‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 33 sur 152 · Pnriniih lilti'r., l. 11, \>. US! cl :îS · texte numérisé non relu

Pnriniih lilti'r., l. 11, \>. US! cl :îS

LES SOL'RCF.S 1)1 • l'AI'E '. 41

((iii lions allons tlcmnmlcr lanlol roiiltli ('•g<»ïsfo, Inntôt la <()ii\('rsalioii avec les nobles intelligences du passé, l'ii joui-, il ('iiil à la baronne de Pont : « \'ous sentez bien (lu'il ny a pas moyen de laisser tout à fait ses livres. Je me sens même brûlé plus que jamais par la fièvre du savoir. C'est un redoublement que je ne puis vous décrire. Les livres les plus curieux me poursuivent et viennent d'eux-mènies se placer sous ma main. Dès que Vinejfahle diplomatie me laisse respirer un moment, je me précipite, malgré les avertissements de la politesse, sur cette pâture chérie, cette espèce d'ambroisie dont l'esprit nest jamais rassasié ' ».

11 lisait pendant les repas, il n'allait jamais à la promenade, pour ne distraire aucune minute de ses heures de lecture. 11 plaisantait lui-même de cette incurable passion : « Bientôt on dira dans ma famille : mon grandpapa, il s appelait Zoseph, il était tout le :our dans sa sambre - ».

Son inlassable curiosité le })orta vers l'étude des langues, vers les mathématiques, mais surtout vers la philosophie religieuse; il lisait les livres imprimés, les revues, les journaux, ne négligeait aucune source d'informations, recueillait tout ce qui s'était dit et tout ce qui se disait. 11 savait le français, l'italien, l'anglais, le russe, le latin, le grec et un peu d'alhMuand; il pouvait donc «'voluer sur un terrain considérablement étendu, et se tenir au (-ourant de la pensée européenne.

De ces énormes lectures nous avons des témoins irrécusables : les in-folio manuscrits sur lesquels il a, pendant (luarante-deux ans, consigné tout ce qui frappait son attention : « Quelquefois, dit-il. je me borne à de

l.Cnrrcxii., I. !. \). :t(l!(lcUrc du Kl mars iSuri). 2. ijiiTfsii., l. VI. |). 2Ul».

simples indications; d'autres fois, je transcris mot à mot des morceaux essentiels; souvent je les accompagne de quelques notes, et souvent j'y place ces pensées du moment, ces illuminations soudaines qui s'éteignent sans bruit, si l'éclair n'est fixé par l'écriture. Porté par le tourbillon révolutionnaire en diverses contrées de l'Europe, jamais ces recueils ne m'ont abandonné; et maintenant vous ne sauriez croire avec quel plaisir je parcours ceitte immense collection '. »

Il avait donc laissé les connaissances s'amasser en lui pendant des années; servi par une mémoire prodigieuse, qui n'oubliait rien de ce qui l'avait frappée, il put, le jour venu, trouver sous sa plume une quantité considérable de matériaux, aussi divers que précieux.

Ces lectures le préparaient admirablement à écrire les Soirées de Saint-Pétersbourg , qui sont un livre discursif, touchant aux questions les plus variées, exigeant des connaissances très étendues, mais non limitées à un objet précis. Le Pape et VÉglise gallicane sont deux ouvrages d'un caractère bien différent : ils ne pouvaient être écrits que par un théologien doublé d'un historien; il ne nous semble pas que J. de Maistre ait rempli ces deux conditions.

Enregistrons d'abord cet aveu de J. de Maistre, consigné dans sa correspondance avec G. -M. de Place :

« Malheureusement, dit-il le 7 septembre 1818, comme j'écrivais dans un pays où je ne pouvais me procurer les originaux, j'étais obligé de prendre plusieurs citations de la seconde main. J'ai bien choisi autant que j'ai pu; cependant je n'ai pu éviter toutes les inexactitudes. »

Le 7 septembre 1819, il réj)étera encore :

Page 1