LES DEUX VUES DE MARSEILLE
maîtres d’école dont l’Almanach de Marseille donne la liste.
L’Itinéraire prescrivait deux tableaux pour le port de Marseille, une vue extérieure, une vue intérieure. Dans la vue extérieure, prise de la montagne appelée Tête de More, Joseph Yernet s’est représenté lui-même, entouré de sa famille. Une joyeuse compagnie, où ne manquent pas les jolies femmes, a dressé le couvert sur les rochers; la nappe est mise, on fait sauter le bouchon des bouteilles, on n’attend que le peintre pour commencer le festin donné en son honneur. Où est-il? — A quelques pas plus loin, un portefeuille sur ses genoux, il dessine. Derrière lui, M. Parker, le beau-père, se penche sur son dessin , un lorgnon à la main. Livio (il me paraît un peu grand pour son âge), en habit de gala, se tient debout tout à côté. Une femme, grande, élancée, droite, d’une tournure plus anglaise qu’italienne, coiffée d’une sorte de casquette bleue, et vêtue d’une robe jaune, s’avance vers le peintre. C’est sa femme, Virginia Parker; elle lui présente un vieux pêcheur, le centenaire Annibal Camoux , dont l’âge et le nom sont écrits dans la pâte du tableau par l’artiste lui-même.
Tel Yernet se montre ici, tel nous le retrouverons pendant sa longue tournée et pendant le reste de sa vie. L’art, la famille, le monde, il ne sépare pas ces trois obligations dont il sait faire des sources de plaisirs. Ce n’est pas un de ces loups-garous que le travail tient captifs chez eux; ce n’est pas un de ces cyniques qui vivent en dehors des lois et des mœurs, ni un de ces misanthropes qui fuient comme la peste la société de leurs semblables. Infatigable au travail, il a toujours un sourire pour scs enfants et pour sa femme; il est fier de celle qui porte son nom et qu’il peut présenter à tous la tête haute. Il ne néglige rien pour faire bonne figure aux yeux du monde. 11 se loge grandement ; il passe la belle saison à la campagne ;