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« l'ar iiiH' incoiirovablo l»i/.ari'cri(\ on composant iimn oiivriii:(\ j"ai (•oiisliiiiiiiictil manqué de livres. »
Nous allons voir, en oITol, (jne lo Pape et VErjUsc (jalli- (■nnc n"ont pas rl<'' préparés par des recherches suffisantes, et <pu' lanleur n'a pas eu un certain nombre de livres, ipii |)oiirlaiil semblaient indispensables. L'érudition (Ic.l. de .Maistre est très courte, malgré les appar(Mic(>s, et surtout elle est souvent à côté du sujet. Les livres curieux et inattendus sont cités plus souvent cjuc les livres vraiment topiques. Ainsi il a bien fait de lire la Description de l'Asie de sir William Jones, ou les Recherches asiatiques de Bentley, ou la Géographie de l'Anglais Pinkerton; ces lectures enrichissent l'esprit, et quand les connaissances variées qu'on y puise sont ordonnées par une intelligence philosophique, elles conduisent aux vastes spéculations et préparent les systèmes puissants qui sont rorgueil de la pensée humaine.
Mais quand ces lectures ont été faites au détriment d'autres qui s'imposaient, il y a peut-être lieu d'avoir quelque regret. Or. si l'on dresse la tal)le analytique des auteurs cités au cours de l'ouvrage, on remarquera l'absence de ])t\uic<»iip de livres indispensables, et non des moindres.
Les écrivains français et surtout les parlementaires et les prêtres devaient être consultés en première ligne sur la «piestion du gallicanisme. Où puiser, si ce n'est dabord chez eux, une défuiition exacte de la doctrine gallicane? A qui. si ce n'est à eux. demander l'histoire de cette doctrine (pii se confond avec riiistoir*^ de
lesprit français? Cependant, les sources françaises, J. de Maistre les ignore ou les dédaigne; tous nos auteurs lui paraissent suspects a priori : n'ont-ils pas tous respiré un air vicié par les préjugés? Appartenir à la nation ou à l'Église gallicane c'est, à ses yeux, un vice rédhibitoire en quelque sorte.
Les parlementaires, il les juge égarés par « l'orgueil, l'engouement, le fanatisme de corps, l'esprit de cour et le ressentiment ». C'est contre d'Aguesseau qu'il lance, dans une note, ces aménités. Or, il n'avait pas lu d'Aguesseau, et le manuscrit nous prouve que, s'il le cite deux fois, c'est d'après des intermédiaires.
C'est pourquoi il lui en coûte peu de contredire d'Aguesseau, et lorsque de Place lui fait remarquer que d'Aguesseau jouit en France « d'une telle réputation de vérité et de probité, qu'en lui donnant un démenti, il importe d'avoir la preuve toute prête », il répond :
tt L'autorité de d'Aguesseau est grande, elle est immense lorsqu'il ne s'agit pas de Rome et des maximes parlementaires. 11 faut considérer que je ne suis pas Français et que l'autorité de certains noms me frappe moins que vous. La longitude et la latitude sont de grandes choses. »
Acceptons néanmoins les préjugés de J. de Maistre à l'égard des parlementaires, serviteurs trop dociles de la royauté; mais il nous semble bien que nos écrivains ecclésiastiques devraient être à l'abri de ces reproches, et qu'on ne peut écrire sur le gallicanisme qu'a[)rès avoir lu, relu et médité Bossuet et Fleury, qui sont comme les piliers de la doctrine. Eh bien! ni l'un ni l'autre ne furent vraiment connus de J. de Maistre.
11 a lu Bossuet dans le cardinal de Bausset. Cei'tcs VHisloire de Bossuet composée sur les maniiscrils originaux par le cardinal de Bausset. est une (rnvre substantielle.
iiounit' (le la plus {xirc moelle des écrits de Bossuet; lis cilalioiis y alxjiideiil, les analyses des écrits originaux y sont très consciencieuses, et quiconque possède à fond cette Histoire, est déjà entré assez avant dans la connaissance de Bossuet.
Mais quel est le savant, digne de ce nom, qui se contenterait de voir un écrivain à travers l'histoire de sa vie et de ses ouvrages, si documentée et si étendue <|u'elle puisse être? Nous pouvons l'affirmer, après avoir compulsé les manuscrits du Pape et de VÉcjlise gallicane, jamais les rétérences de Bossuet, données par J. de Maistre ne vont aux œuvres originales; toutes sont puisées dans le cardinal de Bausset. De là cet aveu qu'il l'ait à df Place dans une lettre du 7 septembre 1819 : « Bien de mieux pensé que de substituer les citations diverses tirées des ceuvres de Bossuet à celles que j'ai enq)runtées à M. de Bausset ».
L'inconvéni(mt de cette documentation de seconde main éclate mieux encore, lorsqu'on voit J. de Maistre choisir parmi les documents de cette Histoire, et ne retenii- i[ue ceux qui s'accordent avec ses idées :
« C'est dommage, écrivait-il à Bausset (4 octobre 1816), qu'il y ait dans celte histoire de Bossuet certains endroits qui attristent; mais ce n'est pas votre faute, monseigneur. J'ai marché, au reste, (constamment à vos côtés tout le long de votre attachante narration, sans vous abandonner d'un pas jusqu'à l'année 1682. Là. il a bien fallu nous séparer, mais vous n'aviez nul besoin (le moi, monseigneur, pour achever votre voyage, ^'os lumières, d'ailleurs, m'assurent de votre indulgence, et si j'avais un jour le bonheur de vous entretenir, je ne désespérerais point de me faire pardonner mes petites hérésies. «
Pour conqdéler cette ai)préciation. il faut y joindre
ces quelques lignes d'une lettre écrite au nonce Severoli (!"' décembre 181oj :
« Si vous êtes curieux de savoir à quel point l'esprit moderne avait pénétré dans l'épiscopat français, lisez, je vous en prie, YHistoire, ou pour mieux dire, le Panégyrique de Bossuet par M. de Bausset; le chapitre de la déclaration de 1682 vous semblera écrit par un parlementaire effréné. »
Nous voilà dûment avertis : J. de Maistre se défie de Vesprit moderne dont Bausset est entaché.
En effet, Bausset est un des plus libéraux parmi les membres de l'épiscopat français. 11 a traversé les grandes crises de la Bévolution et de TEmpire avec une modération de vues, une libéralité de principes, qui ne pouvaient que le rendre suspect à Tintransigeance de J. de Maistre. Il avait, de concert avec labbé Emery, engagé les prêtres à ne pas refuser la déclaration exigée d'eux par la loi du 7 vendémiaire an IV; sous le Consulat, il s'était déclaré en faveur de la promesse de fidélité à la constitution, exigée des ecclésiastiques parle gouvernement; il avait accepté le Concordat sans arrièrepensée 1 .
Enfin il avait célébré le passé gallican de lÉglise de France : « L'assemblée de 1682, s'écriait-il, est lépoque la plus mémorable de Thistoire de TÉglise gallicane, c'est celle où elle a jeté le plus grand éclat; les principes quelle a consacrés ont mis le sceau à cette longue suite de services que l'Église de France a rendus à la France ^ ».
1. Cf. Lettre de l'ctH'tjite d' A lais aux viraires (jénéraiix de son diocèse (1S02, in-8), p. 2:{. Cf. ISotice liisloriqne et Ullcraire sur M. te cardinal de Bausset, en têle de son Histoire de Bossuet, édition de 1831.