HERZOG ALBERT AN KAUNITZ
Bruxelles, ce 18 juin 1787.
Mon prince. L’extremité de la crise dangereuse, dans laquelle se trouvent à present les affaires dans ce pays-ci, nous obligent de recourrir encore à vous, mon prince, par l’envoy d’un Courier, et de vous prier d’interposer tous vos soins et votre credit pour nous obtenir au plustöt de S. M. les ratifications et pleins pouvoirs réitéremment sollicitées, et que nous ne pouvons regarder que comme le seul et unique moyen de combiner dans ce moment la dignité du souverain avec la nécessité de sauver cette nation du
gouffre affreux des maux, dans lequel sans cela elle va se jeter. La persuasion, qu'elle n'a pas perdue encore de yla bonté des vues de notre maître; la conviction où elle est, que les moyens contraires à ses constitutions et au pacte inaugural, qui dévoient être employées, pour remplir ces vues, ne pouvoient avoir été permis par Lui que par ce que sa religion avoit été surprise à cet egard; ou par ce que les représentations et réclamations faites par elle au sujet ne Lui avoient pas été soumises, ou présentées sous un faux jour; la certitude enfin quelle croit avoir que les
intentions et ordres du monarque ont été mal entendus, mal interprétés et arbitrairement outrepassés et étendus par le gouvernement: sont les motifs, qui me fondent à oser penser, qu'une ratification entière de ce qui a été fait ici le 30 d. m. p., jointe à une déclaration qui detruiroit toute idée, que le souverain ait pû vouloir agir contrairement aux engagements solennels qu'il a contractés, loin d'être en opposition à Sa dignité, ne pourroit qu'accroître encore la gloire, que Sa justice, Sa grandeur d'âme et Ses autres qualités imminentes Lui ont acquise.
Je suis bien éloigné de soutenir, que la façon dont on s'y est pris ici pour demander et obtenir cette marque de Son équité et de Sa bienveillance envers ce peuple-ci, puisse être canonisé en tout point, et qu'il ne devroit s’empresser à y recourrir à present avec la plus grande soumission et à aller au devant de Lui, pour Lui faciliter tous les moyens à l'indulgence et aux condescendances. C'est, j’ose l’assurer, une vérité reconnue non seulement par presque tous les membres des deux premiers états, le clergé et la noblesse, mais même par les gens sensés de la bourgeoisie qui compose le troisième. Cette vérité pénétrera, je l’espère, avec le tems jusqu’aux autres. Mais dans ce moment-ci le malheur veut, que le nombre des enthousiastes de réligion et des têtes échauffées de patriotisme est si grand, et celui des personnes raisonnables si petit en proportion, que ces derniers risqueroient leurs biens et leurs vies en manifestant ouvertement leurs sentiments, et que dans cette epoque de délire et de frénésie universelle on ne peut esperer absolument de voir revenir les esprits de leur égarement funeste sans les moyens de douceur et de
magnanimité plus souvent indiqués. Que S. M. ne se fasse d’illusion là dessus. Tout le pays, à n’en pas excepter le moindre canton, est infecté du même mal, les villes comme les campagnes; et les menées surtout des prêtres agissant par l’abus de la chaire de vérité et même du confessionnal, ont porté un tel coup sur les âmes de leurs habitants, qu’aucun raisonnement que celui des effets qu’ils attendent dans la plus grande impatience des bontés de leur souverain, ne pourra plus operer sur eux, ni les détourner de sacrifier leurs biens et leurs vies, et de se faire enterrer sous les ruines de leurs possessions plus tôt que d’entendre à l’heure qu'il est à quelque chose qui puisse paroître une altération à leurs droits, constitutions et privilèges. Je ne puis en donner de plus forte preuve qu’en disant: que nous avons vu de nos yeux de riches capitalistes et des capitaines et autres officiers, qui avoient servi avec distinction dans les trouppes de S. M., marcher avec la cocarde nationale dans les rangs des serments de la bourgeoisie et précéder et suivre des di appeaux ayant pour devise: Pro patria mori, et cela parmi les acclamations réitérées de: Vive l'Empereur! Vive nos gouverneurs generaux! Vive les
Etats! Vive l'union! Mais cet enthousiasme excessif, dans lequel l'idée de patriotisme mêle tous ces objets ensemble, se concentrera, je l'espere, bientôt sur le premier seul, dès que l'accord tant désiré des instantes prières de la nation sera arrivé; et s’il ne tarde pas, j’ose assurer que cet enthousiasme sera plus vif que jamais pour notre maître, et je me fierois presque de répondre de ma tête, qu’il nous mettra à même de la porter à concourrir, quoique par d’autres moyens et avec un peu plus de tems, à tout ce
qui peut tendre à remplir les vues bienfaisantes de S. M. Je ne puis cacher en attendant, que plus cette décision tarde à venir, et plus les dangers augmentent. L'inquiétude et l'effervescence des esprits s'accroit de jour en jour. L'ignorance du sort de De Hondt, que le peuple et la bourgeoisie de cette ville s’attendoit à voir revenir et réintégré dans son état d’un moment à l’autre, me fait craindre à chaqu’ instant une violence et un esclandre scandaleux, qui peut avoir les suites les plus funestes et qu’oblige à solliciter encore le plus vivement possible son plus prompt renvoy. Le peuple des autres villes plus ardent peut être encore que celui de la capitale et moins contenû que celuilà par la bonne bourgoisie et par notre présence, s’est déjà porté plus d'une fois à des turbulences, qui ne permettent pas d'en retirer les garnisons. Celui de plusieurs villes, qui n’ont pas de trouppes, vient de se porter à des excès que tous les soins et les mouvements que se donnent les membres des états conjointement avec nous n’ont pû réprimer encore. Enfin il ne se passe, pour ainsi dire, un moment, où nous ne recevions quelque nouvelle allarmante sur des desordres, que dans la situation presente des choses on ne peut ni prévenir ni efficacement arretter, et qui font craindre un bouleversement total de l’ordre et de la tranquilité publique et peut-être même une révolté formelle, si une résolution favorable tarde à arriver. Mais celle-ci une fois venue, signée par S. M. et publiée bientôt dans le pays, j’ose me iflatter à coup sûr, que l'ordre, le calme et la soumission renaîtra plus vite encore qu’elles n’en sont sortis, et que ces peuples aveuglés à cette heure, mais si attachés d’ailleurs à leur maître légitime, s’empresseront à
lui en donner les preuves les plus convainquantes et à reparer avec le plus grand soin et zélé les torts qu’un fanatisme inconsidéré lui fait avoir vis-à-vis de lui dans ce moment-ci.
Daignez, mon prince, presenter les choses sous ce point de vue véritable à notre auguste maître et intéressez par là sa bonté et sa clemence pour des enfants et sujets, qui ne cessent encore d’espérer en Lui. Vous tirerez en même tems de la sorte du plus affreux malheur et désespoir deux gouverneurs généraux, dont les sentiments vous sont connus, et en particulier celui, q i a l'honneur de se dire ici avec l’estime et la considération la plus distinguée,
mo prince,
votre très humble et très obéissant serviteur ALBERT P. de Saxe.
D. Eiii Entlassungsgesuch des Fürsten Kaunitz.
Sacrée Majesté.
Depuis que le décès du chevalier Dorn m'a mis dans le cas, de devoir supplier Votre Majesté, de vouloir bien me donner cinq ou six semaines de tems, pour penser à ce que je croirais pouvoir Lui proposer de plus convenable à son service, au sujet du Departement, dont ce digne homme etoit le Referendaire, sa perte a été suivie de très prés par celle de l’Abbé Giusto, très grande également poulies affaires de l’Italie, et j’ai vû augmenter moyennant cela à mon grand regret la difficulté et la nécessité du remede à un mal de cette importance.
Bien loin de me laisser décourager cependant, j’ai fait des efforts par provision, afin que Votre Majesté n'en fut pas moins bien servie que par le passé, et je me flatte qu’Elle aura daigné s’appercevoir, qu’ils n'ont pas été sans succès.
Mais comme c'est un Plan stable et solide pour l'avenir qu'il faut, je me suis appliqué en meme tems à la recherche du plus analogue aux circonstances. Je crois l'avoir trouvé, et je ne veux point différer moyennant cela, à met-
tre très-humblement sous les yeux de Votre Majesté, le Resultat des serieuses Reflexions, que de Sang Froid j’ai faites à cette occasion.
Par Principe, par Expérience, et par la conviction, qui s'en est suivie, j'ai toujours été d’avis, qu'il n'est rien de plus pernicieux, que les Demi-Choses.
Dans le cas present, où il s'agit, de devoir faire pour ainsi dire, un etablissement tout neuf, un parti de cette espece, seroit s’il se peut, encore bien moins convenable, que dans tout autre, et ainsi bien loin de me laisser aller à des idées de ce genre, j’ai porté soigneusement mes vuës sur l'Ensemble de toutes les Circonstances presentes et à venir; Comme Votre Majesté pourra, j'espere, s’en convaincre par la Nature de L'arrangement, que mon Attachement et mon devoir m’engagent à Lui proposer. Elle y verra jusques au fond de mon coeur, et Elle peut etre très persuadée, que c’est exactement, parceque je sents dans toute son étendue le prix inestimable de la confiance, dont Elle a constamment daigné m'honorer jusqu’ici, et parceque j'ai toujours fait consister mon unique bonheur dans la douce Satisfaction de La bien servir, que je me suis exécuté et décidé, pour ce que j'ai L'honneur de Lui proposer. Mon Coeur m’assure, que je puis oser me flatter, d'avoir bien servi jusqu'ici Votre Majesté, et L’Etat par ma vie active; mais il m’apprend aussi en même teins, que ce n'est plus aujourd’hui que par mon entière Retraite, que je puis rendre encore à Votre Majesté un Service proportionné à mon zele, et à la pureté le mes intentions.
Le Fond de tout mon Plan pour l'avenir porte donc, sur ce que à genoux je conjure la pieté, la grandeur dame,
et la bonté de Votre Majesté, de daigner m’accorder la permission, de me démettre entièrement, sans exception, et pour le reste de mes jours, de tous mes Emplois, de Ministre de Conference, de Ministre d'Etat, de chanceliier de Cour et d’Etat, des Departements des Païs-Bas et de T Italie, ainsi que de L’Illustre Ordre Militaire de Marie Therese, et de souffrir, que j'ose Lui proposer, de me faire remplacer dans toutes ces Charges et Emplois par le Prince de Starhemberg, des Services duquel Elle est actuellement dans le cas, de pouvoir se prévaloir auprès de Sa Personne.
J'ai le bonheur, de connoitre peut-etre plus que personne, la bonté du grand coeur de Votre Majesté, et je conçois moyennant cela, que du premier mouvement ma très humble priere pourra étonner Son Ame bienfaisante, et peut-etre meme ne pas Lui paroitre, ce que toutes fois je me flatte qu’elle est; Mais j’ose esperer cependant, que Votre Majesté y retrouvera et mon Coeur, et ma façon de penser, après qu’Elle aura daigné peser avec bonté le poids des motifs de ma resolution, et que moyennant cela non seulement Elle daignera m'accorder la Grâce, que je Lui demande, mais qu’Elle voudra bien meme accueillir mes raisons avec cette humanité et générosité, qui sont les attributs de Sa belle Ame.
Pour ne pas mériter le soupçon d’affectation, et de fausse modestie, j’avouerai ingénument, que j’ai eu le bonheur, de rendre à Votre Majesté et à l’Etat des très grands, et très signalés Services, que je ne crois meme pas, qu’il ait jamais existé, ni existera peut-etre un Ministre, qui ait servi son maitre avec plus de fidelité, et plus d’attachement à Sa Personne; Et que j’espere, que depuis les
25 ans, que j’ai le bonheur de servir Votre Majesté, Elle n’aura jamais trouvé en moi, ni coupable ambition, ni esprit de domination, ni haine et inimitié, ni envie, ni esprit de persécution et d’intrigues, ni vues d’intérêt, ni projets de m’enrichir et de m’aggrandir, ni moi, ni les miens, aux dépens de l’Etat.
C’est moyennant le bonheur, de n’avoir eu aucun de ces défauts, joints à celui de m’etre toujours vu honoré de la confiance de Votre Majesté, que pendant tout mon penible Ministère, j’ai toujours retrouvé dans le témoignage du fond de mon coeur et de mes intentions, ce sang froid, et ce courage inépuisable, qu’ont exigés tous les Revers que j'ai essuyé, et tant de circonstances de plus critiques, dans les quehe^ s’est si souvent trouvé l’Etat non moins que ma personne même. Je sents cependant parfaitement, que devant à Dieu seul mes bonnes qualités, il n’y a rien en elles, dont je puisse me glorifier, et c’est pour cela que j’ai osé les avouer.
Mais si j’ai crû devoir en convenir, je suis en meme tems bien éloigné, de me dissimuler ni mes defauts, ni mes imperfections, et encore moins capable, de faire prévaloir mes interets à ceux de Votre Majesté, en me faisant illusion, sur ce que je puis encore, ou ne puis plus, vu le mauvais état de ma Santé, dont la decadence ne me devient de jour en jour que trop sensible.
Je me regarderois comme le plus méprisable des hommes, si j’étais capable, en conservant mes Emplois, de mettre Votre Majesté dans le cas, de n’etre plus que médiocrement servie, lorsque par ma retraite je puis Lui procurer le moyen, de l’etre à l’avenir aussi bien, et peut-etre
mieux, qu'Elle ne La été par moi jusqu’ici, et je crois moyennant cela, que je dois à Votre Majesté, et que je me dois à moi même le parti, que je prends.
Votre Majesté daignera se rappeller, que dez avant le congrès d'Aix la Chapelle, ma mauvaise Santé m’a obligé, de Lui demander à deux reprises, la permission de me retirer; Et que dans le teins, auquel pendant mün dernier Séjour en France, Elle daigna me destiner à la Place de Son Chancellier de Cour et d'Etat, je La suppliois instamment, de m'en dispenser; que je pris la Liberté, de Lui exposer à cette occasion à coeur ouvert, toutes les raisons, qui me paroissoient devoir engager Votre Majesté, à faire un autre choix; Et qu’enfin ne pouvant qu'obeïr, j'eus l'honneur de La prévenir alors, que tout au plus je pourrois pour deux ou trois ans, me charger du fardeau de cette Place.
Je me souviens, que la Lettre, que j'eus l’honneur d’ecrire à Votre Majesté à cette occasion, etoit une espece de Confession generale, que je prenois la Liberté de Lui faire. Elle doit se retrouver encore parmi les papiers du feu Baron de Koch, de l’année 1752 et comme je n'en ai point de copie, je supplie Votre Majesté, d’avoir la bonté, de se la faire reproduire.
Il est arrivé neantmoins contre mon attente, et toute vraisemblance, que depuis près de 14 ans non seulement j'ai eu le bonheur, de m’acquitter des devoirs de ma Charge de Chancellier, à la satisfaction de Votre Majesté, mais que je me suis même chargé des deux Departements des Païs-Bas et d'Italie, et que de plus, j'ai pu Lui donner des preuves utiles de mon zele, dans toutes les affaires
internes de quelque importance sans exception, et dans tous les grands arrangements, qui ont été exécutés depuis quelques années dans toutes les Parties du Gouvernement, et
on semblerait etre en droit, de supposer, moyennant cela, que ma Santé etoit meilleure, que je ne la croyois. Rien ne seroit moins vrai cependant; Ce n'est que mon zele, et la considération des circonstances, qui me rendoient necessaire, qui m’ayent soutenu, et s'il m'a été possible, de faire tant de choses malgré mes infirmités, et ma façon de penser, je les dois entre autres, à la méthode que j'ai sçû mettre dans la Direction, et à ce que j'ai eu le bonheur, de rassembler, et de former dans mes trois Departemens, des Subalternes non seulement de la plus grande probité, et d'une Capacité distinguée; mais qui ont en même teins si parfaitement adopté mes principes, et ma méthode Sistematique dans le travail, que par toutes ces circonstances reuniës, ils m’ont infiniment allégé le poids de la Direction. Tous mes Bureaux étaient montés à un degré de perfection, qui peut-etre n’a jamais existé encore dans le monde.
Dans mes trois Departements, quoiqu’entierement séparés, n'ayant rien de commun que la Direction, et chacun son Referendaire particulier avec quelques Subalternes, il y regnoit non seulement l'Union et l'harmonie la plus cordiale dans chacun d'eux en particulier, mais elle etoit meme si parfaite entre les Trois Référendaires, qu'ils se soulageoient réciproquement, et concourroient à l’envie à mes vues, et au bien du Service de Votre Majesté, à tel point, que pendant tant d’années de mon Ministère, non seulement il ne m’est jamais parvenu la moindre plainte, mais que meme jamais il n’y a eu entre eux la plus legere contestation
Jamais on n'a connu dans mes Departements, ni intrigues, ni cabales, ni inimitiés; Et le Secret y a toujours été gardé si exactement, qu'il n'a jamais rien transpiré ni en Paix, ni en Guerre, quoique naturellement j'aye été souvent dans le cas, de devoir employer aux Copies des affaires les plus importantes, un très grand nombre de Subalternes en Sous ordre; Et le zele enfin qui y regnoit, etoit si vif et si elevé, que dez que je faisois entrevoir seulement, qu'il
y alloit du bon Service de Votre Majesté, je pouvois etre
certain, qu'un chacun sans distinction, feroit les plus grands efforts, sans aucun égard ni à sa peine, ni à son profit.
Le fait, avéré par l’experience de plusieurs années,
peut au besoin servir de preuve de la vérité, et de l'exactitude de cet Exposé, et il n’est personne, qui ne conçoive, que ce n’est, qu’avec des outils aussi bien conditionnés, et bien employés, que l'on peut faire beaucoup, et de grandes Choses.
Mais il a plû à Dieu, de déranger un Corps si bien organisé: Deux des Chefs sont décédés en 6 jours de teins; et le troisième est d'une santé très chancellante, prés de l’âge de 60 ans, et tellement épuisé par l'ouvrage, que sans le faire succomber peut-etre du jour au lendemain, non seulement oh ne saur oit augmenter l’immensité d’occupations, dont avec autant de zele, que de bonne volonté, il s’est chargé volontairement jusqu’ici, mais que meme pour qu'il pût peut-etre pendant quelque teins encore prolonger ses jours, il faudrait ainsi que moi, l’en décharger entièrement. Il y a 30 ans, que nous ne nous sommes jamais quittés, et j’ai tant d' Estime et de tendre amitié pour Lui, que je ne puis pas meme supporter l’idée, de voir
succomber sous le poid du travail, un Citoyen, qui a tant mérité de l'Etat, bien loin que je pusse me déterminer jamais, à contribuer à l’accélération de sa perte.
Il faut donc nécessairement dans l’état, où sont les choses, un nouvel Arrangement, quant aux Référendaires, et ma probité, ainsi que mon attachement veulent, que j’avoue ingénument à Votre Majesté, qu’aprés avoir fait de sang froid, les plus serieuses reflexions, sur L’Etat de mon corps, et de mon esprit, j'ai trouvé de quoi me convaincre, que je ne serois plus en état, de pouvoir former des nouveaux Référendaires, et de servir Votre Majesté aussi bien, que j'ai eu le bonheur, de pouvoir le faire jusqu'à present.
Je ne serois pas moyennant cela satisfait de moi vis à vis de moi-même; C'est une Situation d‘ Esprit, à la quelle je ne pourrois jamais résister, et c’est par conséquent par un effet de tous mes Sentiments pour L'Auguste Personne de Votre Majesté, par la délicatesse la plus juste, et parceque je crois le devoir en honnête homme, que je La supplie très instamment, d'avoir la Clemence d’ajouter encore à tant de marques de bonté, celle, de m'accorder mon entière Démission , et d'excuser la Liberté que je prends, de Lui proposer très humblement pour mon Successeur Le Prince de Starhemberg.
Votre Majesté commit ses talents; Et les importuns Services, qu'il a eu le bonheur de Lui rendre jusqu'ici peuvent Lui etre caution de tous ceux, qu'il pourra Lui rendre par la suite. Il est dans la vigueur de Tage, et sans exception de toute la Monarchie à mon avis, le plus propre à la Direction des importons Emplois, dont il s'agit. Non seulement il me remplacera; mais je souhaite de tout
mon coeur, et j’espere même, qu'il me surpassera de beaucoup.
On ne sauroit prendre d’ailleurs un moment plus convenable pour cet effet, attendu qu'ainsi que je l’ai déjà observé ci-dessus, on est aussi bien dans le cas, de devoir faire pour ainsi dire, Maison neuve, puisqu'il faut nommer des nouveaux Référendaires. Chaque Ministre a ses idées, et ses méthodes, et il est certain, que si on veut le mettre en état, de pouvoir rendre de grands services, il convient non seulement de Lui laisser la Liberté, d'arranger ses Directions à sa façon, mais il faut meme écarter soigneusement tous les obstacles qu'il pourroit rencontrer; Et c'est par cette raison, qu'il importe essentiellement au service de Votre Majesté, que je ne garde aucun des mes Emplois, et que je ne conserve même aucune part quelconque aux affaires. Avec toute la Philosophie imaginable de part et d'autre, nous n'empeclierions jamais, le Prince de Starhemberg et moi, qu'il ne s’élevât des factions au préjudice du Service de Votre Majesté; Et comme d’ailleurs il n’est pas possible, qu'il n’arrivat, que nous ne fussions pas toujours du meme avis, il en resulteroit nécessairement des embarras, et de très grands inconvénients pour les affaires et le Bien du Service, dont je ne me consolerois jamais, d'etre la cause, meme la plus indirecte.
Je regarde donc ma retraite parfaite en conscience, comme necessaire; Mais je m’offre en meme tems de tout mon coeur, à donner au Prince de Starhemberg, en me démettant de toutes mes charges, toutes les informations, que je croirai pouvoir lui etre de quelque utilité dans les premiers commencements de son Ministère, et à l’aider de
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mes conseils, pour l'arrangement de ses Bureaux, s’il le desire, avec autant de plaisir que de candeur et d’ingénuité. Trop heureux, d’avoir le bonheur, de pouvoir lui remettre tous mes Departements, dans une situation bien differente de celle, où ils etoient, lorsqu’il plût à la bonté de Votre Majesté, de m’en confier la Direction, et enchanté, de ce qu’au lieu de l’etat délabré, où etoient la plus part des affaires de la Monarchie, tant au dehors, qu’au dedans, il y a 13 ans, j’ai la satisfaction, de les quitter dans un tel Etat d’Amelioration en tout genre, que soutenu et perfectionné par la suite, comme je ne doute point qu’il le sera, ainsi qu’il faut déjà aujourd’hui la juste admiration de toute l’Europe, il transmettra la gloire du Regne de Votre Majesté, à tous les Siècles à venir.
Je crois cependant encore à cette occasion ne pas devoir laisser ignorer à Votre Majesté, que l’Execution de bien des vuës et entreprises de la plus grande importance, deviendroit absolument impossible, s’il arrivoit, que les Departements des Païs-Bas et d’Italie, dévoient ne pas rester reunis avec la Direction des affaires Etrangères. Indépendamment de la conséquence dont il est, que de la part des Gouvernements des Provinces Limitrophes de la Monarchie, il ne se fasse jamais rien, qui ne soit analogue au Sisteme Politique de la Monarchie en general, et meme aux circonstances du jour pour ainsi dire; et qu'il n’est, que le Ministre des affaires Etrangères, qui soit en état de pouvoir juger, de ce qui peut convenir, ou ne point convenir à cet egard; il s’ensuivroit nécessairement de cette Séparation, la perte du précieux Credit, que j’ai eu le bonheur, d’établir aux Païs-Bas, et avec lui celle des
moyens, de sauver l'Etat dans des circonstances pareilles à celles, que tout récemment nous avons éprouvées dans cette derniere guerre.
Que Votre Majesté me permette donc de La conjurer, de ne jamais donner les mains à cette Separation; Et qu Elle me permette aussi, en acquit de ma conscience, de ne pas Lui dissimuler, qu’il Lui convient, de ne jamais placer comme Référendaire au Departement des Païs-Bas, ni un National, ni meme un homme élevé dans ce Païs-là.
Accoutumé à ne point mettre des bornes à ma délicatesse, lorsqu’il s’agit du service de Votre Majesté, je crois devoir Lui avouer aussi, que n’ignorant pas, que dans les Païs etrangers, et surtout dans les Cours Alliées, je jouis de la réputation, d’etre un homme de probité, et le plus zélé Défenseur du nouveau Sisteme, j'ai crû devoir examiner scrupuleusement vis à vis de moi meme, si peut-etre ma Retraite pourroit faire quelque impression prejudiciable au Service de Votre Majesté. Mais j'ai trouvé après mure reflexion, que, comme bien loin d’etre un effet de la disgrâce de Votre Majesté, on n’ignorera pas, qu’elle n'est qu’une suite de mes très humbles instances: Que Votre Majesté d'ailleurs pourra autant qu'Elle voudra, par les effets de sa bonté, témoigner à toute l’Europe, la Bienveillance, dont Elle veut continuer à me donner des marques le reste de mes jours: que ma Demission aura été faite longtems avant le tems, auquel le Public pourra l’attribuer à la presence du Prince de Starhemberg; Et qu'il est d’ailleurs lui- même l’Ouvrier, qui a été employé, au grand Edifice du Nouveau Sisteme; Il ne m'est plus resté
aucun scrupule à cet égard, et l’unique chose, dont je crois
devoir supplier Votre Majesté, c’est, qu'Elle veuille bien ne point laisser percer le secret de ma retraite, avant que les Deux premiers mois de l'Operation de la Banque ne soient écoulés, pour ne négliger aucune des Précautions, qu'il est possible de prendre, contre l’effet des impressions, que font souvent sur le Public les choses même les plus simples.
Votre Majesté commit le Fond de mon coeur, et Elle peut imaginer moyennant cela, combien doit me coûter la resolution, de quitter pour le reste de ma vie, le Service d’une Souveraine, qui m’a toujours comblé de bonté, et à Laquelle, bien plus que par le Dévoir, j’etois attaché par la reconnoissance, par mon admiration pour Ses Vertus, et par tous les Liens, qui doivent attacher un Citoyen vertueux au Meilleur des Maitres. Mais comme je suis convaincu vis à vis de moi meme, que mon Devoir et ma conscience m’en imposent la Loi; je n’ai pu me permettre d’hesiter un moment, quoique ma Fortune soit très médiocre, et l'Etat de mes affaires domestiques assez délabré, et que je ne me dissimule pas, combien il seroit affligeant pour moi, de devoir retrancher mon Etat et ma Dépense, pendant le peu de tems, qui peut encore me rester à vivre. Mais je sents en meme tems, que de pareilles Considérations ne doivent point arrêter un honnête homme, et un Serviteur fidèle, et moyennant cela je m'abandonne aveuglement à la Divine Providence, et à la Clémence de Votre Majesté, en Lui demandant pour derniere grâce, d'avoir la bonté, d’etre bien persuadée, que je serai jusques au dernier de mes jours.
A Vienne le 4 Juin 1766.
K AUNITZ-RIETBERG.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ
Vous m’avez fait passer 24 heures bien amèrement, ne voulant suivre mon premier mouvement, mon coeur ayant été trop frappé j'ai pris ce temps pour que ma raison puisse venir à mon secours, et après mûre reflexion comme souveraine et votre amie je Vous renvoyé ce papier, et veux à jamais ignorer le Contenu ne pouvant en Souveraine vous permettre un tel pas, vous offrant en même temps tout secours nécessaire et tous les ménagements pour conserver vos précieux jours. C’est pour cette raison que j‘ai fait
venir vos deux Elèves Starhemberg et Pergen pour nous, aider, et pour avoir quelqu’uns à dresser après nos principes Si je ne les croiois bones, je ne me serois pas donné cette peine; si votre Conservation ne me tenoit à coeur, je n’aurois pas choisi ceux que vous avez formé et reconnut de tout tems comme les meilleurs. Vous me devez la justice que ma Confiance n’at jamais été plus parfaite qu'asteur. Vous avez vu que mon premier seings dans l'Etat affreux, où je me trouvois, je n'ai eut rien plus à coeur que d’affermir chez mon fils votre crédit autant que chez moi, j’y ais reuissit en plein, je dois diie qu'il n'etoit pas bien prevenut c’etoit aussi ce qui at causé les premiers bruits. Et dans ces moments-ci vous voulez me quitter, Vous qui m’avez tant prêché de ne pas quitter les Rênes du Gouvernement, étoit-ce pour me planter là après 10 mois sans aucune bonne raison? Je ne reconnois plus votre attachement, votre coeur, est-ce jalousie, est ce soupçon, sont-ce de mauvaises et fausses langues ou rapports? Sont-ce des fautes à moi, pourquoi ne me les dites pas? Elles ne sont
sûrement pas tel vis-à-vis de vous, qu’elles méritent que Vous m’abandonniez sans m'entendre; elles peuvent être de ma decadence, de mon abbatement, mais jamais de changement ou de carractère. Vous savez combien de fois je vous ais ordonnée de me dire mes defauts; il est vrai que j’ai à me plaindre là-dessus, que vous ne l’avez executée aussi souvent, que cela étoit nécessaire puisque je dois attribuer à ceux-ci l’abbandon dans lequel vous me laissez tout d’un coup sans me prévenir en rien ni s’expliquer. La seule raison que vous alléguez de votre santé ne peut dans le moment present causer cette précipitation après tous le secours que je vous offre, et auquels de tout teins je me suis prêtée en tout, là-dessus je n’ai rien à ajouter. Le coeur de Kaunitz at-t-il pu être attaqué d’une basse jalousie, a-t-il pû douter du mien, at-t-il pu craindre un changement, et croire à des tracasserie? Jugez combien mon coeur, ma façon de penser doit être humiliée et sensible, que vous me croyez capable du moindre defaut làdessus vis-à-vis de vous. Voilà mon sort, je ne trouve jamais de retour dans mes amis, je me vois toujours abandonnée d’eux, et mes tristes jours qui n’ont eu que trop de grands revers ont été marqué souvent par l’abandon de ceux, à qui je me suis livrée entièrement. Rendez-moi ce grand service de me découvrir d’où me vient ce revers, vous deviez me dire avant que d’être dégoûtée de moi les raisons, vous aviez plus de droits, vous ayant confié le secret de mon coeur, mes faiblesses, mes defauts, je vivait tianquille comptant sur le vôtre. Que nous sommes malheureux de ne pouvoir avoir un vrai ami! Je croyais l’avoir, j’étais tranquille, contente, jugez de ma chute. Chez une
autre, j'ose avancer, vous risqueriez beaucoup, mais avec moi qui n’at eu que trop de tems à connaître les hommes, je suis indulgente, et bonne, je peux même assurer que je ne suis pas capable d’aucune rancune, et que je peux oublier les choses entièrement, je suis dans ce cas, je vous offre comme ci-devant toute mon amitié et ma confiance, vous n’auroit jamais des reproches de ma part, tout est dit ici. toute ma bile est épanchée, je ne dis pas de meme de ma sensibilité, mais j’en deviendrois à bout. La seule condition que j’exige c’est que vous vous éclaircissez toujours de bouche ou par écrit des doutes, que pourroient vous rester sur les affaires ou sur mon personnel et de n’écouter aucun, autres. Il vous faut cette tranquilité pour pouvoir être en état de servir utilement l’etat, et de me soulager et de dresser des Sujets, qui après notre mort peuvent servir aussi utilement l’etat, que nous avons taché de le faire, mourons les armes a la main ou cachons nous tout deux dans les sombres montagnes de tyrol pour achever nos tristes jours dans l’oublis et l'abbandon de tout les nôtres et de l'univers. Voilà ce que votre Souveraine et votre parfaite amie peut vous conseiller ou accorder.
MARIE THÉRÈSE
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
Sacrée Majesté.
La façon dont Votre Majesté at envisagé la très-humble supplique que j’ai osé Lui addresser, est, je l’avoue, la seule des possibles, que je n’avois pas prevu, et que je
n'aurois jamais imaginé; Mais aussi, en ai-je été, on ne peut pas plus étonné, et plus frappé.
Je demande humblement ma Demission à Votre Majesté, 22 ans après la Lui avoir demandé pour la première fois, parceque, comme je puis l’attester devant Dieu, de Corps et d' Esprit, je ne me sents plus en état, de pouvoir continuer à La servir; Je ne me permets meme de demander ma retraite, que lorsque je vois, que je puis etre remplacé, et j'offre enfin avec la plus grande Sincérité à mon Successeur, toute l’aide et toute l’assistance de ma part qu'il pourra desirer.
C'est cependant une démarché aussi simple et dictée uniquement par la nécessité, que Votre Majesté croit pouvoir envisager comme une ingratitude, et attribuer à des dégoûts ou des Soupçons dissimulés, à l’envie et la plus basse jalousie, à complots, et projet de l’abandonner, enfin à tous les Sentimens les plus afreux, que l'on puisse supposer à l’ame la plus noire.
Je ne cacherai pas à Votre Majesté que je ne m'attendois pas à pareil jugement de Sa part sur le Caractère d’un homme, qui par ses principes, sa Morale, et sa façon de penser n’a jamais mérité, je crois, vis à vis de toute l’Europe, et moins encore vis à vis de Votre Majesté, d’etre non seulement confondu parmi la foule des âmes communes, mais meme mis au nombre des plus méprisables.
S’il reste encore quelque bonne opinion de moi à Votre Majesté, et sur tout si Elle veut bien Se rappeller encore le zele le plus pur et l’Attachement le plus parfait à Sa Personne, dont il n'est pas de jour, que depuis 25 ans je ne Lui aye donné des preuves continuelles, Elle ne pourra
s’empeclier de comprendre, à quel point je dois etre humilié et affligé, de voir, que mes Sentiments, et une conduite, qui ne s'est jamais dementie, ne m'ayent pas meme mérité assez l’Estime de Votre Majesté pour me mettre à l'Abri de tout Soupçon.
Votre Majesté ayant pû avoir de moi de pareilles idées, il ne seroit pas étonnant si actuellement que je ne puis plus les ignorer, je me croyois désormais tout à fait impropre, à La servir utilement, quand meme ma Santé pourroit me le permettre encore, attendu que moyennant cela Elle ne peut, et ne doit plus m'honorer de Sa Confiance, et que sans elle je ne puis Lui etre bon à rien; ains au contraire.
Pour lui prouver cependant combien je suis eloi gné de les mériter je crois devoir attribuer tout le Contenu du Papier, qu’Elle a eu la bonté de me remettre, à la première sensation, que Lui a fait un Evenement aussi imprévu et inattendu, que la demande de mon entière retraite, et c’est uniquement dans cette Confiance, que j’ai pû encore gagner sur moi, de chercher quelque moyen de satisfaire Votre Majesté, et de Lui donner par là une preuve nouvelle de mon Attachement inviolable à son auguste Personne.
Votre Majesté desire lmo* Que „je conserve la Direction supérieure de toutes les affaires; et 2do' que je m’employe à Lui former dans la personne du Prince de Starhemberg et du Comte de Pergen des sujets, qui après notre mort physique, ou civile, ce qui est egal, puissent servir l’Etat aussi utilement, que Nous avons, dit— Elle , taché de le faire.“
Tout à fait contre mon Espérance, Dieu m’a fait la Grâce, d’avoir trouvé ce me semble, un moyen de remplir pratiquement toutes les vues de Votre Majesté, aussi lumineux, qu’il est conforme à l'etendue de mon zele; Mais
c’est aussi tout ce que je puis, et j'ose dire, que je fais
l’impossible en m’y prêtant.
Comme il me semble, que rien ne presse autant, que de tirer Votre Majesté de peine, je me bâte de porter à Sa Connaissance, que bien loin de vouloir L’abandonner je compte par le Plan, que j’aurai l’honneur de Lui proposer, Lui rendre le plus grand des Services possibles. Je me propose de Lui en donner incessamment de bouche, une idée en gros, que je travaillerai et détaillerai ensuite par écrit, si elle Lui convient, et en attendant je La supplie, de daigner agréer mon empressement, et d'avoir la bonté de me rendre les Sentiments, que méritent ma fidelité et mon attachement le plus respectueux.
A Vienne 11 Juin 1766.
KAUNITZ-RIETBERG
APOSTILLE DIE KAISERIN-.
J’ai bien regrettée qu’on m’a dit hier que vous etiez au Bourg pour me parler votre billet a mis le calme à mon ame, je ne suis inquiété de rien pourvu que vous y etes que vous dirigez. Tout le reste doit, et se fera et mon premier soin sera de vous procurer tous les soulagemens et sur ma reconnoissance et amitié vous pouvez compter entièrement.
JOSEPH AN KAUNITZ
Ce n’est point à mon arrivée à Eger que je m’attendois à pareille nouvelle mon cher Prince, j'ai lu avec toute l’attention, les Pièces que vous m’avez envoyé. La fin de votre Note allemande dans laquelle vous m'assurés du consentement de mon Auguste Souveraine et Mere fait que sans entrer en ultérieure discussion du projet que vous me proposés je me conforme en tout à ce qu’elle a déjà daigné aprouver permettés moi seulement que je vous fasse compliment sur ce grand genereux et beau procédé c’est vraiment penser en patriote que de vouloir le meme bien à la Patrie meme apres son existence en lui formant apres les bons principes que vous avés inculqué des hommes capables de les suivre. Mais une chose que je ne puis comprendre et que vous ne refuserés point à l’etat et à la Patrie qui vous estime ni à votre Souveraine qui vous aime, c’est non pour deux ans mais pour toujours de vouer votre jugement discernement qui saisit toujours le vrai dans chaque chose et qui Vous fait toujours trouver le meilleur parti à l'etat et à elle. Que le Materielle ou usuell de vos Departemens soit confies à d’autres rien de plus juste mais que l’esprit regiseur soit toujours le votre c'est la clarté de vos idées que nous ne pouvons quiter et qui jamais ni par l’âge ni par la Santé s’affoiblissent jusqu'au point de devenir inutiles ainsi mon cher Prince défaites Vous de toutes les matérialités ne lisés ni n’ecrivés mais pensés au bien de l' Etat au service de Maitres qui vous aiment et vous ne nous refuserés point la continuation de vos Talens je vous
connois trop pour en douter et vous me connoissés assés pour etre persuadé que je pense ce que je dis, et que je vous estime honore et aime très sincèrement adieu.
JOSEPH
Eger ce IG Juin 176G.
KAUNITZ AN JOSEPH
Vienne ce ^0. Juin 1766.
Sacrée Majesté.
Je suis si rempli d'admiration, et si touché en meme teins de tout ce qui nous est venu dans la journée d’hier de la part de Votre Majesté, que mon coeur ne pourroit suffire à toutes les Sensations qu'Elle lui a fait éprouver, s’il de voit les renfermer au dedans de lui meme. Votre Majesté qui reunit heureusement les qualités d’un grand homme à celles d'un bon Prince, en cette considération ne sauroit donc désaprouver, que le Serviteur le plus tendrement et le plus sincèrement attaché à Sa Personne ose Lui ouvrir son aine en pareille circonstance, et je prends sans hésiter, moyennant cela, la Liberté d’oser porter à Sa Connoissance, autant que le peut l’expression des Sentiments dont Elle m’a pénétré. J’ai admiré avec cette douce satisfaction, que nous fait éprouver l’agreable decouverte de grandes qualités dans ceux aux quels nous sommes attachés par le coeur, la Sagacité le rare discernement et la justesse d’ Esprit
incomparable, avec laquelle Votre Majesté a vu et pris tout de suite le meilleur des partis possibles sur l’objet de la Lettre qui etoit addressôe au Maréchal Lascy, Et je n’ai pas eu moins occasion d’admirer la justesse d’ Esprit avec la quelle Elle a saisi, pour ainsi dire, dans un moment toute la valeur d’un Plan, que tout autre que l’incomparable Fils de l'Auguste Marie Therese n’auroit certainement senti tout au plus qu’aprés l’avoir long tems médité. J’ai connu peu d’hommes dans ma vie, doués, meme dans un âge avancé, des rares qualités du coeur et de l’Esprit, que la Providence a rassemblées en Votre Majesté, et ni de loin ni de prés je n’en ai connu aucun de Son Age. C’est un Aveu que la vérité et la joie que j'en ressents m'arrachent. J'en félicité la Patrie et l’humanité, et j'ose me flatter, que de ma part Votre Majesté ne le regardera pas comme une adulation. Je suis touché d’ailleurs et pénétré autant que je dois l'etre de la plus humble mais en meme tems de la plus vive reconnoissance pour la Grâce que me fait Votre Majesté de vouloir bien consentir aussi de son coté à l'execution de l’idée que mon zele m’a fait imaginer pour le meilleur service de l'Etat. Il n'est rien qui puisse en rendre la valeur plus sensible, qu'un Examen impartial de 1 utilité infinie, dont mon Plan ne sauroit manquer d'etre, confronté avec ce qui seroit arrivé, au cas que de mon propre mouvement je ne l’eusse proposé.
Si tout uniment j'avois été capable de ne penser qu'à moi, et de me déterminer pour cet effet à conserver toutes les Places, auxquelles la bonté de Sa Majesté l’ Impératrice a successivement daigné m’elever, pour continuer à en faire les fonctions aussi bien que je l'aurois pu, Vos Majestés
Imperiales auroient nécessairement été moins bien servies qu’Elle ne l’ont été jusqu’à present; Si je les avois conservé, meme avec toute l'augmentation d' Aides, d’Outils et de Secours que m’offroit la Bonté de Sa Majesté, vu ma decadence personnelle, Elles n’auroient gueres été mieux servies; Et si j’etois venu à manquer tout d’un coup ou par ma mort ou par un degré de défaillance si absolue qu’il eut fallu m’accorder ma retraite, le mal, pendant quelque temps au moins, auroit été bien plus grand encore, et dans chacun de ces cas l’Etat dans la fâcheuse circonstance de devoir me remplacer d'un moment à l'autre par des personnes, qui, quelque éclairées qu’elles fussent, toutes neuves sur tant de Directions de la plus grande importance qui me sont confiées, auroient été obligées d'apprendre leur metier au risque et peut-etre aux dépens de l'Etat. C’est pour éviter tous ces inconvénients, que, comme je le vois, at très bien senti Votre Majesté, et pour épargner, s'il se peut, à mes bons Maitres meme jusques au désagrément d’une différence dans la façon d’etre par moi servis, que je me suis offert à m'employer moi-meme à la formation de mes Successeurs, et c’est, parcequ’on ne peut rien apprendre aux hommes qu’en le leur faisant faire sous ses yeux, et que pour que cela ne les blesse pas il faut y etre authorisé à titre d'office, que j'ai demandé, que non seulement on nomme mes Successeurs, et c'est, parcequ'on ne peut rien apprendre aux hommes qu’en le leur faisant faire sous ses yeux, et que pour que cela ne les blesse pas il faut y etre authorisé à titre d'office, que j'ai demandé, que non seulement on nomme mes Successeurs dez à present, mais qu'ils entrent meme tout de suite dans l’Exercice effectif de leurs
Emplois. Quoique mon action soit sans exemple, je ne crois pas cependant avoir rien fait de plus, que ce que doit un Serviteur comme moi, à des Maîtres tels que ceux que j’ai le bonheur d'avoir. Il m’est bien glorieux cependant, et beaucoup plus consolant encore, que Votre Majesté daigne envisager ma conduite dans cette occurrence de la façon dont Elle l’envisage, Et si quelque chose dans le monde pouvoit augmenter mon inviolable, et, si j’ose le dire, tendre attachement pour Elle, ce seroient les Sentiments dont Elle daigne m’honorer, et les assurances de son affection et de Sa haute Bienveillance. Qu'Elle me permette cependant, d'oser La supplier encore, de vouloir bien regarder la Continuation des très humbles Services que j’offre par mon Plan, comme ce que tout au plus je pourrois encore etre en état de faire. Dez cette Automne, je me proposois d’aller passer l’hyver dans quelque climat de Y Italie plus doux que celui-ci, que Votre Majesté me fasse la Grâce d’etre bien persuadée, que mon Corps en auroit autant de besoin, que mon Esprit a besoin de repos, J’en abandonne cependant l’idée de tout mon coeur, au risque de ce qu'il pourra m’en coûter; Mais je ne dois point cacher cependant en meme tems à Votre Majesté, que mon Ame ne soutiendroit pas l'effort que je fais, sans la perspective d’un terme à ma carrière, et j’oserois meme y ajouter, que pour le Bien de son Service, il n’est pas moins necessaire, que non seulement je l'aye, mais qu’elle soit comme de mes Successeurs, Tout en ira beaucoup mieux; Votre Majesté sentira de meme avec la Sublimité de Sa Penetration, qu'il importe infiniment à la gloire de Sa Majesté l’Imperatrice et la Sienne, non moins qu’à l’Opinion qu'il est de Leur Service
de donner dans le inonde du Caractère de celui qui passe pour avoir Leur Confiance, que L histoire et la marche de tout ce qui a amené cet Evenement, soit fidellement porté à la Connoissance du Public de Vienne, ainsi que des Cours Etrangères, et je suis occupé moyennant cela, à travailler actuellement en conséquence aux Instructions du Comte de Mercy sur cet Objet. Je supplie très humblement Votre Majesté de daigner me continuer ses bontés, dont je fais ma félicité. Je lui baise les mains avec la plus profonde Soumission, et Lui demande la Grâce de daigner etre persuadé que je serai jusqu’au dernier de mes jours.
K AUNITZ-RIETBERG.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ
6 Août 1766.
Après mure reflexion je crois qu'il ne faut aucun titre ni a Starhemberg ni a Pergen, que tous deux viennent ici selon votre premier Plan, pour se former sous vous et surtout pour vous soulager, avec le Caractère de Ministres du conseil d'Etat.
Pour tous vos Departements reste après de vous, de vous en servir, comme il vous conviendra le plus, pourvu que chacun soit informé de tout, pour se former, ils ne meriteroient pas notre confiance s’ils ne s’y pretoient.
Je vous laisse l’arbitre, comme vous voulez en informer le public, ce que vous voulez faire avec Binder, et que Pergen soit censé d'abord de mener la plume, sans autre titre ni decret. Je viens de lire cela a l'Empereur qui en est d'accord.
MARIE THÉRÈSE
APOSTILLE DER KAISERIN *).
C'est la plus grande marque de mon amitié pour vous que j'ai put m’occuper hier de vous jour le plus malheureux qui ayt existée jamais. Je me flatte qu’en deux annez de tems je ne serois plus ou aux moins je n’existerois plus a décider le sort de quelqu'un qui est si necessaire a l’etat. Mais dans ce moment je ne sens d’autre Sentiment que celui de l’amitié et a vous procurer cette liberté autant qu'elle dépend de moi voilà tout ma rancune Sur une affaire qui m’at causée tant de chagrin et m'en causera encore. Voila le billiet que vous souhaitez, qui n’est de meme que pour vous comme ce raport. Je n'ai jamais manquée au secret d'autrui le moindre écart la dessus la regardant comme une malhonnête du mien j’ai put disposer meme a mes dépens. Je vous envois ici le billiet de mon fils que vous me renverrois tout de suite vous voyez que la publication ne lui plait pas je crois qu'il sufit que j'ecrive a peu près
*) Vortrag des Fürsten Kaunitz 19. August 1766. Bittet um die geheime Versicherung, dass ihm nach zwei Jahren die Demission werde ertheilt werden.
Beer. Joseph II. und Kaunitz.
un billiet du meme sens que le votre a Ulfeld en lui disant qu’il ne le publie point par decret mais par un billiet a part aux ministres de la Conference. J’etois a cette place quand l'Emp. est venut je n'avois que le moment de jetter sur ce papier d'autres. Il ne Tat pas vue mais je lui aie comuniquée l'autre note après longs dispute hin und lierr voila le résultat dans le billiet ci joint a Ulfeld je voudrois que vous puissiez vous en contenter l'affaire seroit finis j'atens la dessus a l'envoier votre réponse.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ
Je vous accorde des à present puisque vous le voulez ainsi votre entière démission au bout de deux ans supposée que votre santé ne vous permet pas alors de supporter le fardeau des affaires que vous avez conduit avec tant de droiture que de zele.
ce 10 Août 1766.
MARIE THERESE
Kauuitz dankte der Kaiserin am 19 Aunust. Maria Theresia schrieb am Rande :
APOSTILLE DER KAISERIN.
Je vous doits tant et en suis si satisfaite que je n'ai rien a desirer que la continuation de votre estime et que vous rendez justice à mon coeur et façon de penser, un soupçon la dessus le plus leger et passager me seroit de la plus grande sensibilitée et comme je vous rend justice je ne souhaite autre chose que vous vous expliquiez aux moindres doutes avec votre meilleure amie seul moyen de vivre tranquille et laisser penser et parler les autres ce qu’ils veulent.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ
Keine weitere Kundmachung hat es nicht noth besonders auf die arth die nie gebräuchlich war, das publicum z weyfeit so nicht an mein Vertrauen auf Euer Persohn von welchen meine eigenhändige billiets euch Bürge sein können.
Ne voyant personne c’est les memes mots que j’ai copié que l’Empereur croit que je devoits mettre sur votre raport il est fort contraire a toute publication je le suis de meme et ne m’y prete que pour vous complaire mon billiet a Ulfeld at déjà été écrite mais j’attens asteur de vous si je dois laisser tomber toute l’affaire ou ce que vous souhaitez en attendant j’ai écrite a mon fils que je ne pouvois
vous refuser la publication vous l'ayant accordée par mon
billiet et qu’il n'at qu’à vous parler ou écrire lui meme en conséquence de ces idées. Vous ne ferois aucune semblant de tout ceci je ne vous le mande que pour savoir vos ultérieurs idées la dessus, et pour pouvoir etre informée si le fils vous en parle.
Inhalt.
März 1. Reise nach Russland.