CERCLES CHEZ L'IMPÉRATRICE
rante ans — et mariés à des femmes plus jeunes encore, dont les vieilles ont vingt-cinq ans.
Dans l'hiver de 1806, plus souvent on fait de la musique. C'est alors, régulièrement, le mercredi et le samedi. On commence à dix heures : presque pas d'instruments, juste ce qu'il faut pour accompagner le chant. Rigel, qui a été de l'Expédition d'Egypte, touche le clavecin ; Kreutzer, protégé par Bonaparte dès 1797, après l'avoir été par Marie-Antoinette, tient le violon et Dalvimare, ancien garde du corps du Roi, qui, dès avant la Révolution, était, pour ses talents, reçu dans le beau monde et y avait connu les Beauharnais, pince de la harpe.
Pour les chanteurs, l'Empereur n'a pas encore recruté sa troupe : il n'a encore qu'une étoile, mais elle est de première grandeur et fait à ce point pâlir les autres artistes engagés ci-devant pour la Musique de la chambre qu'on les a licenciés. On ne trouve plus< en 1806, ni Mme Strinasacchi, ni Nozari, ni Aliprandi, ni Marlinelli, ni Grucciali : l'on a Grescentini et c'est assez. C'est, à tienne, où il l'a entendu, que Napoléon l'a fait engager par Rémusat aux appointements de 30 000 francs par année, sans compter des gratifications de 6 à 10 000 francs. Mais aussi c'est le plus illustre soprano de toute l'Italie, le seul de tous les artistes de cette sorte « dont la voix, en se rapprochant d'une belle voix de femme ait un timbre doux et agréable ».
Pourfaire un programme de concert, même en petit comité, l'on est encore réduit, en 1806, aux musiciens
de la Chapelle, lesquels à la vérité ne sont pas à dédaigner, car ce sont les premiers sujets de l'Académie impériale de musique, Lays, Roland, Nourrit, Charles, Albert Bonnet, et, en femmes, Mme Branchu. Martin, le baryton le plus en vogue à l'Opéra- Comique, partage avec Lays la place de premier chanteur, et ce sont ces ileux que Napoléon demande de préférence. Mais, lorsqu'un artiste en réputation passe à Paris, il faut qu'on l'entende d'abord aux Tuileries. Ainsi fait-on pour la Catalani. Après qu'elle a chanté, l'Empereur s'approche :
— Où allez-vous, Madame, lui dit-il ?
— A Londres, Sire.
— Il faut rester à Paris. On vous paiera bien et vos talents seront mieux appréciés. Vous aurez cent mille francs par an et deux mois de congé. C'est entendu, Madame.
La Catalani ne réplique point, mais quelques jours après, elle part à la muette pour Morlaix où elle s'embarque. Elle n'avait pourtant pas à se plaindre de l'Empereur. Pour deux auditions, 6 000 francs d'argent et une pension viagère de 1 200 francs ; la salle de l'Opéra à sa disposition pour deux concerts où i! paie sa loge 3 600 francs et où, les places de balcon étant à 30 francs, et celles d'orchestre et d'amphithéâtre à 18, la recette est de 49 000 francs. En deux mois, la Catalani emporte de Paris 100 000 francs, mais elle eût voulu, de l'Empereur, au lieu d'argent, un bijou à chiffre dont elle eût pu se décorer et elle ne l'obtint point. Elle s'en consola en