‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 (volume 3)Chapitre 4 sur 30 · TASCHER ET B E AU II A P.NA IS · texte numérisé non relu

TASCHER ET B E AU II A P.NA IS

doux et liant; il a du talent; il s'est toujours conduit avec beaucoup de sagesse, il a bien rempli toutes les missions dont il a été chargé et, d'ailleurs, son nom est aussi connu dans le service des Colonies que dans celui de la Marine ». Un tel rapport est d'un ami, et qui s'aviserait de contredire le tout-puissant M. Bégon, premier commis de la Marine, qui, sous ces ministres essentiellement instables — six en dix ans : Rouillé, Machault, Peyrenc de Moras, Massiac, Lenormand de Mezy, Berryer, et aucun du métier — est le maître véritable.

M. de Beauharnais, qui n'est point encore marquis — sa châtellenie, terre et seigneurie de la Ferté- Aurain, dans l'élection de Romorantin, à sept lieues de Blois, ne sera érigée en marquisat que par lettres de 1764, — mais auquel déjà il semble qu'on en donne le titre, appartient à une famille qui n'est connue dans l'Orléanais que depuis l'exlrôme fin du xiv^ siècle (1390) et qui, alors, n'était point d'épée. Ses ancêtres ont presque tous porté la robe et une robe galonnée de finance : maîtres des requêtes de l'Hôtel, présidents et trésoriers généraux de France au Bureau des finances d'Orléans, contrôleurs de l'Extraordinaire des guerres, présidents au Présidial d'Orléans, conseillers au Parlement de Paris ; ils ne s'y sont point ruinés et ont fait de bonnes alliances avec les Nesmond, les Bonneau, les Rousseau, les Pliélypeaux, gens riches et graine à ministres.

Au xvii"' siècle, un cadet de la fjjmille se prend de goiit pour la marine et carvient, en 1640, à comman-

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der un navire clans la flotte de l'archevêque de Bordeaux. Cet exemple et, bien plus, la certitude de trouver des protecteurs assurés en les cousins Phélypeaux, qui, durant deux siècles presque, de 1610 à 1781, tiennent au moins un des quatre offices de secrétaires d'État, et gardent toujours la haute main sur la Marine remplie par eux de leurs cousins, alliés et protégés, détermine tous les jeunes gens de la génération suivante, et cinq se trouvent en même temps sur les vaisseaux du Roi : un arrive intendant général des Armées navales et, en sa faveur, le Roi, par lettres du 25 juin 1707, érige en baronnie, sous le nom de Beauville, la terre et seigneurie de Port-Maltais, à laCôte d'Acadie, dont antérieurement il lui a fait don; ^rois se retirent capitaines de vaisseau et chevaliers de Saint-Louis, et enfin, celui qu'on appelle le marquis parvient, après une belle et brillante carrière, au grade de lieutenant général des Armées navales et à une commanderie de Saint-Louis. Du coup, en une g:énération, les Beauharnais ont conquis leur place; ils ont rendu leur nom, ainsi multiplié, populaire dans l'armée de mer ; s'aidanl, s'appuyant, se soutenant l'un l'autre, s'éiayanl du crédit des Phélypeaux et des Bégon, leurs parents, ils ont trouvé la fortune favorable et n'ont i a de de ne point engager dans ce bon métier les fils qu'ils ont.

François de Beauharnais, celui qui, le 13 mai 1757, débarque en gouverneur à la Martinique, est le fils auié de Claude, l'un des capitaines de vaisseau et d'une demoiselle Renée Ilardouineau dont la mère

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s'est remariée à celui qu'on nomme le marquis de Beauharnais, le lieutenant général des Armées navales. Gomme neveu de l'un et petit-fils de l'autre, il leur succédera ainsi dans un hôtel à Paris, rue Thévenot, où le marquis est mort en 1749. Il amène avec lui sa jeune femme, née Pyvart de Chastullé, qu'il a épousée six ans auparavant. Elle est sa cousine, ayant ellemême pour mère une Ilardouineau, et elle lui a porté une autre part de la grosse fortune de ces Ilardouineau qui ont des habitations importantes à Saint-Domingue. M. de Beauharnais en possède aussi personnellement, qui lui proviennent d'un de ses oncles, capitaine de vaisseau, mort célibataire au Petit-Goave en 1741. De sa femme il a eu deux fils, dont un seulement est vivant : François, né à la Rochelle l'année précédente.

Quel rapport peut s'établir entre ce grand seigneur arrivant en maître dans les terres de son gouvernement, riche à 100 000 livres de rentes, en dehors des bienfaits du Roi et de son traitement de 150 000 livres, et ces Tascher qui vivent à grandpeine, en un coin do l'île, sans position, sans fortune, déconsidérés et perdus de dettes?

Sans doute, ils sont, à l'origine, de la même province, et M. Tascher n'a point manqué de se faire recommander ; son nom çst bon et a du relief près d'un compatriote de noblesse moins sûre. Peut-être même — quoique l'on n'en ait rien trouvé — existel-il entre les deux familles quelque lointaine alliance, mais, cela étant, tout devrait se borner sans doute,

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de la part de M. de Beauharnais, à un bon accueil et à quelques vagues promesses; il n'en est pas ainsi et l'on a mieux : des femmes vient en effet l'efTective protection, mais c'est d'une vivante, non des mortes.

m MADAME RENAUDIN

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