ACTE DEUXIÈME
Tous les chants sont finis. Déjà le soleil se fait voir sur l'horizon.
JACOB
0 Benjamin! quel rêve le Seigneur m'a envoyé! il a voulu sans doute adoucir l'amertume de mes peines. Écoute-moi.
BENJAMIN
Je t'écoute, mon père.
JACOB
Je traversais le désert qui sépare le Ghanaan des bords du Nil. Je marchais environné de mes enfants : selon mon usage, je m'appuyais sur toi, Benjamin.
BENJAMIN
Et sans doute j'essayais de te rendre la route moins pénible?
JACOB
Oui, mon fils. Tout à coup, le vent du désert s'élève et porte dans les airs un nuage de sable. Ainsi que mes serviteurs et mes troupeaux, je cache ma tète pour éviter la mort, et j'attends. L'orage se dissipe, le soleil luit; je relève mon front fatigué; mais, hélas! je me trouve seul auprès d'une plaine aride et brûlante, dont l'étendue se perdait dans l'horizon. Tous mes enfants m'avaient abandonné. Une soif brûlante desséchait ma poitrine : mes forces s'affaiblissaient; j'aUais mourir, et déjà j'adressais ma prière au Seigneur : je le priais pour mes enfants.
BENJAMIN
Pour tes enfants !
JACOB
Uuand tout à coup ta voix frappe mon oreille...
BENJAMIN
'Je suis accouru vers toi?
JACOB
Tu tenais par la main un étranger : il m'apportait le fruit d'un palmier. Cet étranger, si brillant et si beau, s'est penché vers moi; mes yeux se sont ouverts à la lumière et j'ai reconnu les traits de Joseph !
JOSEPH, à part.
0 mon père!
BENJ AMIN
Quoi ! Joseph qui n'est plus?
JACOB
Je l'ai pressé sur mon cœur. Je l'ai appelé mon fils, mon bien-aimé. Non, jamais dans ma vie je n'éprouvai d'instant plus doux. 0 mon Joseph! mon cher Joseph!