L'ENFANT
Le 21 janvier 1797, dans une maison du vieux Marseille, située au coin de la Grand'rue et de la rue Belsunce, autrefois rue de l'Egalité, naissait un enfant qui fut Joseph Méry. Ce lieu et cette date ont été souvent discutés, aussi tenons-nous, au début de ces pages, à publier l'acte de naissance relevé à l'Hôtel- de-Ville de Marseille, sur les registres de l'ancienne mairie du Centre.
« L'an V de la République française, le 2 pluviôse, par-devant nous,
officier public de la mairie du Centre, canton de Marseille, et dans la maison commune, est comparu le citoyen Jean-Joseph-Ferréol Méry, marchand, demeurant rue de l'Egalité, isle 184, maison 5, lequel a présenté un garçon né ce jourd'hui à deux heures cinq décimes dans sa maison d'habitation, de la citoyenne Marie-Anne-Paule Semainier, son épouse, auquel garçon il a été donné les prénoms de François- Joseph-Pierre- Agnès, en présence des citoyens Jean-François Méry, entrepreneur, ayeul paternel du nouveauné, demeurant rue Coutellerie, et Louis Gaubert, commis, demeurant rue de l'Egalité, témoins majeurs qui ont signé avec le comparaissant et nous.
« Signé : J.-Ferréol Méry ; J.-F. Méry ; Gaubert ; Durbec, officier public. »
Ainsi tombe la fable, répétée un peu partout, qui faisait naître Méry aux
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Aygalades, en 1802. Parlant de la revendication par Marsoillo du berceau deMéry, Eugène deMirecourt a écrit:
a C'est une prétention qui l'honore, mais à laquelle, nous regrettons de le dire, il faut qu'elle renonce. Joseph Méry est né aux Aygalades en 1802.»
M. de Mirecourt se trompait, nous venons d'en donnerl'irréfutable preuve.
Le père Méry était marchand drapier. Il avait épousé une demoiselle Semainier, issue de la famille d'où descendait, dit-on, le cardinal Séméria, mort il y a une trentaine d'années. Joseph Méry a raconté lui-même, dans le Siège de Marseille, l'histoire d'un Pierre Méry, berger du castel Saint- Marcel, qui, ainsi qu'en font foi d'anciens registres, « avait agi avec prud'homie et zèle, durant la ténébreuse guerre que les Espagnols, commandés par le connestable de Bourbon, firent endurer aux habitants de la ville de Marseille, » et qui fut récompensé en-
suite, par les consuls de la cité, des grands services rendus aux assiégés.
En 1797, les églises, fermées par la tempête révolutionnaire, n'avaient point encore été rouvertes, et les prêtres ne pouvaient que difficilement, toujours, administrer les sacrements.
Des oratoires, disposés dans la partie la plus secrète de certaines habitations, tenaient lieu de sanctuaires. La famille Méry était une de ces bonnes et vieilles familles marseillaises conservant dans leur cœur les principes qui font les familles unies et les nations fortes. On appela un prêtre auprès du berceau de Joseph Méry. L'abbé Bonnafoux, qui fut plus tard, à Marseille, curé de la paroisse Saint- Laurent, administra le baptême à l'enfant, dans la chambre même oii il était né et, comme c'était l'usage à ce moment, sur une commode que la famille Méry a conservée très longtemps.
L'enfant grandit dans la boutique