LA TOILETTE- — LES DESSOUS
de Joséphine; tout un petit monde qui, aux heures matinales, entre et sort sans qu'on y prête attention, qui fait toutes sortes de commissions, est mêlé à quantité d'affaires, et qui est demeuré d'autant plus discret que, le plus souvent, il a ignoré l'importance et le lien des choses.
Les premiers actes de la toilette sont fort longs, car Joséphine a cette minutieuse et rare propreté des femmes galantes et des créoles. Elle prend chaque jour un bain et elle a, pour les lavages, toutes sortes d'outils raffinés, des bouilloires d'argent, des seaux d'argent pour les pieds, des cuvettes d'argent de toutes grandeurs et qu'on porte partout après elle. Mais ce n'est point là le compliqué : ce qui l'est, pour Joséphine, c'est de faire sa tête, de boucher les rides de lisser la peau, d'effacer la patte d'oie, d'aviver les couleurs. Au temps de sa jeunesse, toute femme de condition se fardait; cela faisait partie intégrale de la toilette, mais Joséphine en a abusé au point que, dès 1804, le blanc qu'elle met sous son menton ne tien* plus. Il s'écaille, le couvrant d'une sorte de poudre blanchâtre; comme de juste, elle ne convient point de la cause que d'ailleurs, vraisemblablement, elle ignore; elle dit que l'état de son menton indique celui de sa santé et, lorsqu'on lui demande comme elle se trouve : « Mais, pas bien, répond-elle. Voyez, j'ai mes farines. »
Pour le rouge, non contente d'en marquer les commettes, elle en couvre presque ses joues; mais,
à la Cour, en représentation, ces grands acteurs qu'il faut regarder à distance, peuvent-ils se passer de maquillage? Toutefois, Joséphine va peut-être un peu loin : en une seule année (1808), elle prend du rouge chez Martin pour 2 749 fr. 58, chez Mme Chaumeton pour 598 fr. 52, et il s'en trouve encore dans les mémoires des autres parfumeurs, Gervais-Chardin et la veuve Farjeon et fils. Elle y a si bien habitué l'œil de Napoléon qu'il exige que toutes les femmes qui paraissent devant lui en mettent; cela lui semble à ce point l'accessoire obligé de la grande toilette qu'il rudoie quiconque essaie de s'y soustraire : « Allez mettre du rouge, Madame, dit-il à une, vous avez l'air d'un cadavre »; et, à une autre : « Qu'est-ce que vous avez à être si pâle, relevez -vous de couches? » Le cas est ordinaire : tout homme qui vit d'habitude dans la société de femmes fardées perd la notion du teint naturel, de l'aspect normal du visage et le fard lui paraîtrai seulement un agrément, mais un compléme'jt indispensable de l'habillement.
lJar contre, en dehors de l'eau de Cologne, dequelqi es extraits de fleur, et de l'eau de lavande, Napolé m ne supporte aucun parfum et en a l'horreur: Jo léphine doit donc s'en priver, comme d'ailleurs toutes les femmes de la Cour.
Aires avoir pris ces soins minutieux où elle a employé ses nombreux nécessaires, ses boîtes à outils de toute espèce, pour les dents, pour les mains, pour les pieds; après avoir subi la visite de son pédicure le juif allemand Tobias Koën, qui, tous les quinze