JOSEPHINE A MILAN
confondue avec tout un peuple. Nul insigne sur elle ou près d'elle pour marquer sa royauté, rien dans sa parure qui y fasse allusion. Et pourtant ce qui est insignes de France n'est pas insignes d'Italie, ce qui est couleurs de France n'est point couleurs d'Italie. Joséphine assiste simplement au couronnement de Napoléon comme une invitée de distinction, mais sans participer à aucune cérémonie.
Il est vrai qu'elle est delà visite à Saint-Ambroise où l'Empereur va rendre ses actions de grâces au saint protecteur de la ville, mais cette dévotion, obligatoire pour Napoléon, n'est-elle point surérogatoire pour Joséphine?
En ordonnant de sacrer sa femme, Napoléon s'est laissé entraîner ; par la suite, il a réfléchi, et il n'a voulu regarder le couronnement de Paris que comme un accident sans conséquence : avant, l'Impératrice n'avait point de place désignée dans les cérémonies politiques ; après, il n'en sera ni plus ni moins ; elle ne figurera plus auprès de l'Empereur dans les solennités publiques où l'on s'attendrait le mieux à la voir paraître. Ainsi, pour se rendre au Te Deum du 15 août 1807, elle n'est ni dans la voiture, de l'Empereur, ni même dans son cortège ; elle part de son côté sous une simple escorte de la Garde ; elle est reçue uniquement par les maîtres des cérémonies ; elle n'a point les honneurs du dais et elle est assise dans la même tribune que sa belle-mère et Ses belles-sœurs.
C'est donc comme un hasard, comme une surprise, le Sacre, et après le Sacre, c'est fini pour jamais pour Joséphine des grandes solennités nationales, mais du moins, à la Cour, dans ce qu'on peut appeler les cérémonies familiales, baptêmes et mariages, et surtout dans les fêtes : concerts, bals, ballets, représentations théâtrales, cercles, jeux et banquets impériaux, la* première place est pour elle et c'est là maintenant qu'il convient de la regarder.
De baptêmes solennels, il n'en est en cette période qu'un seul, celui du deuxième fils d'Hortense et de Louis, le prince Napoléon-Louis. Quantité de fois sans doute Joséphine a été marraine : il est même passé en usage qu'elle ne le soit qu'avec l'Empereur ; mais les cérémonies s'accomplissent incognito, clans la chapelle du Palais, souvent par procuration, et, n'était la richesse des cadeaux que fait le parrain, les choses n'ont rien qu'on remarque. Mais ici, pour Napoléon, il s'agit de sa propre race, de sa dynastie, et le baptême de cet enfant que célèbre le Pape, revêt le caractère d'une affirmation à la fois familiale et dynastique. Justement, peut-être en ce but, Joséphine n'y a point le premier rôle : elle a été, avec Napoléon, marraine de Napoléon-Charles, le fils aîné d'Hortense : à présent, la marraine est, avec l'Empereur, Mme Bonaparte, Madame, mère de Sa Majesté l'Empereur. Aussi les honneurs vont-ils à elle, mais Joséphine s'y prête volontiers : le baptême scelle la réconciliation, affirme la grandeur future de ses