Joseph de Maistre et la papauté
I/Kiiropo (lu xviii" sii'clo aspirait à rcarl(M- le pnpo <lo SOS conseils. L'abbé I^'oyart, a|)ri's avoir nionli-é ipio la siipprossion de la coin|)a^ni(' do Jésus avait (•oin(id('' avoc l'airaiblissemoiit Ar l'aidorilé |)()nti(icah', notait avoc niélancolio, dans rEnrope de ITiSO, les syniplùnios d'un soulèvement général contre la pa|)aul<'' : " 11 semble régner, disait-il, entre toutes les puissances catholiques une sorte d'émulation aveugle contre le père commun de la catholicilé, conlre la divine et imprescriptit)le indépendance de (•(>tle puissance spiriluelle, (|ui lail (lire elle-même, t>l l'orme leur |)his sùi- rem[)arl aux j>uissances tcmpoi'oilos' ».
La Révohilioii IVancaise avait rom|)u les liens séculaires qui rattachaient au saint-siège la fille aînée de r/'J(jlise\ par la conslilulion civile do 17'J1, le clergé l'ut iideodé à l'Etat : des électeurs, désignés par les
1. f.niiis A 17 ilt'lr<mr avant d'ctrc roi, 1800 (t'ilil. do ISJrt, p. :{G2).
VI LNTHODUCTION.
assemblées de district, recevaient le droit de choisir les curés et les évcqiies; rinsliliilion canonique des prélats était attribuée au métropolilain el aux évéques de la province. Les prêtres conslitulionnels pouvaient dire que « la cour de Rome était heureusement détruite »; el un historien de Pie VI, prenant ses désirs pour la réalité, se félicitait de voir renversé cet échafaudage de puissance et ce sanctuaire de la superstition : « Le pape, écrivait-il, a disparu pour toujours * ».
Le concordat de 1801, « ce coup d'État ecclésiastique », comme a dit Taine, parut rendre au pape toute son autorité sur le clergé de France; le couronnement de Napoléon par Pie VII semblait rétablir au profit du saint-siège une sorte de pouvoir indirect sur les couronnes. En réalité Napoléon n'avait abaissé devant le pape la puissance civile, que pour mettre fin à la crise religieuse dont soufirait notre pays. Mais Napoléon, après avoir subjugué, de concert avec Pie VII, le corps des évèques, se retourna contre lui : les articles organiques servirent à restreindre l'autorité spirituelle du pape, et à mettre le clergé de France sous la domination du pouvoir civil. Napoléon, héritier de la Révolution française, imposait une nouvelle constitution civile, dont il avait su faire sanctionner les prémisses par le pape.
Les protestations de Pie VII l'étonnèrent; enfin, le trouvant trop peu docile à subir sa loi de fer, il le lit
1. Bourpoing, Mânoires historiques et philosopltiques sur Pic \'I et son pontifical jusqu'à sa retraite en Toscane, Paris, an VII, 2 vol. in-8.
iNTiiorii nxidN. VII
enlever de lîdiiie |t(Mir le tiniiier en e;i|)l i\ il('', el il r(''iiiiil Mil eoiicilc liai idiiiil |)(iiir (iMenii' (|iie les |i(iiivoirs (le riii^lilulion {•nii()Mi(|iie des é\(^(nies l'ii^x-n! IraiisIV-n'-s nu iik'! i(»|t()liiaiM on îiii |)lns niieieii siillVa- ^aiil de elia((Me pioxiiiee : dans son eerveaii où se hcurlaionl les sonveniis révolutionnaires et les Iradilions do rabsolulisme royal, élail passée la vision d'un épiscopat français, acceplanl la loron du maître, et rompant liinion avec le |)ape i)our sauvegarder renlente avec l'empereur.
A la fin du wiir' siècle, Joseph II, souverain catholique de la catholique Autriche, avait ouvertement déclaré la j^i-uerre à linlluence romaine, au nom des droits de lÉtat : le Josép/usme faillit soustraire foute une nation à la suprématie pontificale. Pie VI avant fait le voyage de \'ienne j)our olilenir quelque adoucissement à la persécution, un libelle approuvé par le gou\ernement, parut sous ce fifre : Oii'esl-ce que le P(ij)c1 L'auteur, Eybel. répondait qu'un j)ape n'est qu'un évéque d(î Rome, que sa juridiction universelle n'est qu'une usurpation sur les droils des évéques, un attentat contre le gouvernemenl républicain, établi par le fondateur de l'Église. La doctrine enseignée dans les séminaires d'Autriche était loin de la pureté traditionnelle; un voyageur protestant, le baron de Riesbeck, après avoir visité l'Université de \'ienne, écrivait : « Le clergé autrichien nourrit dans son sein le serpent philosophique sous le nom de théologie ' >'.
1. Voyage d'.iUcmagnr. trad. di- Tan;:!., t. Il, |i. 107, citi- par Proyart, id., p. ;i04, note. •• 11 n'y a ^uère plus de rclifiion à