre. Georges Goyau consacre quelques pages de son travail aux vues de Joseph de Maistre sur la Russie religieuse. Ce qu'il en dit est fort intéressant et tout à fait à point. Mais l'illustre écrivain, qui marche si bien sur les traces de l'apologiste savoyard, n'a traité qu'en passant et très brièvement ce qui fait l'objet direct de notre étude.

(1) Ce séjour en Russie commença en 1802 et se termina au printemps de 1817.

(2) Je dis : d'après l'of^dre chronologique de la compo-

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1° Lettre à une dame russe sur la nature et les effets du schisme, et sur V unité catholique^ février 1810;

2« Réflexions critiques d'un chrétien dévoué à la Russie sur V ouvrage de Méthode, archevêque de Tver, mars 1812 (i);

3^ Du Pape, spécialement le livre quatrième, ouvrage composé en Piussie; première édition en 181 9; deuxième édition, revue et corrig-ée par l'auteur, en 1821.

4** Lettre à M. le marquis.. ., sur l'état du christianisme en Europe. Paris, mai 181 9.

Joseph de Maistre parle ég-alement du schisme en général, et de l'Eg-lise russe en

sition; car. pour ce qui regarde la publication, le livre Du Pape seul fut édité du vivant de Joseph de Maistre. Les trois autres opuscules furent livrés à l'imprimerie par son fils, le comte Rodolphe de Maistre, édition de Bruxelles, 1851.

(1) Ces Réflexions critiques furent écrites en latin. Les éditeurs de Bruxelles en ont donné une bonne traduction française. L'ouvrage de Méthode fut publié à Moscou, en 1805, à l'imprimerie du Saint-Synode. Il était écrit en latin, et portait un long titre, dont voici la traduction : Des choses accomplies dans la primitive Eglise, cest-à-dit'e durant les trois pi^emiei^s siècles et le commencement du quatrième^, et spjécialement dans les premiers commencements de l'ère clirétienne. Livre historique suivi des Prolégomènes de l'Histoire ecclésiastique et de notes par le même auteur.

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particulier, dans plusieurs autres de ses écrits, notamment dans sa correspondance diplomatique et ses autres lettres; mais il ne le fait qu'en passant, et répète le plus souvent ce qu'il a dit dans le quatrième livre Du Pape et dans les trois opuscules que nous venons de mentionner.

On ne peut pas dire que ces écrits révèlent une connaissance complète de l'Eglise orientale dissidente. Ignorant la langue russe, Joseph de Maistre ne put faire qu'une enquête très sommaire sur l'Eglise de l'empire des tsars. La théologie russe ne lui fut guère connue que par l'ouvrage de l'archevêque de Tver, par les permiers essais polémiques de Phil arête de Moscou et par une diatribe contre le Pape et les Jésuites, écrite en français par le prince Stourdza, en 181G (i). Telle est

(1) Le livre de Stourdza avait pour titre : Considérations sur la doctrine et l'esprit de l'Eglise orthodoxe, Stuttgard... Weiaiar..., Paris, 1816. Le livre Du Pape fut la réponse à ce violent pamphlet, pour l'impression duquel l'empereur Alexandre I" donna 20 000 roubles sur sa cassette. Joseph de Maistre dit de cet écrit qu'il est un « chef-d'œuvre d'ignorance, de mauvaise foi et

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r('|M'iiiliml la ïsat»acilé i\[i [x'iisLMir cl sa puissance de réflexion, qu'il devine presque tout ce qu'il ne sait pas. En lisant Touvrag-e de Méthode de Tver, qui était bien le plus conservateur des théolog-iens russes de son temps, il pressent que le clerg-é moscovite est déjà fortement entamé par le protestantisme, et il se trouve, en efFet, qu'au moment où il écrit ses réflexions, l'Eglise russe, depuis un siècle déjà, enseigne officiellement dans ses Séminaires les dogmes capitaux du luthéranisme allemand. Il fait plusieurs prophéties sur le sort qui attend les Eglises filles du schisme, et, parmi ces prophéties, certaines ne méritent déjà plus ce nom, et sont du domaine des faits, au moment où il les formule; d'autres se sont, depuis, réalisées presque à la lettre; et il

même de mauvais ton ». Il en parle à plusieurs reprises dans sa correspondance. Il connut aussi, au moins en gros, le curieux ouvrage de Pliilarète Drozdov, plus tard métropolite de Moscou, qui fut publié pour la première fois en russe, en 1815, sous le titre « Entretiens d'nn sceptique et d'un croyant sur l'orthodoxie de l'Eglise orientale gréco-russse. Cet ouvrage fut traduit en grec par Vallianos, Athènes, 1853, et en fran<;ais par Sondakoir, Paris, 1862.

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pourra bien se faire que la révolution russe en cours lui donne raison sur tout le reste. Nous groupons sous quatre rubriques les principales iclres émises par le grand penseur catholique sur le scliisine oriental :

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