CHA.PITRE XXIII
Dénouement.
Ce ne fut que quelque temps après l'arrivée du médecin , que M. Austin rouvrit les yeux ; mais , s'il était rendu à la vie , il ne l'était pas à la raison. Il était dans un délire complet , et il fut déclaré que sa maladie était une fièvre ce-
ou LE BRACONNIER. 3o 1
rébrale. Comme il répétait souvent le nom de Byres dans ses exclamations incohérentes , mistress Austin , dès que le médecin fut parti, ordonna à tous les domestiques de sortir de la chambre , à l'exception de Marie. Ils n'obéirent qu'à contrecœur , car leur curiosité était excitée , et lorsqu'ils se trouvèrent entre eux, ils levaient les épaules , chuchotaient , faisaient, des conjectures, se répétaient l'un à l'autrf quelques mots échappés à leur maître, et se disaient en secouant la tète : — H y a quelque chose là-dessous.
Pendant ce temps, mistress Austin et Marie restaient près de lui , et il fut heureux que les domestiques eussent été renvoyés , si 1 on ne voulait pas qu'ils sussent tout ce qui s'était passé huit ans auparavant, car Austin finit par se dénoncer lui-même comme meurtrier, parla de ses remords et de son fils. Un moment après, il s'imagina qu'il se battait avec Byres, serra les poings, en frappa l'air , et poussa des éclats de rire convulsifs. Il finit par en revenir à des lamentations, et par se faire des reproches du crime qu'il avait commis,
— O Marie, comment cela finira-t-il? —
3o^ JOSEPH RUSHBROOK
s'écria mistress Austin, quand un de ces paroxysmes se fut calmé.
— Comme tout crime doit toujours finir, madame, — répondit Marie en joignant les mains et fondant en larmes , — par le malheur.
— Ma chère Marie , ne vous désolez pas ainsi. Vous ne devez plus vous regarder comme coupable.
— Il en est donc de même de mon maître , madame, car je suis sûre qu'il s'est repenti.
— Oui , et très sincèrement. Un moment d'emportement et la soif de la vengeance ont rempli d'amertume toute sa vie. Il n'a jamais été heureux depuis ce temps, et il ne le sera que dans le ciel.
— Quel soulagement ce serait pour lui ! — dit Marie , ayant l'air de réfléchir. — Combien je voudrais en obtenir un semblable , si ce désir est permis !
— Marie, vous ne devez pas ajouter à mes chagrins en parlant ainsi. J'ai besoin de votre présence et de vos consolations à présent.
— Vous avez droit de toujt exiger de moi , madame, et il n'est rien que je ne sois prête à faire pour vous. J'ai souvent pensé ce que je
ou LE BRACONNIER. 3o3
viens dédire; mais ce souvenir me rendra plus humble , et j'en remercie Dieu.
La fièvre dura plusieurs jours, et pendant tout ce temps M. Austin reçut exclusivement les soins de sa femme et de Marie. Celle-ci avait écrit à notre héros pour l'informer de la cause qui l'empêchait de laller voir dans un moment si pénible. Elle en reçut une réponse où il lui disait qu'il avait appris de bonne part qu'il était probable que plusieurs semaines se passeraient encore avant qu'il quittât le pays ; qu'il la priait de rester avec sa mère jusqu'à ce qu'il y eût quelque chose de décidé sur la situation de son père ; qu'il désirait pourtant la voir encore une fois avant son départ , afin de prendre des mesures pour lui faire remettre les fonds qu'il avait à elle, et de lui donner un pouvoir légal pour le représenter dans ses propres affaires quand il serait parti. Il ajoutait qu'il avait lu un avertissement, mis dans un journal de Londres par ses amis de Portsmouth, qui offraient une bonne récompense à quiconque pourrait donner de ses nouvelles; et qu'il craignait qu'il ne tombât sous les yeux de quelqu'un de ceux qui avaient été présents à son procès, et qu'il ne leur fit connaître sa posi-
3o4 JOSEPH RUSHBROOK
tion. Enfin il la priait de lui écrire tous les jours, si elle le pouvait, quand ce ne serait que quelques lignes, et d'assurer sa mère de toute sa tendresse. Se conformant aux désirs de notre héros, Marie lui écrivait chaque jour quelques mots; les autres domestiques s'en aperçurent bientôt, et, grâce à leurs soins, le bruit se répandit partout qu'une correspondance journalière avait lieu entre le château et un homme détenu dans la prison d'Exeter; circonstance qui ajouta encore au mystère qui couvrait la situation de M. Austin. On envoya de toutes parts demander des nouvelles de sa santé ; force cartes furent déposées à sa porte. Mais quelle était la cause de toutes ces attentions? Était-ce l'intérêt qu'inspirait M. Austin, ou la curiosité ? Nous craignons que la dernière ne fut de beaucoup la plus générale. O'Donahue et Mac Shane ne manquaient pas d'envoyer tous les jours, car ils attendaient avec impatience l'instant où ils pourraient essayer de déterminer Austin à rendre justice à son fils. La crise qui avait été prédite par tous les médecins qu'on avait appelés arriva enfin. M. Austin recouvra la raison , mais on perdit en même temps tout espoir de lui rendre jamais
ou LK BRACONNIER. 3()5
la sa!ité. Cette nouvelle fut annoncée à sa
femme , qui pleura , et qui désira Mais elle
n'osait dire ce qu'elle désirait. Cependant un jour que mistress Austin avait quitté la chambre du malade pour prendre quelque repos , Marie saisit cette occasion pour représenter à M. Auslin, qui était si faible qu'à peine pouvait-il parler , qu'il verrait bientôt arriver l'instant où il serait appelé devant le plus liaut tribunal , et elle le conjura, par l'espoir qu'il avait d'obtenir son pardon , maintenant que le monde disparaissait à ses yeux , de fouler aux pieds tout sentiment d'orgurii , et de rendre à son fils la justice qu'exigeait sa noble conduite à l'égard de son père , soit par écrit , soit en présence de témoins, afin de prouver avant de mourir l'innocence de son fils unique , héritier de ses biens et de son nom.
La fierté de cœur de M. Austin soutint une longue lutte avant qu'il consentît à cet acte de justice. Marie lui en avait fait sentir la justice le matin de bonne heure , et ce ne fut que tard dans la .soirée , et a]:rès avoir passé toute la journée en silence et les yeux fermés , qu'il fit signe à sa femme de se pencher sur lui , et qu'il lui dit d'une voix basse d'envoyer chercher un II. 3o
3o6 JOSEPH RUSHBROOK
magistrat. Sa demande fut écoutée , et une heure après un magistrat avec lequel il avait toujours vécu en bonne intelligence , se présenta devant lui. Austin fit sa déclaration en peu de mots , et Marie le soutint pendant qu'il la signa. Elle voulut alors lui retirer la plume de la main , mais elle sentit que ses doigts la serraient fortement, et il vit que sa tète était retombée en arrière. Le combat entre l'orgueil et le devoir avait été trop violent pour son état de faiblesse, et M. Austin était mort avant que l'encre de sa signature eût eu le temps de se sécher.
Le magistrat qui avait été appelé jugea convenable de s'éloigner de cette scène de détresse sans voir mistress Austin , dans la situation douloureuse où elle se trouvait. II était en conversation avec O'Donahue et Mac Shane à l'instant où l'on était venu le prier de se rendre chez M. Austin , dont la maladie et les bruits divers qui couraient étaient le sujet de leur entretien. O'Donahue et MacShane avaient gardé leur secret ; mais quand ils virent partir leur ami, pré voyant que sa visite aurait quelque résultat du genre de celui dont elle fut réellement suivie , ils le prièrent de venir les rejoindre en
ou LE BRACONNIER. ^Qn
sortant de chez M. Austin. Il y consentit , et à son retour il les informa de ce qui venait de se passer.
— Il n'y a pas de temps à perdre , -— dit Mac Shane; — je vais, avec votre permission, faire une copie de cette déclaration.
Pendant qu'il la faisait, O'Donahue raconta brièvement au magistrat quelle avait été la noble conduite de notre héros dans toute cette affaire , et dès que le magistrat eut certifié parsa signature l'exactitude de la copie faite par Mac Shane , celui-ci envoya chercher des chevaux de poste et partit pour Londres avec O'Donahue. Ils éveillèrent M. Trévor au milieu de la nuit , et lui mirent en mains la pièce importante qu'ils apportaient.
— Eh bien , major Mac Shane , — dit M. Trévor, il aurait fallu que je fusse bien malade pour ne pas me lever avec plaisir afin de recevoir une pièce comme celle-ci. Il faut que nous aUions demain matin chez le secrétaire d'Etat et il n'y a aucun doute que le pauvre garçon ne soit bientôt mis en liberté pour prendre possession de ses biens et devenir l'honneur de son comté.
— Et celui de la vieille Angleterre , — dit
3o8 JOSEPH RUSHBROOK
Mac Shane ; — mais à présent , nous vous souhaiterons une bonne nuit.
Mac Shane , avant de se coucher, écrivit une lettre à mistress Austin pour l'informer de ce qu'il avait fait , et de ce que M. Trévor avait dit , se bornant à énoncer les faits sans y joindre aucun commentaire , et il l'envoya par un exprès.
Mais il faut à présent que nous allions à Portsmouth. L'avertissement de M.Small, promettant une récompense de cent livres à quiconque lui donnerait des nouvelles de notre héros , n'avait pas échappé aux yeux de linx du constable qui l'avait arrêté, et qui pensa que cette somme serait une jolie addition à la première récompense de deux cents livres qu'il avait déjà reçues. Il partit sur-le-champ pour Portsmouth, sur l'impériale de la diligence, et se rendit chez M. Small , qu'il trouva dans son bureau avec M. Sleek. Il lui dit/:[ui il était , et quel motif l'amenait chez lui , et telle était l'impatience de M. Small , qu'il signa sur-lecliamp un mandat de cent livres sur son banqu ier , et le remit au constable , qui lui dit fort crûi/Qfiii'^ que notre héros avait été mis en jugement comme accusé de meurtre ; qu'il avait été
ou LE BRACONNIER. 3o()
condamné à la déportation à vie ; que son nom véritable était Rushbiook , et non O'Donahue, et qu'il était alors en prison à Exeter.
Cette nouvelle fut un coup terrible pour M. Small. Ayant obtenu du constable tous les détails dont il avait besoin , il le congédia , et fut quelque temps en consultation avec M. Sleek, Comme il paraissait impossible de cacher long-temps le fait , il fut jugé à propos d'en instruire mistress Phillips et Emma, d'autant plus qu'Emma avait déjà reconnu que l'existence de Joé était couverte d'un mystère dont elle ne connaissait qu'une partie.
* Mistress Phillips fut la première à qui cette nouvelle fut communiquée, et elle en fut cruellement affligée. Il se passa quelque temps avant quelle pût décider s'il convenait qu'Emma, dans le faible état où élait sa santé, fût informée d'un si triste événement. Cependant comme l'incertitude la faisait souffrir autant que pouvait le faire la réalité, on se détermina à l'instruire de tout. On le fit avec tous les ménagements possibles, et le choc qu'elle éprouva ne fut pas aussi violent qu'on l'avait craint.
Elle se jeta en pleurant dans les bras de sa mère.- — J'y étais préparée, — dit-elle, — je m'at-
3lO JOSEPH RUSHBROOK
tendais à quelque chose de ce genre, mais je ne puis croire qu'il soit coupable. Il m'a dit qu'il ne l'était pas quand il était enfant, et il me l'a encore répété depuis ce temps. — Ma mère, il faut que j'aille le voir — il le faut.
— Le voir, ma chère enfant ! — il est en prison.
— Ne me refusez pas, ma mère, vous ne savez pas ce que je sens , — vous ne pouvez le savoir; — moi-même, ce n'est que d'aujourd'hui que je sais combien je l'aime. — Je vous le répète, ma mère, il faut que je le voie. Si vous faites cas de ma vie , si vous ne voulez pas que je perde la raison, ne me refu-
sez pas !
Mistress Phillips vit qu'il était inutile dé raisonner avec sa fille , et elle alla consulter M. Small, qui, après avoir fait quelques remontrances inutiles à Emma, déclara enfin qu'il fallait consentir à ce qu'elle désirait , et il partit le jour même avec sa nièce pour Exeter.
Pendant ce temps, mistress Austin était restée dans un état de grande affliction. Son mari était mort; elle croyait qu'il avait avoué son crime , mais elle ignorait jusqu'où avaient été ses aveux; car ni elle, ni Marie, ne savaient ce
ou LE BRACONNIER. 3ll
qui s'était passé entre lui et le magistrat. Elle n'avait à consulter que Marie; personne pour la consoler, et à qui elle pût donner sa confiance que Marie. Elle aurait voulu faire quelques questions au magistrat , mais elle pensa que ce serait blesser les convenances. En un mot, elle était plongée dans le doute et l'inquiétude , quand elle reçut la lettre de Mac Shane , qui lui fit sentir qu'elle n'avait plus rien à craindre pour son fils.
— Chère Marie, — s'écria-t-elle, — lisez ceci ! Il est en sûreté ! — Dieu du ciel , acceptez les larmes de reconnaissance d'une mère !
— Pouvez-vous vous passer de moi, madame ? — demanda Marie.
— Me passer de vous , Marie? oui, oui. — Partez vite, partez, et emportez cette lettre avec vous. — O mon fils ! mon cher fils !
Marie ne se fit pas répéter cet ordre, elle envoya chercher des chevaux de poste et partit pour Exeter, où elle arriva une heure après Emma et son oncle.
Notre héros avait attendu avec impatience la lettre qu'il recevait chaque jour de Marie; l'heure de la poste était passée, et aucune lettre n'était arrivée. Pâle et faible par suite d'un
3ia JOSEPH RCSHBROOK
long emprisonnement et des tourments d'esprit qu'il avait éprouvés , il se promenait à pas lents dans sa chambre, quand il entendit tirer les verrous de sa porte, et tournant la tète de ce côté, il aperçut Emma, soutenue par son oncie. En la voyant, il poussa un grand cri , s'appuya contre le mur pour se soutenir, et parut avoir perdu son empire oi'dinaire sur luimême. — Oh ! — s'écria-t-il, — ce dernier tourment aurait pu m'étre épargné, — je ne l'ai pas mérité. — Emma , écoutez-liioi! — - Sur toutes mes espérances de bonheur dans un aulre monde, je suis innocent, — oui, je le suis, Emma! — Et il tomba sans connaissance.
M. Small le releva et le plaça sur le lit. Joé ne tarda pas à reprendre l'usage de ses sens, et l'on entendit ses sanglots convulsiis.
Dès qu'il fut un peu plus tranquille, Emma, qui était assise près de lui, ses joues pâles mouillées de larnjes, lui dit d'une voix calme :
— Je suis sûre que vous êtes innocent , Joé; sans cela je ne serais pas ici.
— Je vous remercie, Emma, je vous remercie ; ce peu de mots me consolent plus que vous ne pouvez vous l'imaginer. N'est-ce rien que d'être traité comme un criminel digne de mort —
ou LE BRACONNIKB. 3l3
d'être déshonoré et exilé dans un pays lointain — et cela à l'instant même où tout était pour moi bonheur et prospérité, — où je me livrais à l'espoir de..o Mais je ne puis supporter cette idée, Emma; et qu'aije pour me soutenir, si ce n'est le sentiment intime de mon innocence, et l'assurance que celle que j'aime tant, et que je perds pour toujours, ne me croit pas coupable? — Oui, c'est un baume pour mes blessures , et à présent je puis me résigner à la volonté du ciel.
Emma fondit en larmes, et appuya sa tête sur l'épaule de notre héros , qui s'était assis près d'elle. Quelques instants après , elle s'écria: — Et moi, n'ai-je pas droit à la compassion? N'est-ce rien que d'aimer avec tendresse, avec dévouement, de toute mon âme; d'avoir donné mon cœur, toutes mes pensées, toute mon existence à un seul objet; — pourquoi le cacherais-je aujourd'hui! — de m'être enivrée de visions de l'avenir si agréables, si délicieuses, qui s'évanouissent comme un songe, pour faire place à cette affreuse réalité? — il faut que vous me fassiez une promesse, Joé; vous ne pouvez le refuser à Emma — à cette Emma qui s'est agenouillée à votre côté la première fois
3l4 JOSEPH RUSHBROOK
qu'elle vous a vu, et qui en ce moment s'agenouille devant vous.
— Je n'ose vous rien promettre, Emma ; car mon cœur me dit que vous me demanderiez une promesse que je ne dois pas faire. — Il faut que nous nous séparions pour toujours.
— Pour toujours ! — s'écria Emma , se relevant avec vivacité; — non, non, non ! — Mon oncle , il dit qu'il faut que nous nous séparions pour toujours! — Qui vient ici? — C'était Marie qui entrait. — Marie ! — Oui, c'est elle.
— Marie, il dit qu'il faut que nous nous séparions pour toujours. — Cela est-il vrai, Marie?
— Non , — répondit Marie; non , son innocence est prouvée. Il est à vous pour toujours.
— Lisez cette lettre.
Nous n'essaierons pas d'esquisser une scène qu'il nous serait impossible de bien peindre. Nous laisserons donc s'écouler cette journée qu'Emma , notre héros , M. Small et Marie passèrent ensemble. Les pleurs de l'affliction cessèrent de couler, les larmes de joie y succédèrent, et de brillants sourires reparurent sur toutes les lèvres.
Le lendemain matin Mac Shane et O'Donahue arrivèrent , et ils apportèrent avec eux
ou LE BRACONNIER. 3l5
un ordre du secrétaire d'État pour que notre héros fût rendu à la liberté sur-le-champ.
Le jour suivant ils étaient tous en route , Emma et son oncle pour Portsmouth, où ils attendirent avec impatience l'arrivée de notre héros , quand il aurait rempli ses devoirs les plus pressants.
Nous laisserons à nos lecteurs le soin de se figurer la joie de mistress Austin quand elle serra de nouveau son fils dans ses bras ; — le bonheur de Marie en le voyant rentrer triomphant chez sa mère ; — l'étonnement des domestiques , et tous les bruits qui coururent dans les environs. Trois jours suffirent pour que la vérité fût généralement connue , et l'on regarda Joé comme le héros d'un roman. Le quatrième jour il suivit les restes de son père à la tombe. Les funérailles furent décentes , mais sans faste. Joé seul assista à la cérémonie funèbre; aucun des gentlemen du voisinage n'y parut; aucun n'y envoya même sa voiture ; mais tous réparèrent ensuite ce manque de respect pour le père , par l'accueil cordial qu'ils firent au fils et les marques d'estime qu'ils lui prodiguèrent.
Trois mois après , un grand rassemblement se forma devant la porte de M. Small , à Ports-
3l6 JOSEPH RUSHBROOK
moiith , et il y avait compagnie nombreuse diins sa maison. O'Donahue, Mac Shane, Spikeman et leurs femmes , s'y trouvaient avec beaucoup d'autres. Marie était occupée à faire la toilette de niistress Austin et d'Emma, car c'était le jour du mariage de notre héros. M. Small, en culottes blanches, semblait être partout en même temps , et chacun s'écartait du voisinage trop immédiat de M. Sleek. On se rendit à l'éghse en grand cortège , et après le déjeuner, qui suivit la cérémonie nuptiale, le jeune couple partit avec mistress Austin et Marie pour le comté de Dorset. Où allèrent les autres , c'est ce dont le lecteur s'inquiète probablement peu.
Nous voici arrivé à la fin de l'histoire du petit Joé Rushbrook . braconnier. Tout ce que nous avons à ajouter., c'est qu'il, conserva toujours le même caractère quand il .fut plus âgé et père de famille. Le château , qu'il continua d'habiter dans le comté de Dorset , devint célèbre par l'hospitalité et l'amabilité de ses maîtres et par l'art qu'ils avaient, de rendre heureux tout ce qui les entourait. Marie ne les quitta jamais, mais ils la regardaient comme une amie et une confidente plutôt que comme une
ou LF, BRACONNriîR. 3l']
domestique ; ses trois cent cinquante livres avaient tellement multiplié entre les mains de Joé et de M. Small , qu'elle jouissait alors d'une fortune indépendante. Aussi reçut-elle plusieurs propositions de mariage, qu'elle refusa toutes, disant avec la véritable humilité d'un cœur contrit, qu'elle n'était pas digne de l'honneur qu'on lui faisait. Tout le monde disait le contraire , et ceux mêmes qui connaissaient son histoire ne pensaient pas comme elle sur ce point ; mais elle resta ferme dans sa résolution. Quant aux autres personnages qui ont figuré dans cette histoire , ils jouirent du contingent de bonheur qui est tout ce qu'on peut espérer.
En terminant, il ne nous reste qu'une remarque à faire. Nous avons rapjîorté dans les pages qui précèdent l'histoire d'un jeune homme qui commença sa carrière en braconnant, et qui finit par être en jouissance d'un revenu de sept mille livres sterling ; mais nous devons rappeler à nos jeunes lecteurs qu'il ne faut pas en conclure que quiconque commence parbraconner doit avoir la même bonne fortune. Nous leur conseillons donc de ne pas l'essayer, car , au lieu d'obtenir sept mille hvres de rente , ils pourraient courir la chance d'aller où notre
3l8 JOSEPH RUSHBROOK, ETC.
héros fut bien près d'être envoyé , c'est-à-dire dans une certaine partie des domaines transatlantiques de Sa Majesté, récemment appelée Australie , mais plus généralement connue sous le nom de Botany-Bay.
Fiir.
yvi'
:»-VAl