‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 4 sur 29 · I. — Causes et nature du schisme · texte numérisé non relu

I. — Causes et nature du schisme

II. — Dénominations et caractères généraux des Eglises dissidentes issues du schisme.

III. — Les divergences dogmatiques et autres entre l'Eglise catholique et l'Église gréco-russe.

IV. — Le retour des dissidents à l'unité catholique. Obstacles et moyens.

Joseph de Maistre est du nombre des auteurs qu'il est particulièrement difficile de résumer ; non qu'il soit obscur — personne n'est plus clair, — mais sa pensée est si primesautière, l'expression en est si originale, qu'on perd, en le lisant, toute envie de vouloir dire les choses autrement que lui. Nous le laisserons donc parler lui-même sur les quatre points indiqués, nous contentant d'ajouter de temps à autre quelques réflexions, qui nous sont sug-

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gérées par l'état présent des Églises aiitocéphales.

En composant ce recueil^ le mot que jyjme Swetchine écrivait en i844j à l'occasion de la conversion du futur P. Martinov à rÉg-lise romaine, nous revenait à la mémoire (i). Elle appelait Joseph de Maistre « un g-rand semeur de catholicisme ». Ce petit ouvrage n'a d'autre ambition que d'élargir le plus possible le geste de ce semeur. Il y a^ par le temps où nous sommes, bien des bonnes âmes qui peuvent recevoir de lui la semence de la vérité intégrale ; il y a ces Russes « de la dispersion », qu'une révolution brutale a chassés de leur pays et jetés sans pitié aux quatre coins du monde. Pour ceux-là, Joseph de Maistre peut être un ami d'exil. A ceux-là, il peut rendre au centuple l'hospitalité généreuse qu'il reçut, il y a cent ans, de leurs aïeux, alors que lui-même connaissait les amertumes de l'expatriation. C'est bien, en effet,

(1) L'abjuration du P. Martinov eut lieu à Ghambéry en 1844.

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la voix d'un ami que ces dispersés entendront en ces pag-es. Peu d'étrangers ont su apprécier comme l'a fait l'auteur des Soirées de Saint-Pétershoarg les nobles qualités du peuple russe, aujourd'hui si malheureux par le fait du régime déplorable qui a trop longtemps présidé à ses destinées et qui a rendu possibles les horreurs actuelles. Un chapitre entier du livre Du Pape est consacré à la Russie, et témoigne de l'amour sincère que celui qui l'a écrit éprouvait pour ce grand pays. On y lit entre autres choses le passage suivant :

Peu de voyageurs écrivains ont parlé des Russes avec amour. Presque tous ont saisi les côtés faibles pour amuser la malice des lecteurs. Quelques-uns même, tel que le docteur Clarke, en ont parlé avec une sévérité qui fait peur, et Gibbon ne s'est pas fait difficulté de les appeler les plus ignorants et les plus superstitieux sectaires de la communion des Grecs.

Cependant, ce peuple est éminemment brave^ bienveillant, spirituel, hospitalier.

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entreprenant, hçurçux imitateur, parleur élég-ant;^ et possesseur d'une lang^ue magnifique sa^s mélange d'aucun patois, même dans les dernières classes.

Les taches qui déparent ce caractère tiennent ou à son ancien gouvernement ou à sa civilisation, qui est fausse (i).

EtFami éclairé autant que sincère indique quel a été dans le passé et que) est encore le grand déficit de la Russie :

Lç déplorable schisme des Grecs et l'invasion des Tartares empêchèrent les Russes de participer au grand mouvement de la civilisation européenne et légitime qui partait de Rome. Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, avaient reçu leurs pouvoirs du Saint-Siège, et même ils étaient allés à Rome pour y rendre compte de leur mission. Mais la chaîne, à peine établie, fut coupée par les mains de ce Photius, de funeste et odieuse mémoire, à qui l'humanité en général n'a pas moins de reproches à faire que la religion, envers laquelle il fut cependant si coupable. La

(i) Du Pape, 1. III, cli. vi.

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Russie ne reçut donc point l'inlluence générale et ne put être pénétrée par l'esprit uni" oersel, puisqu'elle eut à peine le temps de sentir la main des Souverains Pontifes...

Les siècles passés ne sont plus au pouvoir du Russe. Le sceptre créateur, le sceptre divin n'a pas assez reposé sur sa tête, et dans son profond aveuglement, ce grand peuple s'en glorifie ! Cependant la loi qui le rabaisse vient de trop haut pour qu'il soit possible de la détourner autrement qu'en lui rendant hommage. Pour s'élever au niveau de la civilisation et de la science européenne, il n'y a qu'une voie pour lui, celle dont il est sorti (i).

Ce sont bien aussi les accents d'une amitié véritable que Ton perçoit en ces lignes de VEsquisse du morceau final des a Soi^ rées » ;

Jusqu'à mon dernier soupir, je ne cesserai de me rappeler la Russie et de faire des vœux pour elle. Naturalisé par la bienveillance que j'ai rencontrée au milieu de ses habitants, j'écoute volontiers la reconnaissance, lors-

{\.)lDu Pape, 1. III, ch. vi.

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qu'elle essaye de me prouver que je suis Russe.

Les Russes de la dispersion et les autres peuvent donc lire sans défiance les pag-es qui vont suivre. Ils y trouveront sans doute de dures vérités sur le compte de leur Eglise ; mais celui qui les dit ne le fait point par un zèle amer ou « une colère polémique ». C'est la charité du Christ qui l'inspire. Il écrit lui-même :

Souvent le Russe entendit la voix de la calomnie, et trop souvent encore celle de l'ingratitude. Il eut le droit sans douté de se révolter contre des écrivains sans délicatesse, qui payaient par des insultes la plus généreuse hospitalité; mais qu'il ne refuse point sa confiance à des sentiments directement opposés. Le respect, l'attachement, la reconnaissance n'ont sûrement pas envie de le tromper (i).

Ce n'est pas seulement à nos frères séparés de Russie et d'Orient que ce petit

(1) Du Pape. !. III, ch. vi.

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livre pourra être utile. On ig-nore trop parmi nous ce que sont devenues, depuis le XVI® siècle, les Eg-lises issues du schisme grec. Ce qu'en a écrit Joseph de Maistre est suffisant pour en donner une connaissance g'énérale. Tous ceux qui, parla prière,, la plume ou l'apostolat direct, travaillent au rétablissement de l'antique unité religieuse entre l'Orient et l'Occident trouveront leur profit à prendre contact avec le profond penseur qui a si souvent deviné l'avenir par la seule puissance de son g-énie. Ses idées sur les moyens de faire disparaître le schisme, que nous exposons au chapitre iv, méritent d'être méditées et peuvent sug-gérer des initiatives fécondes. Bref, nous avons l'espoir que les heures consacrées à recueillir les éléments de cette monographie n'auront pas été une perte de temps, et que celle-ci contribuera à prolonger par le monde Faction « du grand semeur » qui nous quitta, il y a juste un siècle, pour aller recevoir là-haut la récompense du bon serviteur qui n'enfouit pas son talent.

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Par les temps difficiles que nous traversons, ces pages n'auraient pu voir le jour sans la générosité d'un illustre prélat français, ami et bienfaiteur de l'Orient chrétien, qui a pris à sa charge tous les frais d'impression. Il ne nous a pas permis de révéler son nom ; mais nous ne pouvons comprimer la voix de la reconnaissance; qu'il daigne agréer le sincère merci que nous lui disons à la fin de cette introduction.

Rome, le i" novembre 1921,

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