JOSÉPHINE ET LES FLEURS
nuancée de pourpre au dehors et piquée de points rouges au dedans, que des poètes s'empressent à chanter.
Pour joindre aux lauriers de César, Il ne fallait pas moins qu'une fleur immortelle.
s'écrie l'ingénieux Dussausoir.
Rien de plus cher qu'un tel goût et nul ne peut dire où il entraîne, d'autant que ce n'est point assez des arts pour illustrer ce jardin, il faut la science pour le diriger. 11 se trouve que des personnes de la connaissance de Joséphine sont en relations avec une Mme Brisseau de Mirbel dont le mari s'occupe d'histoire naturelle. Il a fait bien d'autres choses: brigadier dans le train d'artillerie, il a déserté, s'est fait employer au Comité de Salut public, a été dénoncé comme réfractaire, s'est sauvé, a parcouru la France en herborisant, souvent arrêté, toujours relâché, et, finalement, il a trouvé asile au Muséum où Chaptal lui a fait régler un traitement de 125 francs par mois. Il a mieux de Joséphine : 6 000 francs par an, et c'est une place d'intime confiance que l'on crée pour lui. N'estil point intéressant d'en trouver les attributions réglées p Lr Joséphine elle-même?
« Mme Bonaparte donne ses pouvoirs à M. de Mirbel pour surveiller en son absence ses établissements botaniques et ruraux de la Malmaison.
« Il dressera le catalogue de toutes les plantes renfermées dans les serres ou établies en pleine terre, pépinières, etc.
33rf JOSÉPHINE IMPÉRATRICE ET REINE
« De même, il mettra en ordre les papiers et renseignements relatifs aux établissements botaniques, suivra les correspondances nécessaires.
« Il choisira les emplacements et fera établir les abris nécessaires aux animaux. A cet effet, il est autorisé à demander des ouvriers et autres secours convenables, tels que charrois, menuisiers, etc., à ceux auxquels il appartient.
« La responsabilité dont il est chargé exige que les personnes étrangères à la Malmaison ou sans mission de Mme Bonaparte n'aient entrée dans les serres qu'après l'en avoir prévenu.
« En conséquence, les jardiniers prendront les ordres de M. Mirbel , dépositaire de ceux de Mme Bonaparte, en son absence.
« Le citoyen Fister fera, s'il y a lieu, les frais nécessaires aux établissements, transports, etc.
« Le concierge de la Malmaison remettra un logement et le préposé aux équipages tiendra à la disposition de M. Mirbel un cabriolet avec un cheval.
« M. Ventenat reste toujours chargé de la description des plantes et de tout ce qui est relatif à la flore qu'il a entreprise.
« Guérin continuera à fournir à MM. Ventenat et Redouté une voiture pour les voyages qu'ils seront dans le cas de faire à la Malmaison :
« Approuvé les articles ci-dessus.
« Joséphine Bonaparte. »
« Sciiiit-Cloucl, le 2 messidor. >
LE JABDIN BOTANIQUE 33'
Là est le programme des dépenses à venir. José phine a livré la clef de sa caisse à un homme qui durant qu'il était déserteur, avait pu se révéler bola niste éminent, mais sur la probité et la valeur administrative duquel elle n'a pris aucun renseignement. Il a les mains libres; tout ce qu'il ordonne est exécuté, tout ce qu'il conseille devient d'une nécessité impérieuse ; il est le directeur, non point des jardins seulement, mais de Joséphine même.
On va voir comme il use de ses pouvoirs.
En l'an XI, avant sa nomination, il n'y a à Malmaison qu'une serre tempérée, celle que Fontaine a construite dans le jardin botanique projeté. Les dépenses, tant en matériel qu'en personnel, ne vont qu'à 34 758 fr. 73. Il est vrai que, durant l'année, Joséphine a fort peu résidé; de Saint-Gloud, en vendémiaire, elle est venue en courant voir ses bêtes, se promener dans son parc, ordonner qu'on y multiplie les faisans et les perdrix ; mais, après, il y a eu le voyage de Normandie, il y a eu la grippe qui longtemps l'a empêchée de sortir des Tuileries ou de Saint-Cloud, il y a eu le grand voyage de Belgique, et à peine compterait-on un court séjour à Alalmaison en germinal (avril), un autre de huit jours en fructidor (septembre). Il n'y a point eu le temps matériel d'ordonner des constructions et d'entreprendre des travaux ; mais Napoléon compte qu'il en sera désormais ainsi, que le budget des dépenses ordinaires sera régulièrement suivi et que, quant aux travaux extraordinaires, il ne sera rien entrepris sans une décision
spéciale qu'il se réserve de ne prendre qu'à bon escient.
Voici l'an XII et l'entrée eu fonctions de Mirbel : le Premier Consul présent, l'on se modère; mais sitôt qu'il s'absente, les gens à projets se démènent. Il est à Boulogne du 11 au 26 brumaire (3-18 novembre 1803) ; Joséphine est à Saint-Cloud d'où elle lui écrit « toutes ses actions » ; mais non point ses conférences avec les architectes et les beaux plans qu'on lui a mis sous les yeux. Elle en rêve, et le 27 frimaire (19 décembre), elle obtient l'ouverture d'un crédit de 40 000 francs pour une serre chaude. Nouvelle absence de huit jours en nivôse (20 décembre 1803 »u 7 janvier 1804) et, au retour, Joséphine démontre Ja nécessité de construire des murs : le 22 pluviôse (12 février), ouverture d'un crédit de 120 000 francs. Il ne faut rien lui demander durant le séjour qu'il fait luimême à Malmaison du 20 ventôse au 10 germinal (11 au 30 mars). Ce sont les derniers jours du duc d'Enghien ; puis il retourne à Saint-Cloud ; c'est l'Empire; alors, des courts déplacements à Compiègne, à Fontainebleau, des passages d'une journée ou d'une semaine à Malmaison. Ce n'est point le temps ; mais il part pour Boulogne (29 messidor-18 juillet), Joséphine reste sept jours derrière lui, ne prend la route d'Aix-la- Chapelle que le 6 thermidor (25 juillet), et cette semaine suffit : elle donne carte blanche à Morel et à Lepère
Aussi faut-il voir les comptes : eu apparence, le budget ordinaire a été presque respecté. Le chiiï're des appointements et gages paraît stationnaire, parce que Joséphine paye sur sa pension le traité de Mirbel ; que,