‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 80 sur 104 · LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX

après de vives discussions avec le nouvel intendant, Howatson a été congédié et que le nombre des garçons jardiniers à demeure ne s'est point accru ; de même le crédit de 12 000 francs pour le matériel du service intérieur a semblé suffire parce que Joséphine a payé sur sa cassette les 7 901 francs d'oignons achetés à Arie Gormeille, de Harlem, les 12 000 francs d'arbres payés à Perregaux et Compagnie, les 2 340 francs d'oiseaux rares fournis par Deniauxet Réaux et, de graines, d'oignons, de bêtes curieuses, encore 1 235 francs de dépenses diverses. Il y a eu sans doute une augmentation constante sur la nourriture des animaux, mais ce n'est rien encore: 5 168 fr. 32, et peut-on refuser les présents qui sont faits? N'est-ce point joli sur les pelouses ces petits chevaux de l'île d'Ouessant, ces curieuses bêles qu'on a envoyées de la Louisiane, qu'Hamelin a rapportées de la Nouvelle-Hollande ? N'y a-t-il point utilité à entretenir ce magnifique troupeau de mérinos qui l'emporte déjà sur celui de Rambouillet et, au lieu de vaches de pays, n'est-ce pas mieux d'avoir ce troupeau de vaches admirables qu'a offertes le citoyen Lebrun? Il est vrai qu'elles sont de Suisse et qu'on ne saurait les faire soigner par des paysans de France qui n'ont rien de pittoresque. Il leur faut des Bernois, et que faire de Bernois s'ils ne sont habillés à la bernoise? Le tailleur Sandoz fera donc, pour l'homme, deux habits courts à l'allemande avec sous-vestes écarlates de 396 francs et, pour la femme, deux habits, l'un brodé en or de 300 francs, l'autre

brodé en soie de 216 francs ; et il y aura encore, pour la vachère, un bonnet brodé en or et garni de dentelle noire de deux louis. Mais des Bernois sans chalet, sont-ce des Bernois ? Et Joséphine commande à un menuisier de Berne un modèle tout à fait exact de maison suisse qu'on puisse exécutera Malmaison à la taille des vachers !

Il y a des animaux moins utiles : un roi des vautours, deux hoccos, des agamis qu'a envoyés de Cayenne le citoyen commissaire Victor Hugues, et un grand aigle impérial, privé, de sept pieds et demi d'envergure, qu'a offert M. David d'Anjou, résidant à Grenoble ; mais un aigle n'est-il point chez lui à Malmaison ?

Comptes faits, cela n'est rien; mais, pour les travaux extraordinaires, il a été alloué, comme on a vu, 160 000 francs, et il a été dépensé 352 551 fr. 15 : cela fait 192 000 francs de plus que les crédits, et la décomposition de ce chiffre est instructive.

Mirbel y entre d'abord, en apparence, pour 39123 fr. 54; mais c'est qu'il endosse à son nom 30 199 francs de mobilier neuf que Joséphine a commandé directement au tapissier Boulard et au tabletier Biennais. De fait, en journées d'ouvriers, gages supplémentaires, etc., il n'a pris qu'environ 9 000 francs.

Il a encore fait payer 15 457 francs par l'intendant des jardins, Lelieur de Ville-sur-Arce ; mais ce sont, dit on, dépenses engagées ou oubliées, comme 4 000 francs qu'on rembourse à Lhuilier : cela peut

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passer pour liquidation de l'arriéré ; mais, du seul fait de l'architecte Morel, il y a pour 297 190 fr. 17 de travaux, et l'on n'a pour ainsi dire point commencé les fameux iriurs de clôture : en chiffres ronds, les réparations au château ont coûté 66 000 francs; les mouvements déterre dans le parc, 13000 francs; les nouvelles plantations, 38 000 francs ; la construction des vacheries, d'un réservoir et de conduites d'eau à l'étang de Saint-Cucupha, 80 000 francs, et la serre chaude, la fameuse serre chaude que l'on bâtit sur les plans de Thibault et de Barthélémy Vignon, a déjà coûté 98 083 fr. 05 !

A ces dépenses effectives il convient d'ajouter la totalité des revenus de Malmaison (15 000 francs au moins), qui ont été employés sans justification. On a passé en un an 400 000 francs.

Là-dessus, Napoléon se fâche. Il paye, mais désormais c'est lui qui réglera le budget : il le fait, pour l'an XIII, en la forme et avec la précision qu'il a adoptées pour sa maison, discutant et annotant chaque article, écrivant les chiffres de sa main après les avoir débattus, faisant les additions et signant le tout ne varietur. Rien de changé au personnel qui monte à 21 300 francs, mais toute innovation le trouve inflexible : on a voulu glisser un article des écuries. « Il n'y a besoin de personne, » écrit-il et il barre aussi sur les garçons qu'on a prétendu adjoindre à l'oiseleur pour la ménagerie : « Tout le reste est supprimé. » A Yentretien, au lieu de 12 000 francs qu'on demande, il accorde 14 758 francs ; mais cela doit

suffire pour les menues dépenses, le mobilier, les bâtiments, les parcs et jardins et la ménagerie. En travaux extraordinaires, il consent 6 000 francs pour la mise en état des toitures, 40 000 francs pour l'achèvement de la grande serre chaude, 20 000 francs pour plantations d'arbres ; mais « si l'on ne peut faire cette année aucune plantation ce fonds restera sans emploi jusqu'à l'année prochaine ». Il donne encore 1 000 francs pour la réunion à l'ancien parc de la portion du potager voisine du château; i 000 francs pour défrichements, ensemencements et autres frais de construction rurale; 24 000 francs pour l'établissement de la bergerie; il ajoute de sa main 30 000 francs pour « murs et fossé de clôture pour le parc où est la serre » ; puis, l'addition faite et le total marqué de 172 258 francs, il passe aux recettes : « M. Mirbel rendra compte des rentrées qu'il fera, provenant dudit revenu évalué par lui, d'avance et par approximation, à 16 000 francs pour l'an XIII. »

Le budget arrêté, il faut qu'on l'exécute ; Napoléon ne veut plus qu'on s'abrite pour méconnaître ses ordres derrière les ordres de Joséphine. Il applique donc à Malmaison les règles générales qu'il a imposées à la comptabilité publique et voici ce qu'il dicte:

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