‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 (volume 3)Chapitre 24 sur 30 · JOSÉPHINE DE L'. E A U H A P. XA I S · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE DE L'. E A U H A P. XA I S

caries en cachelle et à pleurer devant tout le monde, au grand scandale de ses compagnes. Mais elle était naturellement gracieuse et la grâce ne nous sert-elle pas à nous passer de tout ce qui nous manque ? Sa tournure, ses manières, son parler surtout avaient un charme particulier; mais, il faut le dire, elle n'était ni magnanime ni franche : les autres prisonnières la plaignaient en déplorant son peu de courage. »

Qui pourtant d'elles ou de Joséphine était dans la vérité de la nature ? La faiblesse de la femme, tournée à l'héroïsme, peut inspirer des phrases; elle n'émeut point ; la lail/lcsso de la femme apparue dans sa réalité fait [lilié : raltière résignation des grandes James devant léchafaud n'a point avancé d'une seconde la fin de la Terreur, mais les cris, les sanglots, les désespoirs de M""" Duharry ! Ce n'était point romain d'avoir peur, mais humain, et la peur, comme la pitié, est contagieuse. Si, chaque jour, au lieu de ces silencieuses résignées, lés charrettes s'étaient emplies de femmes tordues en prières, criant, hurlant, suppliant; si Paris, chaque jour, avait été traversé parle bruit de leur désespoir, il ne se serait plus trouvé de juges, plus de gardes, plus de bourreaux; c'eût été, nerveuse, inconsciente, mais certaine, la révolte de la Pilié.

El parce qu'elle est ainsi femme et que a ses compagnes » la méprisent un peu, Joséphine est-cllc moins aimée dans la prison ? Non certes, et on la plaint d'autant plus qu'elle est plus faible. On le vit idun le 10 thermidor (G aoùl), quand des premières

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elle fut mise en libarté. Lorsque les prisonniers entendirent prononcer soq^nom, ils applaudirent avec fureur. Elle^ non peut-être, comme l'a dit un de ses compagnons, parce qu'elle y était infiniment sensible, mais parce que, enfin, elle échappait, parce que c'était le salut, elle se trouva mal. Remise, avec celte grâce qui ne l'abandonna jamais, « elle fit ses adieux à chacun et sortit, au milieu des vœux et des bénédictions de toute la maison ».

N'est-ce pas bien ici le caractère de Joséphine et ne vaut-il pas mieux l'imaginer ainsi gracieuse et épeurée que tournée à un rôle qu'elle n'eût pu soutenir ?

On a dit qu'elle dut cette prompte sortie à l'intervention de M""" de Fontenay, la future M"**" Tallien, sa compagne de prison. Il n'est point démontré d'abord qu'elle connût Teresia Gabarrus avant l'année 1794, bien que, depuis 1791, elles eussent pu se rencontrer; mais il n'y avait aucune liaison. Pour la communauté de, prison, impossible : « la femme Fontenay, arrêtée à Versailles dans la nuit du M au 12 prairial en vertu d'un ordre du Comité de Salut public en date du 3, fut immédiatement dirigée sur la Petite-Force pour y être détenue au secret », et ce fut de la Petite-Force qu'elle sortit le 12 thermidor, sur un ordre du Comité de Sûreté générale. Elle ne passa donc pas aux Carmes que Joséphine n'a pas quittés du 2 tloréal au 19 thermidor.

A défaut de M™^ de Fontenay, Joséphine avait d'autres protecteurs et qui n'étaient pas des moins puissants. On a vu qu'elle avait ses entrées dans les ministères, qu'elle était en correspondance avec quan-

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lité de bons patriotes. Les rc[)réscntanls en mission à larmée duRliin, qui avaient écrit d'Alexandre : « C'est le premier général de la République » ; Ilocbe, sorti de la Conciergerie le 16 thermidor, qui tout à l'heure prendra Eugène dans son élat-major ; Real, Barère, Taliien, ne pouvaient-ils la servir? D'ailleurs à quoi bon chercher? C'est à Taliien que chacun fait honneur de la libération de Joséphine ; c'est à ïalhen seul que i)lus lard Eugène l'attribue. En reconnaissance, il lui fait une pension, de même que Joséphine se charge de sa fille Thermidor, rebaptisée en Joséphine. Ce n'est pas par M"" de Fonlenay que Joséphine arrive à Taliien ; c'est; au contraire, Taliien qui sert entre elles de trait d'union.

On peut bien penser que, une fois libre, Joséphine s'employa pour obtenir la mise en liberté de M""' liosten et de son gendre, M. de Croiseul, et que, ses ellels étant toujours sous scellés dans son appartement de la rue vSainL-Dominique, elle passa à Croissy, près de ses amis, lalîn de l'automne; mais l'on n'a que bien peu de points de repère certains pour jalonner la vie quelle a menée depuis le mois d'août 1794 (thermidor an II) jusqu'au mois d'août 1795 (thermidor an III).

On a affirmé que, en sortant de prison, elle fut la maîtresse de lloche. Il ne parait pas discutable que, aux Carmes, elle fût en coquetterie avec lui. « A l'aide d'un miroir, elle l'instruisait des assassinats qui signalaient chaque jour. » Etrange cour! Mais cette cour fut brève, puisque le 27 fioréal (IG mai) Hoche fut transféré à la Conciergerie. Il fut mis en liberté le 17

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thermidor (4 août), deux jours avant Joséphine, et douze jours plus tard, le 29 (16 août), nommé général en chef de l'Armée des Côtes de Cherbourg-, dont il prit elYectivement le commandement le 19 fructidor (5 septembre). En admettant qu'il eût fait toute diligence, il a donc quitté, au plus tard le 13 (1" septembre) Paris, où il n'avait pu rester en tout que trois semaines : à ce moment, il semble fort amoureux de la jeune fllle qu'il a épousée en ventôse (tin février), dont il a été séparé presque aussitôt, d'abord par son envoi à l'armée d'Italie, puis par son incarcération. Qu'on admette même qu'il ait été lenté^ qu'il y ait eu quelque chose entre Joséphine et lui, comme cette liaison, en admettant qu'elle ait existé, fut courte ! comme, devant ces dates certaines, tombent les assertions de Barras! Barras prétend que Joséphine a poussé ses prétentions sur Hoche jusqu'à vouloir le faire divorcer pour l'épouser, que Hoche a répondu « qu'op peut bien se passer un moment une catin pour maîtresse, mais non la prendre pour femme légitime ». Il affirme que Joséphine proposa à Hoche dé le pousser auprès du gouvernement et que Hoche refusa tout ; enfin, après avoir dit que, non contente du général, Joséphine avait pris un aide de camp chargé de lui porter une lettre et jusqu'à un Alsacien colossal, g-ardien de l'écurie, il prête à Hoche cette phrase : « Il faut avoir été en prison avec elle avant ic Meuf thermidor pour l'avoir pu connaître aussi intimeni'M Cela ne serait plus pardonnable une fois rendu à la liberté. »

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Il n'est même pas besoin de supposer que, durant quinze jours, il y ait eu entre Hoche et Joséphine une sorte de liaison, pour justifier que Hoche ait pris Eugène à son état-major. Hoche avait été, à l'armée, en relations de service avec Beauharnais et, en prison, ces liens s'étaient resserrés : tout simplement, pour soulag-er la femme de son ancien chef, il se chargeait de son fils : c'est ainsi d'ailleurs qu'il s'en explique dans une lettre postérieure de deux années, écrite à M. de Beauharnais père après le second mariage de Joséjihine. « C'est avec le plus grand plaisir que je me rends à votre vœu et que je fais délivrer les congés aux hommes auxquels vous vous intéressez. Puissentils par leur reconnaissance vous faire oublier les pertes que vous avez faites ! Je ne quitterai point Paris sans avoir embrassé mon cher Eugène. Il eût peut-être été k désirer que sa mère ne me l'eût point retiré ; je me serais efforcé de remplir mon devoir envers un ami infortuné » (28 messidor an IV-M juillet 1796}. Sans doute, l'on dira que c'est ici façon de colorer aux yeux du grand-père les relations qu'il a eues avec sa bru ; que, à ce moment, Hoche est tenu à d'autant plus d'égards extérieurs vis-à-vis de Joséphine qu'elle vient d'épouser Bonaparte. L'on cherchera une autre époque pour placer ces amours ; l'on dira que, en deux ans, il peut se passer bien des choses : soit, mais que répondre à ceci? C'est dans la première quinzaine de ^ uclidor an II que Hoche a quitté Paris et il résulte 0 sa correspondance qu'il n'y est revenu en congé a la fin de ventôse an IV (mars 179G), lorsque

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Joséphine était remariée : donc, il n'est qu'un moment pour cette liaison, ce sont les dix derniers jours.de thermidor et les quinze premiers jours de fructidoj-. Voilà un beau temps pour l'amour.

En serait-il ainsi que, en vérité, l'on chercherait en vain pour la femme des paroles de blâme. Ce malheureux être de faiblesse et de charme, cet être d'élégance et de plaisir, cet être de volupté et d'abandon, trois mois durant, il a vécu l'agonie. La mort toujours, l'horrible mort, les mains liées, l'échafaud gravi, le col coupé, la tête roulante, cette femme Ta vue durant cent jours et cent nuits. Les listes de mort hurlées devant la prison emplissaient ses oreilles : la mort ! la mort ! l'unique pensée, l'unique affaire ; les baisers même, si l'on parvenait à en échanger, avaient un but d'alibi; l'on donnait la vie pour obtenir un sursis à mourir. Les allées et les venues, les entrées et les sorties : la mort î Les repas, une place vide ; la mort ! Le sommeil, les rêves : la mort ! Et c'est de là qu'on est sorti, c'est de là qu'on est ressuscité ! Et l'on vit, et l'on est jeune, l'on est jolie. — Qu'importe même ! L'on vit, c'est tout. — Oui, alors, qu'une frénésie de vivre et de jouir s'empare des êtres, qu'ils veuillent toutes les joies, tous les plaisirs pour ce malheureux corps dont on allait faire deux morceaux, qu'ils veuillent tous les baisers pour cette bouche qui allait mordre le son du panier, qu'ils veuillent toutes les imaginations de volupté, toutes les admirations, toutes les caresses pour cette peau que les valets du bourreau allaient mettre à nu ; que, dans ces jours là, ces jours

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