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En 1726, débarque à la Martinique un noble du Blésois, Gaspard- Joseph Tascher delaPagerie qui, comme tant d'autres, vient chercher fortune. Il appartient aune ancienne famille qui établit réi^ulièrement sa filiation depuis le milieu du xv" siècle et prétend remonter au xn^ A l'entendre, en 1142, un Aimericus Tacherius a fait une donation à l'abbaye de Saint- Mesmin; en 1176, un Nicolas Tascher a reçu de Louis le Jeune la permission d'établir sur les murs d'Orléans telle construction qu'il lui plairait ; en 1192, un Regnault Tascher, chevalier croisé, a signé, au camp devant Saint-Jean-d'Acre, un emprunt sous la garantie du comte de Blois ; en 1248, un Arnaud Tascher, ayant pris la croix avec Louis IX,- a donné quelque part un reçu à des banquiers italiens; en 1309, un Ferry Tascher a eu en don de Philippe le Bel la seigneurie de Garges près Gonesse.
S'il est vrai qu'une branche ait résidé durant deux à
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trois générations dans rile-de-France, la famille ne s'y est point fixée, elle s'est répandue dans l'Orléanais où elle a obtenu les seigneuries de Brétnéant, de Romphais, de Malassise et de la Pagerie, de la Hallière, de Pouvray de la Salle, de Coutres et de Villiers, et dans la généralité de Morlagne où elle a eu les seigneuries de Marcilly, de Yauçay, de Beaulicu, de Doisguillaume, de Lormarin.
Point d'illustration : point d'alliances brillantes et utiles — une avec les Ronsard est pour honorer, non pour servir.
Dos autres : Ghaumont, du Bois, Mégardon, des Loges, Racine, Phéline, Arnoude, rien à dire; ce sont la plupart filles de bonne maison, apportant parfois en dot quelque seig-neurie dont se pare le mari, mais, à chaque génération, travail à refaire. Au service du Roi fondent ces petites fortunes des g'entilshommes de province. Ils s'endettent pour s'équiper, pour se soutenir dans un régiment, espérant toujours une compagnie qui, si elle leur échoit, achève de les ruiner. Car, celles que donne le Roi à qui ne peut en lever ou en acheter, sont à rétablir et coûtent presque plus.
Ils attendent donc dans une lieutenance, souvent s'y font tuer, comme Marin Tascher à la bataille de Saint-Quentin, Jean au siège de Turin, Jacques au siège de Bergues, mais souvent aussi, lassés, s'en retournent en leur province, où ils épousent quelque petite héritière, font souche et, à peine leurs fils en ùgc, n'ont d'autre idée que de les mettre au service. C'est là, sans doute, cet attachement au métier, cet
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esprit de sacrifice et de dévouement, perpétué à Iravers les générations, la gloire de la noblesse française, — mais comme elle la paye !
Le grand-père de Gaspard-Joseph, retiré avec le grade de capitaine de cavalerie, a usé ses dernières ressources à commander, en 1674, l'escadron de Tarrière- Lan de la'noblesse du Blésois. Il en a tiré un beau certificat signé du vicomte de Turenne, mais ne s'en est point trouvé plus riche. Il n'a laissé qu'un fils, Gaspard, qui, malgré deux bons mariages, n'a pu se sortir d'afTaire. Il est vrai que c'est de l'honneur surtout que lui ont apporté M'"' du Plessis-Savonnière et Bodin de Boisrenard, de familles égales à la sienne, toutes militaires, chez qui, à chaque génération, s'oITre au Roi l'holocauste d'un soldat tué pour la France.
Gaspard demeure donc à Blois où, en IGoO, son grand-père s'est établi après avoir vendu sa seigneurie de la Pagerie, sise dans la paroisse de Vievy-le-Rayé, dont ses descendants ont pourtant gardé le nom. Il s'y mêle à la vie municipale, au point de ne point dédaigner par la suite (1735) de se faire élire échevin. De ses deux mariages, il a eu six enfants, deux fils et quatre filles. Pour deux de ses filles, Anne et Madeleine, moyennant les habituels certificats d'indigence, il obtient des places à Saint-Cyr :en en sortant, ces deux entreront en religron ainsi qu'une troisième et s'en iront à un couvent de Bordeaux. Le fils cadet prendra aussi le parti de l'Eglise et, d'abord chanoine de Blois, il deviendra par la suite un des aumôniers de la Dauphine, de là sera grand vicaire de ■\Iacon en
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1764, abbé de.Selincourt au diocèse d'Amiens (ce qui lui vaudra 7500 livres de revenu) et plus tard encore, assure-t-on, abbé et vicomte d'Abbeville.
Reste l'aîné, qui se nomme Gaspard-Joseph, comme son grand -père. Il a, semble- t-il, tenté de servir, a mal réussi. On le dit mauvais sujet. Peut-être est-il en dispute avec sa belle-mère; en tout cas, il prétend t'chapper à celte vie de genlillàlre pauvre et préfère courir l'aventure. Sans grade militaire, sans fonction civile, il arrive à la Martinique; il s'établit au quartier Sainte- Marie; peut-être sur des terres qui lui ont été concédées, plus probablement comme employé chez un habitant. Au bout de quatre ans, en 1730, pour conserver ses droits et ses privilèges de noblesse, il présente au Conseil souverain une demande afin de faire enregistrer ses titres; à cause des formalités, des productions à demander en France, cela dure quinze ans, traîne jusqu'en 1745 : dans l'intervalle, en 1734, il se marie, épouse, au Carbet, une demoiselle Boureau de la Chevalerie, qui peut-être tient à une famille anoblie en 1713, mais dont le nom ne figure point dans les listes des nobles à la Martinique.
Celte femme lui apporte quelques biens au Carbet où il se fixe et dans l'île de Sainte-Lucie oii il fait des voyages; mais il ne réussit point dans ses entreprises, gère mal, a pire conduite, s'endette, <c est réduit pendant longtemps à servir en qualité d'économe dans différentes habitations » . Exproprié, il quitte le Carbet, vient s'établir à Fort-Royal. Au moins al-il une nombreuse postérité : cinq enfants : deux fils :
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Joseph-Gaspard, né au Carbeten 1733, et Robert-Marguerite, né en 1740, et trois filles : Marie-Euphémie- Désirée, Marie-Paule et Marie-Françoise-Rose.
Pour les g-arçons, l'abbé de Tascher obtient de la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, des places de pages dans sa Maison. Les preuves qu'ils ont à fournir sont admises par^M. Glairambault le 4 août 1750, et en 1752, l'aîné, Joseph-Gaspard, déjà bien âgé, semblet-il, pour profiter de cette faveur, car il a ses dix-sept ans, part pour la France et est reçu. Il reste peu dans la maison, se contente pour en sortir, au lieu de l'habituelle sous-lièutenance de cavalerie, d'un brevet de sous-lieutenant dans une compagnie franche de Marine à la Martinique; brevet sans place, titre nu. Lorsqu'il regagne les Iles, en 1755, son frère cadet lui a déjà succédé : il n'y passera guère plus de temps, et, à sa sortie, entrera dans la Marine.
Ainsi telle la situation en 1756, trente ans après l'arrivée : point d'argent, point de réputation, la misère obligeant à des métiers qui feraient déchoir; toutefois, ce fait d'être né noble, qui par un mariage a déjà apporté une fois le salut, l'apportant encore pour l'éducation des fils, mis ainsi à portée d'une carrière. Restent les filles : les voici en pleine maturité : quinze, dix-huit, vingt ans, au'en faire?
En 1735, par un de ces habituels guels-apens qui constituent sa politique à l'égard de la France, la
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relient à travers les âges, et lui prêtent une si belle tenue pour la continuité des desseins et la similitude des procédés, l'Angleterre, en pleine paix, fait, dans les parages de Terre-Neuve, attaquer deux vaisseaux français, lAlcule et le Lys, par les dix vaisseaux de l'amiral Boscawen.En môme temps se déroule un plan général d'attaque contre toutes les colonies françaises. Le Roi a hesoin aux Antilles d'un homme d'énergie et, par provisions du \" novembre 1756, il nomme à la place de « gouverneur et lieutenant général des îles de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galande, Saint- Martin, Saint-Barthélémy, la Désirade, la Dominique, Sainte-Lucie, la Grenade, les Grenadins, ïabago, Saint-Vincent, Gayenne avec ses dépendances et les îles du Vent de l'Amérique », Messire François de Beauharnais, major de ses Armées navales, qualifié haut et puissant seigneur, baron de Beauville, seigneur de Villechauve et de Monvoy, etc., etc., etc.
M. de Beauharnais, établi presque souverain en ces colonies, chargé de la terrible responsabilité de les défendre contre la menace anglaise, est un homme de quarante-deux ans, qui sert depuis vingt-sept sans grand éclat. Garde-marine en 1729, enseigne en 1733, lieutenant de vaisseau en 1741, chevalier de Saint- Louis en 1749, capitaine de vaisseau en 1751, major des Armées navales en 1754, il a, malgré cette facilité à faire ses grades, peu quitté Rochefort où il est né et où, en dernier lieu, il est établi major de la marine. Nulle action de guerre, mais, dit-on, « c'est un sujet a.'mé et estimé dans son corps; il est d'un caractère