‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 65 sur 152 · PREUVES ET RÉSULTATS DE LA COLLABORATION · texte numérisé non relu

PREUVES ET RÉSULTATS DE LA COLLABORATION

Les faiblesses do l'érudition de J. de Maistre ont été en partie atténuées par les relouches de G. -M. de Place. II importe d'entrer plus avant dans le secret de cette collaboration.

La pensée de J. de .Maistre jaillit toujours i)Ii'iiH' de hardiesse et de vivacité : « Comme je conçois les choses vivement, avoue-t-il, et que mon premier mouvement a toujours beaucoup de force, il m'arrive souvent, dans mes lettres, ce qui arrive à un iKnnnie qui s'est donné un îîrand élan : il saute plus loin ({u'il n'était nécessaire - ». Il ajoute bien que lorsipi'il s'agit de se faiie imprimer, il attend d'avoir retrouvé son sang-froid, et qu'il [)ratique le travail de la lime; néanmoins l'élan

1. Lellre du 0 aoùl 1803 (cf. A. Blanc, .Uiwoi/rs politi<[iics cl mrrespniulaiicc diplomatique, p. 172). — 11 dit nillcurs (id., ]). 171) : « Lois(iue j'écris, j'obéis à une espèce d'inspiration ou de transport, car je suis réellement transporté. L'expression ([ni rend le plus vivement ma pensée est toujours celle (|ue je choisis, ou plutôl je ne choisis rien, les expressions se précipitent : Monlf «/('(■(//•/■(7i,s vctui ainiiis. •>

premier avait été si fort, qu'il était impossible à Técrivaiii de revenir suffisamment en arrière : « L'arclier qui outrepasse le blanc, disait Montaigne, fault comme celui qui n'y arrive pas * ».

Que s'est-il produit, par exemple, pour son Examen de la philosophie de Bacon, livre posthume, qui n'a subi ni les retouches de l'auteur ni les corrections des reviseurs? 11 n'a pas eu de succès; et quelles que soient les causes que l'on puisse donner de cet échec, il faut l'attribuer en partie à cette aspérité sarcastique d'un style tout chaud encore de l'inspiration qui l'avait dicté.

Le Pape et l'Église gallicane, sortis de la même plume intrépide, auraient affronté dans des conditions défavorables le jugement du public, si J. de Maistre n'avait eu le bonheur de rencontrer sur son chemin G. -M. de Place. Celui-ci obtint des atténuations, des changements de toute espèce et la refonte de certains passages. Le texte imprimé ne nous apporte qu'un écho affaibli de la grande colère de J. de Maistre contre les ennemis de la papauté : les violences éclataient furieuses dans la version primitive; les à-peu-près, les inexactitudes, les erreurs même s'y entassaient pêle-mêle. Ici le développement était étranglé et se présentait sous la forme d'une énigme indéchiffrable; là, le paradoxe, procédé cher à ce disputeur, se perdait dans la bizarrerie; à son insu, l'auteur tombait dans les procédés des pamphlétaires et ne reculait devant aucune hyperbole; son Pape était un réquisitoire véhément, où étincelaient les pensées pénétrantes, aiguisées encore par l'épigramme ou éclairées par l'image. Mais cette œuvre, échauffée par l'ardeur dune passion débordante, eût été suspecte; les sarcasmœ auraient nui aux arguments, et la tyrannie

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