FI^LIX ALCAN, ÉDITEUR
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Penseur profond, éci-ivain inégal, spirituel et puissant, autoritaire convaincu et politique libéral, aristocrate obstiné, es}»rit positif, mystique épris des côtés terribles de son Dieu, Joseph de Maislre tut à la fois le meilleur des hommes, et, avec tout son sens pratique, le plus intraitable, le plus excessif, le plus/ intempérant des théoriciens et des raisonneurs. /
Quelle que soit, et elle est grande, la valeur de ses autres titres, c'est comme penseur, à mon sens, qu'il nous intéresse le plus. Entre toutes les fonctions humaines il n'en est pas de plus haute, ni de plus grave que celle qui donne à des générations d'êtres pensants et agissants sur l'ensemble du monde et sur l'homme lui-même, les idées destinées à façonner leur manière de sentir, de penser et d'agir, à orienter leur esprit vers un point fixe autour duquel viendra se distribuer tout le reste, à leur imposer, au moyen de dogmes religieux ou philosophiques , leurs dogmes
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esthétiques, politiques et moraux. Ces idées, Ihumanilé passe son temps à les faire, à les défaire, à les relaire non pas à neuf, mais sur un plan quelque peu dilTérent. Sans cesse deux périls la menacent : l'ébranlement des croyances sur lesquelles reposent I»lus ou moins nos mœurs, nos institutions , toute notre vie morale si l'on n'a pas un appui meilleur à substituer à celui que l'on trouve hors d'usage, et en même temps, le danger de ne pas remplacer une base vermoulue et qui menace luine. Révolutionnaires et r(''actionnaires sont les agents indispensables d'une marche toujours heurtée et cahotante, ils s'opposent et se combattent ; et quelquefois pourtant les uns et les autres, bien plus qu'ils ne le pensent, luttent pour un même idéal.
Vers la fin du xviir siècle, en France surtout, le parti du changement l'emportait. Tout s'en allait. Attaquées à la fois par l'expérience et par la raison, par la légèreté et par la violence, par la logique et par la hache, vieilles croyances et vieilles institutions disparaissaient dans une effroyable tourmente . au milieu de laquelle il était difficile de reconnaître en tâtonnant, les fondements solides d'une reconstruction luture. On pouvait essayer de régulariser l'esprit nouveau en lui donnant ce qui manquait à l'ancien, en conservant de celui-ci ce qui pouvait servir encore. On pouvait aussi reprendre l'ancien et non le conserver simplement mais le développer, le lortifier, tacher de le rendre invincible. C'est ce dernier parti que prit Joseph de Maistrc. De toute la lorce de son talent,