ACTE DEUXIÈME
J'ai su de ma famille entière
Ce que de Joseph on disait :
Il était pieux et sincère ;
Aussi tout le monde l'aimait.
Moi, pour consoler mon vieux père,
Pour qu'il me chérisse encore plus,
Je veux acquérir les vertus
Qu'il regrette encor dans mou frère.
JOSEPH, embrassant Benjamin avec transport.
BENJAMIN
Le soleil commence à se montrer, et Jacob sommeille encore.
Sans troubler son repos, ne puis-je, Benjamin, contempler les traits vénérables de mon... de ton père!
BENJAMIN
Ah! je ne puis rien te refuser! Mais surtout ne le réveillons pas.
La tente s'ouvre : on voit Jacub couché sur de riches coussins. JOSEPH, le contemplant avec attendrissement et respect.
Quelle émotion j'éprouve en sa présence!
BENJAMIN
Qu'as-tu donc? D'où vient ton trouble? Etranp^er, si tu étais l'un de ses fils, pourrais-tu donc lui témoigner plus d'amour et de respect?
Bruit de trompettes.
BENJAMIN
Quel bruit j^uerrier se fait entendre?
Des chants lointains ont frappé mon oreille : Do mon père, par eux, le sommeil est troul)lé.
0 doux instants! mon père enfin s'éveille; Déjà d'un fils vers lui Fâme entière a volé.
Ses yeux sont pour jamais privés de la lumière; Noble étranger, ils ne te verront pas.
JOSEPH, à part.
0 vertueux Jacob ! ô respectable père !
Que ton fils ne peut-il te serrer dans ses bras !
BENJAMIN
C'est Benjamin, qui de son père Guide toujours les faibles pas.
JACOB, s'éveillant.
Dieu d'Abraham! exauce ma prière!
Près de mon dernier jour, par ton ordre sévère, Me voici loin des champs qu'habitaient mes aïeux. Grand Dieu ! si tu défends que ma froide poussière Se mêle dans la tombe à celle de mon père, J'adore dans mes maux tes décrets rigoureux. Je mourrai, s'il le faut, dans la terre étrangère, Mais qu'après moi mes enfants soient heureux.
JOSEPH et BENJAMIN.
Hélas! j'entends les vœux d'un père :
Il ne craint point de finir sa carrière. Pourvu que ses fils soient heureux.