‹ Joseph de MaistreChapitre 2 sur 10 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES ANNEES D'EMIGRATION

Maistre passait, avant la Révolution , pour un libéral. Il était, suivant un mot de son fils Rodolphe, « pour ces libertés justes et honnêtes qui empêchent le peuple d'en convoiter de coupables ». Mais il était trop intelligent pour ne pas comprendre, après 1789, que le flot populaire ne serait pas contenu dans les faibles digues que l'on cherchait à lui opposer. Aussi, alors qu'autour de lui, parmi ses amis, ses collègues, les partisans des idées nouvelles étaient nombreux, se signalait-il par son esprit autoritaire et son intransigeance. Les émeutes de Chambéry en 1790, la faiblesse du gouvernement royal l'indignaient. « La grande thèse populaire, écrit-il en 1791 au garde des sceaux à Turin, est que tout acte de l'autorité réprimante est une tyrannie ou une imprudence, et que le pouvoir ne se conserve

LES ANN'KKS I) KM KJH A IIOX. ?.5

([u'en n'agissant point ou en ne se montrant qu'avec tous les symptômes de la peur. Ce système prêché depuis deux ans par des ignorants qui le croient et par quelques gens d'esprit qui le font croire a produit des effets dont Votre Excellence, qui est à la tête des affaires, peut juger mieux que personne*. » Et il constate que les idées du pays se transforment tous les jours, que la propagande française marche à grands pas dans tous les rangs de la société. C'était vrai. De part et d'autre, on n'attendait qu'une occasion de prendre et de se donner. Assurément le peuple de Savoie, de lui-même, n'eût pas fait la Révolution. Mais, grâce à l'identité de langue, grâce aux relations constantes entre deux pays que séparait une frontière tout artificielle, l'esprit nouveau se répandait dans le duché. Nombre de gens allaient assister, à Lyon et à Grenoble, à ces fêtes de la première époque de la Révolution oii l'enthousiasme était si sincère et si contagieux. Livres et journaux pénétraient de toute part, malgré la police, A Chambéry, le Réveil de la marmotte poussait le pays à s'unir à la France. Les autorités étaient impuissantes, terrorisées par l'audace des meneurs qui sentaient le pa3^s avec eux. Le Roi, à Turin, sous la protection des Alpes, entouré d'émigrés français qui le trompaient, gardant à sa cour ses

1. Archives de Turin. Celte pièce à été communiquée par M. le B°" Bollati de Saint-Pierre, surintendant des Archives du Piémont, que l'auteur est heureux de remercier ici de son obligeance.

gendres les comtes de Provence et d'Artois, qui le compromettaient, lançait des foudres impuissantes qui le discréditaient sans pouvoir le sauver.

En 1792, au premier prétexte que le roi Victor- Amédée se chargea de fournir, Tinvasion de la Savoie fut décidée. Pendant que l'armée royale passait précipitamment les monts, les troupes françaises du général Montesquiou se répandaient dans les villes et les villages. Le plus grand nombre leur faisait fête" par sympathie, les autres par engouement ou par peur. Le comte de Maistrem'était accessible à aucun de ces sentiments. Il partit avec tous les siens. Mais, quelque temps après, parut un décret ordonnant aux émigrés de rentrer, à peine de confiscation. Mme de Maistre. effrayée pour ses enfants de cette perspective redoutable, revint à Chambéry. L'ancien sénateur l'y suivit et se laissa même enrôler dans la garde nationale.

Le changement qui s'était opéré soudain dans les esprits le frappa vivement. Sur un petit cahier où il notait parfois ses impressions, il inscrit, le 20 janvier 1793, ces mots prophétiques empruntés à Virgile :

Novus rerum nascitur ordo.

« Je monte ma première garde à la maison commune, écrit-il quelques jours plus tard, sur le même calepin. Une belle question serait de savoir si je monterai la deuxième. » Un secret instinct lui faisait comprendre que cet état de trêve entre l'auto-

LES ANNIÎIÎS D EMICnATION. 27

rite révolutii)rinaire et lui ne pourrait pas durer. H refusa de payer l'impôt de guerre levé sur la Savoie, déclarant hautement (pi'il ne donnerait pas d'argent ])Our combattre l'armée royale, dont ses frèi'es faisaient partie. Celte attitude le rendit suspect. Des miliciens vinrent opérer une perquisition chez lui. Il doit fuir de nouveau en toute hâte, au moment où Mme de Maistre venait de mettre au monde un troisième enfant, sa fille Constance, qu'il ne devait revoir qu'après plus de vingt ans. Il prit le chemin de la Suisse et s'établit à Lausanne, où sa femme, son fils Rodolphe et sa fille Adèle le rejoignirent successivement.

Lausanne avait été "pendant une grande partie du dernier siècle un centre fort intéressant de culture intellectuelle. Quelques débris de la société qui avait gravité jadis autour de Mme Necker subsistaient encore en 1793. Parmi eux était l'illustre Gibbon, qui, comme tant de ses compatriotes, avait passé sa vie presque tout entière hors de son pays. Maistre eut ainsi l'occasion de fréquenter l'historien sceptique , l'apologiste de Julien l'A-postat , l'adversaire de tout ce qu'il vénérait le plus. C'était cependant pour lui une bonne fortune que cette rencontre : mais Gibbon partit bientôt pour l'Angleterre et y mourut. Maistre, pour qui causer était une habi-

tude et un besoin, s'était créé des relations parmi les habitants les plus distingués de la ville, auxquels se joignaient quelques émigrés français, pauvres gens naïfs qui se croyaient toujours à la veille d« rentrer en possession de leurs biens, quelques Savoyards, ayant mis le lac de Genève entre eux et l'autorité française. Au nombre de ces derniers était la famille du marquis Costa * , un ami intime de Maistre, officier dans l'armée du roi. Le soir, on se réunissait pour échanger les nouvelles reçues, pour se communiquer ses espérances ou ses craintes. Maistre était Tâme de ces réunions. Le chagrin, les privations, les inquiétudes du lendemain n'altéraient pas sa sérénité, ou plutôt telle était sa mobilité d'impression que dans les pires moments la moindre distraction lui rendait sa belle humeur. Un court séjour que Necker et sa fille firent à Lausanne, pendant qu'il y demeurait, lui fut une diversion précieuse. Mme de Staël le charma par l'éclat de sa conversation et la profondeur de ses idées. Mais ni lui ni elle n'aimaient beaucoup écouter. Un jour que l'auteur de Corinne parlait, Maislre s'endormit, éprouvant pour la première fois l'inconvénient d'une légère infirmité qui s'aggrava plus tard — des accès instantanés de sommeil, — dont ses ennemis abusèrent souvent pour le desservir.

1. Le marquis Costa dont il est ici question est celui dont le petil-fils, le mai-quis Costa de Beauregard, a fait revivre le souvenir dans un de ses livres les plus remarquables [Un homme d'autrefois)»

LES ANNKKS d'kMKJR ATION. 20

Il se rappelait avec plaisir ces entretiens, bien qu'il mêlât un peu de raillerie au souvenir des « scènes à mourir de rire » qui avaient marqué ce qu'il nommait ses « Soirées helvétiques ». Plus tard, oubliant tout à fait la séduction qu'il avait subie, il en vint à juger Mme de Staël avec une sévérité injuste et presque cruelle. Si celle-ci eût prolongé son séjour à Lausanne, le charme n'eût pas duré longtemps. Elle avait trop d'esprit, trop d'éclat, trop d'idées. Elle étonnait, elle éblouissait, mais elle fatiguait vite. Que l'on compare l'accueil qu'elle reçut lors de son premier voyage en Allemagne à celui qu'elle y trouva quelques années après. Gœthe prolongea son séjour à Garlsbad jusqu'à ce qu'elle eût quitté Weimar.

Joseph de INIaistre supportait avec dignité l'épreuve qui lui était infligée par les circonstances. Le roi de Sardaigne lui avait demandé des rapports politiques. 11 écrivait ce qu'il pouvait apprendre ou deviner des événements ^ ; mais, obsédé par la pensée de la Révolution, que tout lui rappelait sans cesse, il pensa qu'il pourrait utilement la combattre en publiant les sentiments qu'elle lui inspirait. C'est ainsi que l'ex-sénateur de Chambéry devint écrivain. Ici commence sa vie nouvelle.

Son premier écrit fut tout de circonstance. Il

1. Celte correspondance n'a pas été conservée aux Archives royales du Piémont. C'est une lacune d'autant plus regrettable que l'on sait, par le souvenir qu'en ont gardé les contemporains, qu'elle était du plus haut intérêt.

s'agissait de détacher les Savoyards de la France. Quoi d'étonnant que la Savoie ait subi l'entraînement général qu'on éprouvait alors pour la Révolution dans toute l'Europe, en Allemagne, en Italie, en Angleterre même, oii les poètes chantaient la prise de la Bastille comme une victoire de l'humanité? Mais comment les événements qui ont suivi ne dessilleraient-ils pas les yeux? Le peuple a cru qu'il obtiendrait la liberté avec et par son roi. Oîi l'a-t-on mené? Il s'est donné à la France, ou a paru se donner à elle, car la prétendue assemblée nationale des Allobroges n'était pas légale et ne représentait personne. Qu'en est-il résulté? A un régime paternel et doux, à une administration sage, honnête, juste, a succédé la tyrannie de la plèbe. Le pouvoir royal n'est pas illimité, comme on le croit. Des freins multiples l'arrêteraient s'il voulait excéder certaines limites : la religion que professe le roi, la honte qui rejaillirait sur lui, sur sa famille, l'opinion de ceux qui l'entourent, la politique même dont il ne peut pas méconnaître les obligations. La tyrannie de la plèbe, au contraire, n'a ni frein, ni limites. Dans une assemblée^ les mesures les plus injustes, les plus vexatoires peuvent être votées, parce qu'aucun des. votants ne se sent responsable. La responsabilité appartient à la collectivité, autant vaut dire à personne. Que les Savoyards secouent donc le joug qui les écrase! qu'ils rappellent leur souverain légitime! c'est l'intérêt bien entendu de tous.

LKS ANNEES D EMIGRATION. 31

Répandre dans le peuple ces idées, qui ne manquaient pas alors d'originalité, ce fut l'objet des Lettres cCun royaliste savoisien, publiées en 1793, sans nom d'auteur. Elles sont curieuses, ces lettres, par bien des motifs. Et d'abord, on y voit percer la pensée fondamentale de Maistre en matière politique, savoir que la Révolution est une tourmente qui opérera sur son passage d'irréparables destructions, mais qui ne durera pas. Dans ce premier ouvrage, les raisons transcendantes qu'il donnera plus tard à l'appui de ses prévisions sont à peine indiquées; s'il annonce le retour prochain de l'ancien régime, c'est surtout parce qu'il voit la France révolutionnaire entourée d'ennemis et parce que la meilleure manière de convaincre les Savoyards de la nécessité de se rallier au roi, c'est de leur affirmer son retour. Ce passionné, ce mystique est un politique avisé quand il y a lieu de l'être. Et il annonce à ses compatriotes que la restauration ne sera suivie ni de représailles, ni de sévérités. Chacun reprendra sa place. Seuls les meneurs seront punis, et encore seront-ils sûrs de l'indulgence du roi s'ils viennent, avouant leur faute, se jeter à ses pieds. Au roi, il rappellerait, s'il osait, le mot profond de Charles II d'Angleterre, à qui l'on conseillait aussi le pardon et l'oubli, au moment de sa rentrée dans ses États : « Oui, dit le roi, le pardon pour mes ennemis, et l'oubli pour mes amis ».

A ces sages avis, il est piquant d'opposer la conduite de Victor-Amédée, au moment où paraissent

les Lettres d'un royaliste. L'alliance avec l'Autriche qui venait de lui envoyer un général, le marquis de Vins, les difficultés que la France trouvait de toute part, le soulèvement de quelques paysans du Faucigny, donnaient à ce prince l'illusion que la Savoie serait prochainement reconquise. Aussitôt il s'occupe de constituer des commissions militaires pour juger les coupables. « Vous me parlez, dans une de vos lettres, de la place d'avocat général, écrit Maistre, le 4 septembre 93, au baron Vignet des Etoles, agent diplomatique de Sardaigne à Berne. Je ne sais que vous dire. Quand même on penserait à moi, ce que je ne crois pas du tout, il y a apparence que je ne pourrais pas m'accorder avec les maximes qu'on adoptera. Étiez-vous instruit de la chambre ardente établie à Moustiers? Je vous avoue que je ne voudrais pas faire partie de pareils tribunaux. Comment? la première idée du roi est de punir. A-t-on jamais rien imaginé de plus impolitique? Tandis que les trois quarts de la Savoie sont sous le couteau, on s'amuserait à pendre en effigie! Belle imagination en vérité!... Tandis qu'il faudrait inonder la Savoie décrits encourageants et consolateurs, ils ne pensent qu'à planter des potences! » La place d'avocat général ne fut pas offerte à Maistre et le « système de Turin », comme il disait, ne fut pas appliqué, par la bonne raison que les espérances du roi et de ses ministres furent déçues. Alors que les exaltés voyaient déjà l'armée austrosarde à Lyon, l'arrivée des renforts que le général

LES ANNÉKS f)'l':Ml(;nATIOIV.

Gouvion amenait à Kellermann, jointe à l'incrlie de M. de Vins, retourna les rôles. Les Austro-Sardes repassèrent les Monts au grand scandale des hommes de cœur qui servaient le roi. Joseph de Maistre ne pouvait contenir son indignation : de ce temps date sa haine pour l'Autriche, dont il ne manquait jamais une occasion de stigmatiser la perfidie et la duplicité. Pour lui, comme pour bien d'autres, le marquis de Vins avait reçu l'ordre de rester en Piémont. A quoi bon guerroyer en Savoie et en France, dans des pays dont l'Autriche n'avait que faire? Ne jamais prendre ce qu'on ne peut garder, telle était, d'après Maistre, la maxime du conseil aulique, lequel professait aussi qu'il ne faut jamais défendre pour l'ami ce qu'on peut espérer reprendre sur l'ennemi. Cette défense ne donne que des titres à la reconnaissance de l'ami qu'on a secouru; la reprise confère des droits plus sérieux sur ce qui en est l'objet. S'assurer des droits sur le Piémont, paraissait le véritable but du gouvernement de l'Empereur en s'alliant avec Victor-Amédée. Alors que son ami Vignet des Étoles, esprit moins clairvoyant, ne concevait de salut que dans l'écrasement de la France par l'Autriche, Maistre, qui haïssait le jacobinisme comme personne, sentait la nécessité d'une France puissante dans l'intérêt de l'équilibre européen. « Les Français, écrivait-il, ont sans doute des côté? qui ne sont pas aimables : mais souvent aussi nous les blâmons parce que nous ne sommes pas faits comme eux. Nous les trouvons légers. Ils nous trou

CoQoitDAN. — Joseph de Maisire. 3

vent pesants. Qui est-ce qui a raison?.,. Le reproche que vous faisiez l'autre jour aux Français (aux émigrésy dé se réjouir des succès de leurs bourreaux vient eno re de la même prévention, si vous y regardez de près, car ce sentiment est très raisonnable et même héroïque. Les soldats français ne sont point les bourreaux des émigrés, mais les sujets de ces bourreaux, ils se battent pour une mauvaise cause, mais leurs succès n'en sont pas moins admirables.... Si je n'ai pas de fiel contre la France, n'en soyez pas surpris : je le garde tout pour l'Autriche. C'est par elle que nous sommes humiliés, perdus, écrasés. C'est par elle que nous sortirons d'ici non seulement sans argent, mais sans considération, j'ai presque dit sans honneurs. Cette maison d'Autriche est la grande ennemie du genre humain et surtout de ses alliés. » Très tenace dans ses idées, toujours fidèle aux premières impressions reçues, Maistre garda jusqu'à sa mort sa haine de la politique autrichienne, en même temps que sa sympathie pour la France, qui n'a pas eu d'ami plus chaleureux que ce fougueux adversaire de la Révolution.

11 suivait avec émotion, de son observatoire de Lausanne, les péripéties de la guerre qui se poursuivait dans les Alpes. Les lettres de son ami Costa de Beauregard le renseignaient sur les événements. Ce dernier avait avec lui son fils aîné, Eugène, un jeune homme, presque encore un enfant, qui donnait de grandes espérances et qui mourut des suites

LES ANNKKS D EMKiHATION. 35

d'une blessure reçue dans une escarmouche au Col Ardent. Maistre fut chargé d'annoncer la triste nouvelle à la marquise Costa, qui était, au printemps de 1794, à Nyon. « A la première nouvelle de votre malheur, écrit-il au malheureux père, j'ai volé à Nyon, où j'ai demeuré deux jours avant de monter l'escalier de votre femme. Enfin, il a fallu se déterminer : il n'y a plus eu moyen de lui cacher sa perte. Je n'entreprends point de vous peindre sa tristesse. Elle est profonde ; mais elle est religieuse. . . . Au milieu du triste spectacle que j'ai sous les yeux, j'éprouve une satisfaction inexprimable à voir que les soins de l'amitié sont doux pour votre malheureuse femme. Je suis venu pleurer avec elle et elle m'en sait gré. Cher et malheureux ami, que ne puisje me partager? que ne puis-je pleurer à Nyon et à Coni ? Si quelque chose pouvait augmenter la tendre

amitié que j'ai pour vous, c'est le malheur » El

Maistre entoure la femme de son ami de la plus touchante sollicitude. Il la décide à revenir a Lausanne, l'installe auprès de sa famille. Cet homme qui semble toujours planer dans les froides régions de la philosophie, dont la doctrine respire parfois une dureté presque cruelle, révèle une âme capable de tendresse, et la douleur à laquelle il assiste l'émeut jusqu'au cœur. Ne sachant quel adoucissement apporter au chagrin de la marquise Costa, il eut l'idée de consacrer quelques pages au souvenir du malheureux jeune homme qu'elle pleurait. Le discours à la marquise Costa rappelle par son objet

36 JOSKPH DE MAISTRË.

ces écrits qu'on appelait autrefois des Consolations, et dont Sénèque, dans l'antiquité, a donné les modèles les plus connus. Mais il a été aussi pour l'auteur une occasion d"e:çprimer quelques-unes de ses idées favorites , qui commençaient alors à germer dans son cerveau. M. de Maistre est tout entier dans ce discours, a pu dire non sans raison Veuillot.

Il a eu le mérite de comprendre que, pour calmer le désespoir dune mère, les procédés des philosophes stoïciens étaient impuissants. Loin de chercher à détourner sa pensée, il lui rappelle les qualités charmantes de lenfant qu'elle a perdu. Elle l'aimait trop pour pouvoir être distraite de son chagrin. Elle ne pouvait trouver quelque douceur que dans le ressouvenir de l'enfant chéri, en se le représentant tel qu'il était, en songeant au bonheur de sa présence. « Les véritables douleurs ne veulent pas être distraites, dit Maistre.... Je sais que vous ne jouissez que de ce qui peut entretenir votre douleur. » — « C'est consoler un philosophe que de lui justifier ses larmes, écrivait Molière à son ami Le Vayer qui avait, lui aussi, perdu son fils, et de mettre sa douleur en liberté. » Ce qu'une intelligence délicate des besoins d'une âme endolorie avait inspiré à Molière, l'infaillible instinct du cœur le dictait à Joseph de Maistre. Le poète et le philosophe ont senti l'un et l'autre, <:omme l'auteur de l'exquise étude à qui nous empruntons ces lignes, que « consoler une douleur, ce n'est pas en dis-

LES AXMCHS » K M K; It AI ION. 37

traire : ce n'est pa.s même la guérir. Consoler une douleur, c'est la charmer ».

Au temps où il composait ce discours, les méditations de Maistre se concentraient de plus en plus sur la politique et ce que l'on appellerait de nos jours la sociologie. Dans une lettre à Vignet des Étoles, du 22 août 1794, il expose le plan d'un grand ouvrage auquel il travaille. « Chaque jour, dit-il, il grossit sous ma main. » Son plan était d'étudier successivement les origines de la souveraineté, l'exercice de la souveraineté, le droit d'insurrection, en démontrant par l'absurde qu'il n'existe pas. Une quatrième partie, sous le titre de politique expérimentale, aurait apporté la démonstration des vérités contenues dans les trois premières, en prenant exemple de la France. « Je ferai voir, écrivait-il, les résultats du système français par les propres aveux faits dans les discussions de la Convention. J'ai assemblé une foule incroyable de textes que je mettrai ensemble pour faire un discours suivi. C'est un travail extrêmement pénible, mais le résultat serait piquant et intéressant. » Cette compilation a été poussée fortloiy, et a été publiée dans les œuvres posthumes de Maistre sous le titre ironique àe Bienfaits de la Révolution. Les trois premières parties n'ont pas été achevées; mais les quelques chapitres

qui ont été rédigés, sans avoir été relus, assure une note manuscrite trouvée dans les papiers de l'auteur, sont bien précieux comme étant la première expression de la pensée de Maistre sur la question qui le préoccupait le plus, savoir l'origine divine de la souveraineté. Publiées après sa mort sous le titre à' Études sur la Souveraineté^ ces pages permettent de se rendre compte du développement successif de la pensée de Fauteur. Nous verrons en effet que de sa doctrine sur la souveraineté dérive, non seulement sa foi immuable dans le retour de la monarchie, mais jusqu'au vaste système théocratique dans lequel il prétendait englober l'univers.

Dans la lettre même où il esquissait ce projet qui ne fut jamais réalisé, Maistre ajoutait : « Je suis persuadé que le plus grand malheur qui puisse arriver à l'Europe, c'est que la France perde toute influence. J'ai donc raison de m'y intéresser. Vous, au contraire, vous la regardez comme l'ennemi du genre humain : vous avez donc raison de lui souhaiter toutes sortes de maux. Xous partons du même principe, quoique nous arrivions à une conclusion opposée. O csecas hominum mentes! Cette diversité d'opinions m'a fait naître l'idée d'un ouvrage qui serait certainement lu avec avidité : mais il ne faut pas tant entreprendre! » — Cet ouvrage, il se décida pourtant à l'écrire, et c'est celui qui, en si peu de temps, a porté si haut sa réputation : les Considérations sur la France.

La mode était alors aux Considérations. Nombre

LES ANNÉES d'ÉMIGRATION.

.n,ommes, frappés par les cvônements -P ' J'^ «' ,,a<vinues dont ils étaient les témoins, ayant le sentiment qu'ils assistaient à une évolution , «.portante de rimmanité, s'en exagérant même parfois la granité, comme il arrive souvent quand on voit de près les événements historiques (ils paraissent trop grands ou trop petits, rarement dans leurs vraies proporions),éUvaient le besoin de faire part a leuis

contemporains des idées que ce spectacle leur m snirait. Le mot de Considérations a servi de tu e a bien des livres dont quelques-uns, avant même eelui de J. de Maislre, ont obtenu, en leur temps, un vif succès. Le plus ancien en date a paru a Bruxelles en 1793 : les Considéranons sur la nature Tla résolution française, par Mallet du Pan. Ce Gènevois ancien rédacteur politique du 3/..c«.e, royale'convaincu, était un homme très instruit, très

avisé d'un caractère très droit; mais, protestant de I iln, peu enclin à faire intervenir la Providence dans le affaires humaines, il était plus observateur 'ue créateur d'idées. Il différait donc entièrement de Joseph de Maistre, qui pourtant fut très frappe par son livre et l'en félicita chaudement dans une ettre commençant par ces mots : « Monsieur qui vous a lu vous estime ». Rare éloge chez un Tomme peu enclin à la louange à l'égard d un pro-

'"dTux ans plus tard, Saint-Martin publiait sa Lettre à un ami ou Considérations politiques plnlosop,U,ues er religieuses sur la résolution française.

Celte lettre n'eut pas de lecteur plus empressé que Maistre. Il y trouva, noyées dans un fatras mystique, des pensées curieuses et suggestives : il y vit notamment que la iProvidence avait seule voulu et amené la Révolution à l'effet d'épurer l'humanité et pour préparer Tavènement d'une ère nouvelle où le vi'ai christianisme florirait sous l'égide de Dieu. Dans le puissant cerveau de Maistre se combinèrent les idées claires, simples e^ logiques de Mallet du Pan, l'observateur méthodique et attentif, avec les conceptions mystiques, les prophéties sibyllines du « Philosophe inconnu ». De cette fusion d'éléments divers, vivifiés et transformés par une imagination puissante, naquirent les Considérdlions sur la France.

Pendant que Maistre écrivait à Lausanne, un homme qui ne le connaissait pas et dont il ignorait l'existence, exilé luiaussiparlaRévolution, méditaitde son côté sur les mêmes objets. Né dans le Rouergue la même année que Maistre naissait en Savoie, le vicomte de Ronald n'aurait sans doute, lui non plus, jamais écrit, si la Révolution n'avait pas éclaté. Émigré à Heidelberg, il avait cjuarante ans quand il prit la plume. Sa Théorie du pouvoir ciuil et religieux dans la société civile parut, en 1796, à Constance, au moment où les Considérations sur la France paraissaient à Neuehâtel. Ronald et Maistre, pendant cette première partie de leur existence, ne se doivent rien l'un à l'autre. Au même moment, mus par les mêmes ressorts, ces deux hommes, éo-alement dévoués à la

LES ANNKRS D EMlOnATION. 41

religion et à la royauté, eurent la même vision du présent et de l'avenir. Mais tandis que Maistre, esprit ailé, anime tout ce qu'il touche, et, là où il ne peut pas convaincre, éblouit, Bonald, esprit judicieux, froid et lourd, fatigue souvent le lecteur, sauf à le captiver çà et là par quelque formule lapidaire qui force l'attention et se grave dans la mémoire. C'est Bonald qui a écrit cette phrase : « La Révolution a commencé parla déclaration des droits de l'homme. Elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu. » On ne peut résumer plus heureusement le sens général des Considérations sur la France. Pareille identité de vues et de tendances, chez deux hommes restés si longtemps sans communication l'un avec l'autre, excitait l'admiration de INIaistre. « Est-il possible, écrivait-il plus tarda Bonald, que la nature se soit amusée à tendre deux cordes si parfaitement d'a;ccord que votre esprit et le mien? C'est l'unisson le plus rigoureux. C'est un phénomène unique. »

Quand Maistre considère les événements de la Révolution, ce qui le surprend d'abord, c'est une disproportion singulière entre les causes et les effets. Il voit des hommes médiocres, sans volonté, sans initiative, poussés par une force dont ils n'ont pas conscience, mais dont la puissance les entraîne comme malgré eux. Ils sont le jouet de cette force irrésistible et mystérieuse, qui les a poussés où ils sont, qui a préparé les choses pour eux, qui a fait échouer toutes les tentatives de leurs ennemis, tous les efforts tendant à enrayer le mouvement révo-

lutionnaire. Cette force, quelle est-elle? sinon la. volonté même de la Providence agissant sur l'humanité par les voies secrètes qui lui sont propres. La Révolution n'est pas l'œuvre des hommes. Ils ne l'ont ni prévue, ni désirée, ni préparée, ni conduite. Elle est l'œuvre de Dieu.

La France a une mission spéciale à remplir dans le monde : c'est de marcher à la tête de la chrétienté. Ce n'est pas en vain qu'elle a été appelée la fille aînée de l'Église. Ce devoir, elle y a manqué en propageant l'impiété par l'organe des philosophes, en proclamant son indépendance contre Dieu même. Donc elle doit être punie. La punition, c'est la Révolution. — On dira peut-être que les coupables ne sont pas tous atteints et que des innocents sont frappés. Mais sait-on si ceux qui paraissent innocents ne sont pas aussi coupables que les autres ? Parmi les victimes de la Terreur, en est-il beaucoup qui n'aient pas mérité leur sort par quelque complaisance envers les doctrines révolutionnaires? Au surplus qu'importe? C'est ici que se montrent les théories que l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg dé\e\op\)era. plus tard avec tant d'éclat. Qu'iraporte si quelques innocents sont frappés? X'est-ce pas une loi divine, loi manifeste et lumineuse, bien qu'incompréhensible pour notre faible raison, que les innocents payent pour les coupables? Le sang répandu possède un mystérieux pouvoir de rédemption et de purification. Celui des innocents est le plus précieux. Ce sang nécessaire au salut de la

LES ANNEES D EMIGRATION. 43

France, la Providence n'a pas voulu qu'il rougît les mains des royalistes. C'est aux révolutionnaires eux-mêmes qu'elle a laissé l'odieux d'accomplir , par les massacres de la Terreur, par leur propre entr'égorgement, le sacrifice horrible et salutaire. Il ne sera pas stérile, car le sang n'est jamais répandu en vain. Le sang est « l'engrais qui fait pousser le génie », et le genre humain est « un arbre qu'une main invisible taille sans relâche » pour que ses fruits soient plus beaux. La France, ensanglantée et purifiée en même temj)S que punie, sera plus apte à reprendre son rôle. Que Dieu ait sur la France des vues particulières, c'est ce dont on ne peut douter quand on voit de quelle protection constante il la couvre, même au plus fort de la tempête qu'il a déchaînée contre elle. Ce n'est certes pas pour le gouvernement qu'elle s'est donné, qu'elle croit s'être donné, ce n'est pas pour couvrir de gloire les hommes qui la dirigent qu'il lui accorde la victoire sur tous ses ennemis du dehors! N'est-ce pas un miracle évident que le succès de ces armées françaises qui n'ont ni argent, ni vêtements, ni discipline? Mais Dieu ne veut pas la ruine de la France. Il ne permet pas qu'elle soit démembrée. — Quant au gouvernement révolutionnaire, il ne peut pas durer. Dieu s'est réservé la tâche de créer les vrais gouvernements. Qui reconnaîtrait sa main dans ceux de la Convention ou du Directoire? On ébauche des constitutions sans égard pour le passé du pays, pour ses goûts, pour ses mœurs, pour sa foi. On légifère pour l'homrae-type,

4i JOSEPH DE MAISTRE.

comme s'il existait. Il y a au monde des Français, des Anglais, des Italiens, des Allemands. Il y a des Persans, il y a des Chinois. Mais Thomme abstrait qu'ont en vue les politiques révolutionnaires n'a jamais existé nulle part. La Révolution est incapable de fonder, })arce que jamais un État n'a été fondé par la volonté raisonnée d'un ou de quelques hommes. Qu'on observe dans l'antiquité et dans les temps modernes comment naissent les sociétés humaines; partout on trouvera, à l'origine, la religion. Et qu'on n'oppose pas à cette règle universelle la constitution des Etats-Unis d'Amérique. Rien ne prouve qu'ils dureront. Les Américains ont décrété la création d'une ville fédérale. « On pourrait parier mille contre un, écrit Maistre, que la ville ne se bâtira pas, ou qu'elle ne s'appellera pas Washington, ou que le Congrès n'y résidera pas. »

Ne pouvant croire à la durée de la république en France, Maistre conclut au prompt rétablissement de la monarchie, après que l'œuvre de purification sera achevée. C est pour la maison de Bourbon que travaille la Providence, pour cette maison qui a fait la grandeur de la France et qui n'a pas démérité devant Dieu. « Tous les monstres que la Révolution a enfantés, dit-il, n'ont travaillé suivant les apparences que pour la royauté. Par eux. l'éclat des victoires a forcé l'admiration de l'univers Par eux,

le roi remontera sur le trône avec tout son éclat et toute sa puissance, peut-être même avec un surcroît de puissance. » A cela, on objecterait en vain que

LIÎS ANNKIÎS D liMKIRATlON. 45

les traditions sont l^risées en France, que le peuple ne veut plus de roi, que l'âme de la nation est démocratique. 11 importe peu. « Tous les hommes qui ont écrit ou médité l'histoire, répond Maistre, ont atimiré cette force secrète qui se joue des conseils humains,... mais c'est surtout dans l'établissement et le renver-gLement des souverainetés que l'action de la Providence brille de la manière la plus frappante. Non seulement les peuples en masse n'entrent dans ces grands mouvements que comme le bois et les cordages emplo3^és par un machiniste, mais leui'S chefs mêmes ne sont tels que pour les yeux étrangers. Dans le fait, ils sont dominés, comme ils dominent le peuple. Ces hommes, qui, pris ensemble, semblent les tyrans de la multitude, sont eux-mêmes tyrannisés par deux ou trois hommes, qui le sont par un seul. Et si cet individu unique voulait ou pouvait dire son secret, on verrait qu'il ne sait pas lui-même comment il a saisi le pouvoir, que son influence est un plus grand mystère pour lui que pour les autres et que des circonstances qu'il n'a pu prévoir, ni amener, ont tout fait pour lui ou sans lui. » Quand l'heure viendra, marquée par la Providence, pour le rétablissement de la monarchie, les choses se passeront de la manière la plus simple. « Quatre ou cinq personnes peut-être donneront un roi à la France. Des lettres de Paris annonceront à la province que la France a un roi et les provinces crieront : Vive le roi! A Paris même, tous les habitants, moins une vingtaine, apprendront en s'éveil-

lant qu'ils ont un roi. Est-il possible? s'écrierontils. Voilà qui est d'une singularité rare! Qui sait par quelle porte il entrera? Il sera peut-être bon de louer des fenêtres à l'avance, car on s'étouffera. »

Ainsi pensait et écrivait Maistre en 1796. S'il se trompait en déniant aux Américains le pouvoir de fonder une ville par un acte de volonté réfléchie, il voyait singulièrement juste quand il proclamait l'instabilité du Directoire et vaticinait le retour de la royauté. Par une intuition merveilleuse, plutôt que par des raisonnements dont nul aujourd'hui sans doute n'oserait soutenir la valeur intrinsèque, il a eu de l'avenir une vision si nette, si exacte, qu'il a pour ainsi dire tracé d'avance le programme de la rentrée du roi Louis XVIII. Les Considérations devinrent en peu de temps le bréviaire des mécontents, des émigrés, de tous ceux — et ils étaient nombreux — qui avaient besoin d'espérer des jours meilleurs. Et quoique l'œuvre eût paru sans nom d'auteur, le nom du comte de Maistre devint immédiatement célèbre. Tel fut le succès du livre, que, quelques mois plus tard , quand Bonaparte entra dans Milan, la cinquième édition était en vente chez les libraires de cette ville. Un grand nombre d'exemplaires furent achetés par les officiers de l'armée française, y compris le général en chef. Ce dernier, dit-on, lut le volume avec avidité et conçut pour l'auteur une vive admiration. Comment n'eût-il pas admiré un homme qui flattait sa passion de l'autorité, qui déclarait non viable le gouvernement révo-

LES ANNÉES D ÉMIGRATION

lutionnaire, et qui enseignait le moyen de s'emparer (lu pouvoir? Ce moyen n'était pas encore tombé dans le domaine public. Et, en lisant ces pages éloquentes sur le rôle de Dieu dans la fcrmation des sociétés, se voyant lui-même l'instrument d'une force mystérieuse qui le poussait au premier rang, qui le débarrassait de ses compétiteurs, qui lui préparait des victoires invraisemblables, n'a-t-il pas pu se sentir en quelque sorte confirmé par les doctrines de l'ancien sénateur de Savoie dans les vagues espérances qu'il concevait alors? Ne le voit-on pas, contre l'avis de tous ceux qui l'entourent, préoccupé de s'assurer le concours de l'Église, de placer à l'origine de sa puissance naissante la religion sans laquelle, d'après Maistre, rien ne se fonde dans l'ordre social? Ce serait de la part de la Providence une de ces ironies qu'un grand penseur de notre temps aimait à lui attribuer, les jours où il croyait en elle, que de s'être servi pour diriger les pensées du futur empereur de celui même qui devait être son plus violent adversaire 1

îs vie-

Pendant que Maistre publiait son livre, les toires de l'armée française en Italie portaient un coup terrible à sa patrie. Son ami Costa, devenu chef d'état-major de l'armée sarda, le tenait au cou-

lant des événements. Il lui annonçait l'arrivée d'un jeune général dont tout le monde parlait avec admiration. « Corse d'origine, comme Salicetti, il était officier d'artillerie sous l'ancien régime. On le dit plein, de génie et de grandes idées. » Quelques semaines plus tard, l'armée piémontaise était écrasée. Le marquis Costa était envoyé à Quérasque pour discuter avec Bonaparte les termes d'un armistice, suivi bientôt du traité de paix annexant la Savoie à la France. Le roi de Sardaigne dut s'allier au Directoire. — Le marquis Costa, libre par suite du licenciement de larmée royale, courut rejoindie sa famille à Lausanne. Ce fut pour Maistre un grand soulagement dans les derniers mois de son séjour en Suisse. Tous les soirs, il allait chez ses amis, et les heures se passaient dans de longs entretiens, où il développait les théories transcendantes par lesquelles il se consolait du présent en prédisant un avenir meilleur.

En janvier 1797, Charles-Emmanuel IV, fils et successeur de Victor-Amédée, appela le comte de Maistre à Turin : il le reçut avec bonté et lui attribua une modeste pension de 2 000 francs. La ville était en proie au désordre, le roi faible, découragé, hésitant, le gouvernement inconsistant et versatile. L'auteur des Considérations eut une déception amère. C'était donc là cette royauté pour laquelle il avait sacrifié sa fortune et abandonné son pays ! Comme il ne savait pas cacher ses sentiments, il ne plut à personne. Quel homme était moins fait

Page 1