LA CASSETTE
Au lieu d'une liste de pauvresses, ne croirait-on pas une liste de dames présentées ?
Les Pensions forment le dernier chapitre de la Cassette et tendent à l'absorber tout entière. Elles grossissent sans mesure chaque année, sautant de 25 000 francs en 1805, à 56 000 francs en 1806, 85 000 francs en 1807, 155 480 francs en 1809. Naturellement, une fois acquises, elles passent en droit ; volontiers, comme sous l'ancien régime, les enfants en demanderaient, en exigeraient la réversibilité, et nul ne se trouve tenu à reconnaissance. Toutes les ressources qui seraient si utilement employées en secours accidentels se trouvent peu à peu immobilisées, mais, d'autre part, comment résister à certains appels, comment, lorsqu'on est arrivé soi-même à ce comble de fortune, refuser à d'anciennes compagnes l'assurance du pain quotidien? C'est qu'en effet les pensionnaires de Joséphine rentrent presque tous dans cette catégorie. Il y a d'abord les gens des colonies ; ici peu de noms qu'on sache : Mme O'Gorman, Mme Mantelle, Mmo de Dillon, puis des noms bourgeois : Chaurand, Crusand, Leloutre, Mauger : c'étaient jadis entre les plus riches de là-bas. Après, viennent les Personnes que Sa Majesté a connues, et ce sont elles qui prennent la grosse part. Rien qu'avec ces noms, l'on pourrait refaire presque entière l'histoire de la vicomtesse de Beauharnais, retrouver les sociétés qu'elle a traversées : Mrae Duplessis, Mlle Lannoy, Mme Lefebvre, Mme de la Rochefoucauld-Bayers-Maumont avec ses deux nièces, Mme de Montulé et M"e Marliani, c'est la
Martinique et Saint-Domingue ; Mrac de Montmorin, née Morin de Banneville, qui a la plus grosse pension : 3.600 francs, c'est Fontainebleau ; et, pour les sociétés de Paris, Mme de la Rochelambert, née Lostanges, Mme de Pardaillan de Launay, Mrae Cazotte, née Loignan, la veuve du prophète, Mlle Carman de Saint- Etienne, Mme de Barruel-Beauvert, Mme de Geslin, Mme de Gercy, Mme de Grasse, Mme Maillé de Brezé, née Joly de Fleury, Mme de Guerchy, née du Roux de Sigy, la bru de l'Ambassadeur, Mme de Mordant-Massiac, née de Bongars, Mme de Signemont, Mme de Villers-Vaudey, née Jourdain de Saint-Sauveur, M"'e de Villefort, Mmes de Verey, Mme de la Tournée-Polastron, Mrae deLuynes deFontenelles, Mme de Cavagnac, M. de Goyon, M. de Saint-Pern, M. de Girardin, M. Dieudonné de France, M. de Montboissier-Beaufort-Ganillac, — et l'on pourrait en dire d'autres, beaucoup d'autres !
Voilà l'important : On trouve encore quelques subalternes des Maisons du Roi et des Princes, trois nourrices des enfants de Louis XVI, quelques officiers de Vénerie, des lectrices de Mesdames ; après, viennent les aumônes du commun : vieilles femmes estropiées, filles repenties, veuves d'officiers, jeunes gens dont on paye l'éducation ; et, enfin, les mendiants anonymes : 2 100 francs par an pour le pain des pauvres de Saint-Gloud, 960 francs à Sèvres ; 2 880 francs aux orphelines de la rue du Pot-de-Fer ; 1000 francs à l'établissement de chanté de la paroisse de la Madeleine ; 2 400 francs aux Dames de la Société mater-