LA PÈCHE L>U THON
il n’épargne ni les beaux habits ni le beau linge. A Toulon, madame Yernet a ses porteurs de chaise loués au mois. Elle prend un maître à danser, pour se former aux belles manières. A elle, sa grâce et sa beauté; à lui, son humeur facile et son talent, ouvrent toutes les portes. L’administration salue en Joseph Yernet le peintre officiel; la marine, la guerre, la finance se mettent à ses ordres. La noblesse lui sourit, la bourgeoisie le fête, le populaire pose volontiers devant un homme qui paye ses modèles d’une pièce blanche et d’un bon mot. La Provence entière est à ses pieds; jamais homme ne fit si bien mentir le proverbe : Nul n’est prophète en son pays.
Ainsi ce voyage est une fêle où tout devient matière à plaisir. La vue extérieure du port de Marseille est l’occasion d’un déjeuner champêtre. Dans la vue intérieure, le gouverneur lui-même, avec sa petite cour de femmes et d’abbés, se fait le cicevone du peintre et lui nomme en passant les nations étrangères, les costumes divers, les denrées, les ustensiles qui s’entassent le long du quai.
L’Itinéraire demande un tableau avec la pêche du thon. Et vite de celte obligation il faut faire un divertissement. On organise une partie de pêche; tout le beau monde veut en être : c’est à qui posera devant le peintre armé de son crayon. On s’entasse dans des barques pavoisées ; les paniers gênent un peu , on les écrase ; l’eau salée tachera le salin, il n’importe. Toute une foule en brillante toilette se donne rendez-vous en pleine mer. Quelle joie ! quels rires de voir ces gros vilains thons se débattre entre les mailles des filets ! et quels cris lorsqu’une barque menace de chavirer ! Belle occasion pour les galants : plus d’un en profite, et nulle ne songe à s’en plaindre. Le soleil de Provence verse ses chauds rayons sur celte scène folâtre. Joseph Yernet l’a peinte telle qu’il l’a vue , avec une richesse d’incidents joyeux qui té moigne de la part qu’il y a prise.