LA TOILETTE. — LES DESSOUS
jours, vient, l'épée au côté, en habit pareil à celui des valets de chambre, s'acquitter de son devoir avec un sérieux imperturbable et reçoit pour ce un traitement de 1 200 francs; Joséphine s'habille; elle passe une chemise de mousseline, de toile de Hollande, de batiste ou de percale : elle en a bon nombre, quatre cent quatre-vingt-dix-huit. Cette chemise, le plus ordinairement, est brodée au bas, et garnie, à la o-orsre et aux manches, de Valenciennes à dents ou de Malines. L'étoffe, en batiste, coûte 18 francs l'aune et on en emploie deux aunes presque et demie; la façon revient à 7 francs; la garniture de petite dentelle à la gorge et aux manches est comptée 15 francs pour les plus simples, mais monte à 36, 40, 50, 100 francs, si c'est de la Valenciennes, à plus si c'est de la Malines. La plupart sont brodées au bas à raison de 36 francs pièce et ont, en garniture, de 100 à 200 francs de dentelles. Les fournisseurs sont la veuve Commun-Narrey et les demoiselles Lolive, de Beuvry et Compagnie. Qu'on ne s'étonne pas de ces cinq cents chemises : c'est à peine si elles suffisent : Joséphine en change trois fois par iour ainsi que de tout linge.
On lui chausse des bas de soie, d'ordinaire blancs, rarement rosés. Elle a dans sa garde-robe cent cinquante-huit paires de bas de soie blancs contre trentedeux de soie rosés et dix-huit de couleur chair : cei bas, que fournissent Patin et Tessier, valent depuis 18 francs jusqu'à 72 francs la paire : ceux-ci « extrafins, à très grands jo'jrs de dentelle et riche broderie ».
40 JOSÉPHIiNE IMPÉRATRICE ET REINE
Il y a tout un assortiment : sept qualités différentes de bas de Paris ou de Berlin, maîs ceux-ci sont surtout bas de coton, blancs le plus souvent, quelquefois de couleur naturelle brodés en soie blanche; ils coûtent 30 et 42 francs la paire et servent sous le brodequin. Point de bas de couleur : en tout six paires de noirs et six de demi-deuil.
Joséphine ne porte ni jarretières, ni jarretelles; les bas blanchis à neuf tiennent d'eux-mêmes. S'il y a un ruban, il ne compte point.
Les souliers, pour la matinée, sont le plus ordinairement en peau de couleur ou en étoffe : en peau, taffetas ou satin, elle les paye 8 francs la paire. En une année, elle en commande et en paye cinq cent vingt paires, sans compter les deux cent soixantecinq paires neuves restant de l'année précédente. Ce sont des souliers tout plats, sans talon, si fins et légers, qu'ils font corps avec le pied, ne le chaussent point, mais l'habillent : souliers de salon uniquement; pour sortir, on croise en X, sur le mollet, les ganses plates qui tiennent aux quartiers : autrement, on les perd. D'ailleurs point faits pour cela. C'est de Coppe, un des fournisseurs habituels de l'Impératrice, ce mot à une dame se plaignant que ses souliers se fussent crevés la première fois qu'elle les a mis : « Je vois ce que c'est : Madame a marché. » Pour ses pieds, dont elle est si justement coquette, Joséphine essaie tour à tour tous les marchands qui ont la vogue : c'est Bourbon, le plus ordinaire, mais aussi Cholet- Bonneta Cassagnes, Ringé, Geintzer, Henri, Schalcher,