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ayant été attaquée par les Prussiens, Beauharnais y courut et se conduisit d'une manière très distinguée. Pache le répèle à la Convention, mais nulle trace de ce combat. D'ailleurs, qu'Alexandre soit brave, ce n'est ni une qualité, ni un mérite chez un officier général : c'est autre chose qu'il lui faudrait pour être utile ou simplement point funeste, et cette autre chose, on la lui demanderait en vain.
Les aclions de guerre sont en effet le moindre souci de ce guerrier philosophe : au lendemain de cette affaire qui présage l'insuccès final des opérations de Gustine sur la rive gauche , Beauharnais écrit à la Société des Amis de la Liberté de Strasbourg, dont il est président, pour « témoigner son affliction de voir l'esprit public si peu formé dans les départements du Haut et Bas-Rhin et pour proposer un prix de trois cents livres en espèces, plus les frais d'impression, au meilleur ouvrage sur les moyens politiques les plus propres à développer en Alsace cet esprit public ».
Il ne se contente pas d'exciter le zèle des littérateurs patriotes ; il trouve le temps de produire, outre ses lettres et ses proclamations, brochure sur brochure. Lui-même a dit que, au moment du jugement du ci-devant Roi, il avait fait imprimer son opinion en faveur du verdict le plus sévère et qu'il avait réclamé la mort du tyran. Pour ses discours et ses motions, il faut renoncer à les compter, tant il en est prodigue ; il trouve pourtant des propositions qui sortent de la banalité, comme de faire porter à Paris la Sainte-Ampoule et, en présence de la
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Convention assemLlcc, de faire brûler solennellement riiuile qu'elle contient sur iautel de la Patrie.
Bref, il a mérité l'estime de la Société des Jacobins de Strasbourg- au même litre que celle de toutes les villes oîi il a passé et ces sans-culottes naïfs lui reprochent seulement de ne point mettre exactement ses paroles d'accord avec ses actes et d'avoir pour maîtresse la fille du commissaire des guerres Rivage, celui qu'on appelle Ilivage-le-Riche.
Durant toute la première partie de l'année 1793, Beauharnais est à Strasbourg ou aux environs. On ne trouve son nom dans aucun rapport. Le 8 mars, il est promu lieutenant général à cette même armée avec le commandement spécial de la division du Haut- Rhin. Le 13 mai, Custine est appelé comme général en chef à l'Armée du Nord; la Convention nomme Houchard pour le remplacer provisoirement, mais les commissaires aux armées (Ruamps, Ferry, Rilter, Duroy, Haussmann) ne tiennent point compte de ce décret et, au refus de Dietmann, ils donnent, le 23, le commandement à Beauharnais ; le 30, cette nomination est confirmée par la Convention.
Le 13 juin — après le coup d'État et la disparition des Girondins — nouveau décret rendu sur la proposition de Barère, rapporteur du Comité de Salut Public, appelant Alexandre au ministère de la Guerre en remplacement de Bouchotte \ « Le civisme et les talents
' Le 4 février 1793, lors de la nomination de Beurnonville, Beauharnais avait déjà obtenu seize voix et était venu en troisième, après Du Chatelef.
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de Beauharnais vous sont connus, » dit Barère; et comme Chabot objecte que Beauharnais peut être plus utile à l'armée, Barere réplique : « Beauharnais a été longtemps adjudant général de l'Armée du Rhin, genre de noviciat le plus utile pour le ministère de la Guerre. On dit qu'il conduit une armée, eh bien ! il en conduira onze! » Et le décret est rendu.
Cette nomination déplaît à la Commune de Paris : le citoyen Varlet, employé aux Postes, orateur écouté aux Jacobins et aux Cordeliers, qui, au Trente et un Mai, a été l'un des organisateurs de l'insurrection, dénonce Beauharnais comme noble et invile la Commune à envoyer une adresse à la Convention pour qu'elle décrète qu'aucun noble ne pourra occuper de places dans la République. Real, substitut du procureur de la Commune, combat l'opportunité de l'adresse : « Il n'a d'ailleurs, dit-il, aucune confiance en Beauharnais, qui a été au club des Feuillants, » mais il s'appuie sur des considérations de convenances et de légalité et s'arrange de façon que la motion soit rejetée.
Alexandre n'a pas besoin de connaître cette dénonciation pour juger à quel point est périlleuse la place qu'on prétend lui confier. Dès le 16 juin, de son quartier général de Wissembourg, il écrit à la Convention une longue lettre (G9 lignes petit texte) pour attester son civisme", déclarer sa foi républicaine, affirmer son respect pour la Convention régénérée, mais en même temps décliner le ministère. Il demande qu'il lui soit permis de continuer à servir à l'armée
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SOUS les ordres du successeur qui lui a été donné : « Avec ses principes, le commandement n'est rien, rhonneur de défendre la Patrie est tout. » La seule récompense qu'il souhaite, ce sera « s'il peut, à la paix, retourner par le suffrage du peuple dans le sein des assemblées nationales, et, en zélé Montagnard, y continuer à défendre ses droits, qui seront plus longtemps exposés dans l'intérieur aux menées de l'intrigue et aux entreprises de l'ambition que menacés au dehors par les soldats des rois que ne peuvent manquer de vaincre les soldats delà Liberté ».
Celte lettre est lue dans la séance du 19 juin au soir : elle reçoit les honneurs du Bulletin; mais sans attendre de connaître le sort qui lui sera fait et le nouveau décret, rendu le 12, qui le maintient à la tête de l'Armée du Rhin, dès le 20, toujours de Wissembourg-, Alexandre a écrit aux citoyens composant le Conseil général de la Commune de Paris une lettre qui ne remplit pas moins de deux colonnes (19o lignes petit texte) du Supplément à la Gazelle nationale du 14 juillet 1793. De cette déclaration, adressée aux jnagistrats du peuple, il faut retenir au moins ce lambeau de phrase : u ...Si je suis peu jaloux du commandement des armées et des places qui donnent une influence sur les affaires publiques, je le serai toujours de l'estime de mes concitoyens, et en particulier d'une Commune qui se distingue par son ardeur républicaine, d'une Commune à laquelle la France doit non seulement la chute du trône, mais encore cet esprit public qui peut préserver
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à jamais des despotes en formant des amis à la liberté et des Brutus contre la tyrannie ! » Et c'est la Commune de Pache, de Ghauipette et d'Hébert !
Cependant, on commence à trouver que si ce général écrit beaucoup, il agit peu. Ses phrases sont démodées ; elles sentent l'aristocrate. Mayence est assiégée et le commandant en chef de l'Armée du Rhin n'aurait-il pas mieux à faire que de rédiger des adresses '.' Que lui parle-t-on de débloquer Mayence.? Il y songe, et même il en a déjà écrit. Le 7 juin, il a eu à Bitche une conférence avec Houchard ; il est vrai qu'on n'y a rien résolu ; mais, le 27, il en a tenu une nouvelle oiî l'on a décidé la marche en avant, et le voici qui annonce à son armée^ par une proclamation qui tient une colonne du Moniteur (114 lignes petit texte), qu'elle va occuper une position à trois lieues en avant de Wissembourg. Le mouvement s'opère le 3 juillet et, dans ces positions de Preckenfeld et de Minfeld, Alexandre demeure seize fois vingt-quatre heures, transmettant soigneusement d'ailleurs à la Convention les nouvelles que lui apportent les échappés de Mayence, Le 19 juillet, il quitte Minfeld pour prendre une autre position près de Landau : il a 60 000 hommes sous ses ordres; il s'avance avec majesté sur six colonnes ; c'est dans toutes les règles d'un art enfantin qu'il attaque le moindre poste; c'est avec une prolixité sans pareille qu'il rend compte de la moindre escarmouche ; c'est avec une vanité déconcertante qu'il se loue du moindre succès. Pendant qu'il s'étend sur sa gloire dans ses
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lellres des 20 et 23 jiiillcf, Mayence agonise. C'est le 23 que la capitulation est signée et ce Beauharnais, dont l'ineptie a perdu Mayence, ce général en chef qui n'a môme point eu le mérite de tenter la forlune, adresse à son armée une proclamation pour llélrir les capitulards (GO lignes du Moniteur) : « une capitulation qu'on ne pouvait prévoir lorsqu'il restait à des républicains des munitions de guerre et du pain ! » __
Mieux, il écrit aux Jacobins de Strasbourg pour que le club demande à la Convention qu'on fasse tomber les têtes des traîtres de Mayence et qu'on les envoie au roi de Prusse !
Il se borne là : sans essayer de racheter par une action de guerre le désastre dont il est la cause, il bat en retraite le 27 juillet et, le 3 août, il écrit aux Commissaires et à la Convention pour demander sa démission, « vu que, appartenant à la caste proscrite, il est de son devoir d'ôter à ses concitoyens tous les sujets dinquiétude qui pourraient s'élever contre lui dans ces moments de crise ». Le 6, il revient à la charge sur les mômes motifs. Le 8, dans une conféreace qu'il tient à Bitche avec les représentants, il renouvelle sa demande : les Représentants ne veulent point accepter; néanmoins, ils commencent à s'étonner « Quant au général Beauharnais, disent-ils, s'il faut s'en rap])orter à la manifestation de ses principes, ils sont purs, ses talents politiques sont connus et ses talents militaires très étendus; et, en lui rendant la justice qui lui est duc, c'est le premier général de la République,
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mais il est dans un Ici aballcment que toutes ses facultés morales et physiques ^ont absorbées. »
Le 13, Beauharnais est à Wissembourg- avec son armée, il rend compte à la Convention d'une reconnaissance dans laquelle il a perdu dix-huit hommes tués et autant de blessés (82 lignes du Moniteur) et il insiste de nouveau pour que sa démission soit acceptée. « Je dois, dit-il, provoquer moi-:nème l'ostracisme et vous solliciter de prendre rang comme soldat parmi les braves républicains de cette armée. » A preuve de sa résolution immuable, il envoie à la Convention la proclamation qu'il vient d'adresser à ses troupes (76 lignes du Moni'eur) où il annonce qu'il cède au vœu émis par quelques sociétés populaires : u que ceux qui faisaient partie d'une classe privilégiée soient éloignés des armées ». Sans autorisation, il se rend à Strasbourg, insiste vainement encore près des Commissaires, veut mettre en jeu le Département du Bas-Rhin, lequel lui répond « que le fonctionnaire qui quitte son poste dans une occasion critique doit être considéré comme traître à la Patrie ». Alors, le 18, il envoie aux Représentants cette étrange lettre :.« Attendu que je suis retenu malade à Strasbourg où je suis venu pour concerter avec les citoyens Représentants du peuple et les corps administratifs les moyens d'augmenter la force de l'armée et de remédier à l'inconvénient du défaut des subsistances... le citoyen général Landremont quittera l'avant-gardc... et prendra provisoirement le commandement en chef de TArmée, si cette mesure est approuvée par les citoyens Représentants
du peuple ». Dédaigneusement ceux-ci rc pondent : « Le Général en chef de l'Armée du Rhin pouvant donner, sous sa responsabilité, tous les ordres utiles au bien du service dont il est chargé, les mesures qu'il prendra sous ce rapport n'ont besoin d'aucune approbation. »
C'est grave de quitter ainsi son poste en présence de l'ennemi, au moment où Gustine est en jugement, où Dillon est arrêté, où le soupçon de trahison plane sur tous les généraux. A la Convention, on ne manque pas de faire remarquer que Beauharnais est l'ami et le confident de Gustine. Tallien — le fait est à noter — défend Beauharnais : « Je n'entends pas juger l'individu, dit-il, mais je ne veux pas qu'on l'inculpe vaguement. » La démission est acceptée; c'est le 21 août; mais, lorsque la nouvelle en arrive à Strasbourg, les Représentants en mission ont déjà dû prendre sur eux de la recevoir. En effet, depuis le 18, pendant qu'aux avant-postes l'armée se bat continuellement, Beauharnais est resté à Strasbourg. Est-il malade, comme il le dit? est-il, comme on le dit, fou d'amour pour la fille Rivage? Le 21, il s'est décidé à se rendre à Wissembourg, mais c'a été pour en faire évacuer les pièces d& position, la poste, le trésor et tout le gros de l'armée; le 23, il va ordonner la retraite que les Représentants' empêchent en prenant cet arrêté, dont les termes méritent d'être exactement pesés, car il ne s'agit plus ici de politique, mais de défense nationale :
« Les Représentants du peuple près l'Armée du
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Rhin, considérant que le général en chef Beauharnais réilère à chaque instant l'offre de sa démission, et de vive voix, et par écrit; considérant que, d'après ses aveux multipliés, il n'a ni la force, ni l'énergie morale nécessaires à un général en chef d'une armée républicaine; considérant que son état de faiblesse et de langueur qui l'a éloigné de l'armée pendant trois jours de combats ne peut que jeter la méfiance et le découragement dans l'état- major de l'armée; arrêtent que sa démission estenfîn acceptée et qu'il sera tenu de s'éloigner dans l'espace de six heures à vingt lieues des frontières, dans un séjour dont il nous donnera connaissance ainsi qu'à la Convention nationale. »
Et Borie, en adhérant à l'arrêté de ses collègues Ruamps et Milhaud, ajoute : « J'aurais été de l'avis de l'arrestation de Beauharnais. v
JOSÉPHINE PENDANT LA RÉVOLUTION
JOSEPHINE PENDANT LA REVOLUTION
Duraril tout ce temps, qu'est devenue Joséphine? On est en droit de penser que d'octobre 1791 à septembre 1792, elle ne s'est éloignée de Paris, où elle continue à avoir son appartement rue Saint-Dominique, que pour des séjours à Fontainebleau chez sa. tante, et pour des villégiatures chez des amis, surtout à Groisy où l'emmène sa voisine d'appartement, M""" Ilosten Lamolte, née de Louvigny, celte créole de Sainte- Lucie qui l'a attirée dans sa maison et qui, ayant une fille presque du même âge qu'Hortense, se trouve lui être une société précieuse : cette M™" Hosten tient en location du sieur Bauldry depuis 1791, une gentille maison à Croissy : Joséphine connaît déjà ce village, où l'on a tout lieu de présumer qu'elle a déjà fait une villégiature à sa sortie de Panthemont. Elle accepte avec plaisir d'y revenir chez son amie et ce séjour exerce sur son existence une action décisive, car, outre qu'elle y fait connaissance de M. Chanorier, des Vergennes, de M™° Campan, elle y entre en relations avec Real, fils d'un garde-chasse de Chatou, qui
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s'est élevé dans la Basoche, est devenu procureur au Chàlelet, s'est fait un des conducteurs du mouvement, un des hommes en vue de la Révolution, mais est resté en termes d'amitié déférente avec Glianoriei'. Par Real, elle aura Tallien; l'un secrétaire de la Commune du Dix Août; l'autre substitut du procureur de la même Commune. Elle a déjà Barère — M. de Vieuzac, — ancien constituant, en amitié de longue date avec Beauharnais, qu'il a connue chez la Genlis. Et on a vu Real à la Commune, Tallien et Barère à la Convention se faire les défenseurs, quasi les répondants d'Alexandre.
Après les événements d'Août, la chute du trône, devant la continuelle agitation de Paris, -Joséphine est prise de peur, — sinon pour elle-même, car elle croit que les services et le nom de son mari la couvrent, — au moins pour ses enfants. Elle les confie à son amie, la princesse de Hohenzollern, qui, quittant Paris, va se réfugier avec eux dans une terre du prince de Salm, à Saint-Martin en Artois, en attendant une occasion pour passer en Angleterre : au printemps, tout sera calriié, et la princesse ramènera les enfants, à moins que Joséphine n'aille les chercher. Mais dès qu'Alexandre a vent de ce départ, il expédie de Strasbourg' un courrier avec ordre de s'opposer à l'émigration et de lui ramener Eugène, qu'il place au Collège national.
Il est à penser que c'est par Real et Tallien que, en septembre, Joséphine a quelque moyen de rendre service à l'ancienne abbesscde Panthemont; nul doute,
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au surplus, qu'elle ne soit liée avec la plupart des hommes influents, avec ceux du moins qui, dans la Constituante, avaient été du parti avancé et qui sont revenus à la Convention ou ont été appelés, soit dans les armées, soit dans le gouvernement, à occuper de grandes places. Elle est restée en des termes d'affection avec Charlotte Robespierre, mais elle ne se borne point là. On sait d'elle une lettre, en date du 2G novembre 1792, qui la montre en termes assez dintimilé avec le ministre de la Guerre (c'est encore Servan, un Girondin^ pour lui recommander un certain citoyen Pauly, dont elle connaît le mérite, et qu'elle veut faire commissaire des Guerres ; sans doute afin de n'être pas confondue avec sa belle-sœur dont le mari est émigré, elle signe : La citoyenne Beauharnais, femme du maréchal de camp. « Comme elle est bonne et obligeante, a dit quelqu'un qui l'a connue alors, elle s'emploie à rendre autant de services qu'il lui est possible. Dès lors, ajoute-t-on, sa réputation de conduite est fort compromise, mais celle de sa bonté, de sa grâce et de la douceur de ses manières ne se dément point. » Il est permis de penser que, tout en entretenant des rapports presque d'intimilé avec certains Monta gnards, Joséphine, en admettant qu'elle ait des opinions politiques, s'arrête aux Girondins et, sur la foi de Lanjuinais, qui formellement la lui donne, il faut citer celte lettre qui, par sa forme autant que par les doctrines qui y sont exposées, détonne pourtant étrangement dans sa correspondance ; mais, affirme Lanjuinais : « cette lettre est de M""* de Beau-
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harnais : elle paraît avoir été écrite après le Trente et un mai, » La voici : « Homme respectable, législateur courageux, permettez à une femme qui connaît l'austérité de vos principes et votre dévouement héroïque, de vous adresser l'expression de sa sensibilité. Le mérite persécuté, l'innocence flétrie, la vertu calomniée eurent toujours droit à ses hommages et déjà vous auriez reçu les siens si elle avait pu se procurer plus tôt votre adresse. Ah! sans doute l'oppression oîi l'on veut vous faire gémir est un véritable triomphe. Je ne vous dirai point : Persévérez; non ! ce n'est pas à des caractères tels que le vôtre qu'on peut témoigner ce doute injurieux. Un jour viendra, mon cœur me le présage, oii la France reconnaissante bénira votre fermeté sublime et saura mettre à votre place vos implacables ennemis. En attendant, souffrez que j'aille vous voir, vous admirer, vous offrir mes services s'ils pouvaient vous être utiles.
« Je ne signe point ma lettre ; non que je n'eusse le courage d'avouer hautement une démarche dont je suis llère, mais de peur de compromettre un être qui m'est cher et dont la destinée est irrévocablement attachée à celle de la République. »
Au moment où elle écrit cette lettre, Joséphine est encore à Paris où elle a fait sans doute son principal établissement durant l'hiver de 93. Elle a certainement coupé par des voyages à Fontainebleau, mais non par une résidence continue, car lorsque, le 5 février 1793, le marquis et M""" Renaudin y ont obtenu l'attestation de leur civisme, Joséphine n'est pas mentionnée. Elle
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vit rue Saint-Domir)iqiiei)ù son in limité avec M""" IIosten s'est encore resserrée et, par elle, elle est en liaison avec quantité de ses parents et de ses amis formant une société assez fermée, presque réactionnaire, où paraissent surtout des créoles : Hosten, Merceron, Boissonnières, Mornay, Turbé, une M""^ Lefranc de Pompignan, cette M"''' de Beaufort, plus tard j^me d'Hautpoul, qui écrivit quantité de romans, et Duval d'Epresmesnil, promis bientôt à la guillotine.
On trouvait encore le courage de se réunir, de faire des parties, de dîner ensemble, de jouer la comédie. Puis, menant une vie double, triple, Joséphine s'échappait de là dans d'autres sociétés demeurées plus inconnues, dans d'autres parties moins honnêtes : c'est la seule explication qu'on puisse donner de sa tranquille confiance au milieu, des hasards qu'elle affronte.
Cependant, au milieu de septembre, après que la loi des suspects a été rendue, point à hésiter : il lui faut un domicile hors Paris, pour obtenir un certificat de civisme et soit qu'elle soit déjà installée à Groissy, soit qu'elle y vienne à ce dessein, elle y élit sa résidence et M"'^ Hosten, dont le fulur gendre, M. de Groiseul, vient d'acheter, à Groissy même, la belle propriété Delahaye-Desfosses, lui cède, dans la maison Bauldry, la suite de.son bail de 1 200 livres. Le 26 septembre, la citoyenne Beauharnais se présente à la municipalité pour y faire sa déclaration et, deux jours après, plie est rejointe par son fils, le citoyen Eugène Beauharnais, venant de Slrasbourg. Alexandre en eilet, lorsqu'il a dû s'éloigner dans les six heures, a
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laissé son fils au collège et, le collèg-e fermant, les élèves sont renvoyés.
Dans ces déclarations, nulle mention d'IIortense : son nom n'est cité dans aucun des actes postérieurs qui établissent, durant cet automne de 1793, au moins jusqu'au 22 décembre, le séjour continu de Joséphine et de son fils à Croissy. Est-ce une simple omission, vu le peu d'importance de la personne ? On serait tenté de le penser : M""" Rémiisat, qui était encore M"' de Vcrgennes et qui a passé cet .été de 4793 à Croissy, chez Chanorier. atteste que ce fut à ce moment qu'elle connut Ilortense, moins figée qu'elle do trois ou quatre ans. « Je me souviens encore, a-t-elle écrit, qu'elle venait me rendre visite et, s'amusant à faire l'inventaire des quelques petits bijoux que je possédais, me témoignait souvent que toute son ambition pour l'avenir consistait à être maîtresse d'un tel trésor. » Touîi;fois, on peut croire que Ilortense ne vivait point chez sa mèrt; dune façon continue, soit qu'elle fût plus souvent près de son grand-père à Fontainebleau, ou qu'on l'eût mise en pension, ou que la citoyenne Lanoy, sa bonne, l'eût g-ardée à Paris, et que ce fût elle la couturière prétendue chez qui elle était placée comme apprentie.
Joséphine en effet — peut-être sur des ordres venus de son mari, peut-être sur les conseils de Ghanorier — a trouvé ce moyen de prouver son civisme et son admirafion pour Jean-Jacques : si Ilortense apprend la couture, Eugène est apprenti menuisier chez le père Cochard, agent national de la commune de
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Croissy ; il est même considéré comme bon patriote et défenseur de la Patrie, car à ce litre il reçoit, le 19 octobre, un sabre et un fusil.
Gela n'empêche pas Joséphine de fréquenter chez les bourgeois du village et du château, de maintenir, de resserrer, d'étendre, des relations qui toutes par la suite reparaissent dans sa vie : Chanorier qui lui fera acheter Malmaison; M''" de Vergennes, l'une qui, devenue M"" Rénïusat, sera dame du palais — et en quelle faveur ! — l'autre, M™° Champion de Nansouly, qui aura pour son mari toutes les places ; M™^ Hosten et ses filles, dont l'une, M""^ de Croiseul, aura ses enfants élevés aux frais d'Hortense ; l'abbé Maynaud de Pancémont qui, associé à Dernier pour la négociation du Concordat, sera fait évêque de Vannes, aumônier de la Princesse de Piombino et qui, victime des Chouans, aura, par ordre de l'Empereur, sa statue de marbre érigée dans son église cathédrale ; Real enfin, qui sera conseiller d'Etat, commandant de la Légion, commandeur de la Réunion, comte de l'Empire avec 16 000 francs de dotation et auquel l'Empereur fera des dons manuels, plusieurs de 100 000 francs, un de 500 000. Le lien entre Napoléon et Real, c'est Joséphine ; l'occasion entre Real et Joséphine, c'est Croissy.
Au mois de janvier 1795-, Joséphine, munie du certificat de civisme qu'elle a obtenu à Croissy, rentre rue Saint-Dominique. Dans ses entours, on la tient si bien en faveur près des puissants du jour, qu'on n'hésite point à s'adresser à elle, et elle s'emploie, se met en
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avant avec une admirable inconscience, ne se doutant point que, si protégé qu'on soit, le mieux qu'on ait à faire en un tel temps, c'est de ne point parler, de ne point écrire, de ne point se signaler — de se terrer. Sa belle-sœur Marie-Françoise de Beauharnais a été écrouce à Sainte-Pélagie le 3 novembre (4793 - 13 brumaire an II). On vient lui demander d'obtenir sa liberté. Pourquoi est-ce à elle qu'on s'adresse ? Pourquoi Fanny ne fait- elle point agir Cubicres en faveur de sa propre fille ? Joséphine n'a jamais eu d'intimité avec sa belle-sœur, n'en aura jamais. Alexandre et son frère aîné sont brouillés depuis la Constituante ; mais Joséphine est obligeante de nature, elle multiplie les pas et les démarches, apprend enfin que tout dépend de Vadier, président du Comité de Sûreté générale : Vadier a été de la Constituante, il a été lié avec Beauharnais ; elle ne peut se faire rece- . voir par lui, elle lui écrit.
« Taris, 28 nivôse l'an II de la Hépiiblique française une et indivisiWe '.